Politique Internationale - La Revue n°157 - AUTOMNE - 2017

sommaire du n° 157
Les Rohingya et les hoquets de l'histoire
Article de Sophie BOISSEAU DU ROCHER
Chercheur associé au Centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI)
in english
en español
en français




In August 2017, hundreds of thousands of Rohingya, a Muslim ethnic minority who have lived for centuries in the state of Arakan in western Myanmar, fled their region to seek refuge in neighboring Bangladesh under the pressure of what, according to the United Nations, is tantamount to "ethnic cleansing", led by the Burmese army. To understand the roots of this tragedy one must delve into both recent and not so recent history. Considered since the British colonial period as proxies of Her Majesty's army and more recently suspected of seeking to "Islamize" a majority Buddhist country, the Rohingya have been a persecuted minority for ages. Although she holds an important position in Myanmar's government, Aung San Suu Kyi does not have the resources to oppose an army determined to expel this "undesirable" people. The ordeal of the Rohingya is unlikely to end any time soon. 


Notes :


(1) Le 25 août 2017, un groupe d'insurgés rohingya a lancé des attaques armées contre 30 postes-frontières et une base militaire (pour un bilan total de 12 morts), ce qui a déclenché une opération d'envergure de l'armée birmane. Les violences auraient fait, selon l'armée, au moins 500 morts, en majorité rohingya, mais l'ONU estime le nombre de victimes à un millier et fait état d'exactions, de viols et de villages incendiés.



(2) En 1989, le gouvernement militaire décide de rebaptiser le pays en modifiant le nom anglais jusqu'alors utilisé : Burma (nom anglais) devint Myanmar.



(3) Ne pouvant prétendre à la fonction de présidente du fait d'une disposition constitutionnelle l'interdisant aux Birmans ayant épousé des étrangers, Aung San Suu Kyi devient conseillère spéciale de l'État, un poste créé sur mesure et qui consiste à faire la liaison entre la présidence (assurée par l'un de ses proches, Htin Kyaw) et le Parlement.



(4) Jacques Leider, « Traders and Poets at the Mrauk U Court. Commerce and Cultural links in Seventeenth-Century Arakan », in Rila Mukherjee, Pelagic Passageways. The Northern Bay of Bengal Before Colonialism, New Delhi, Primus Books, 2011, pp. 77-111. On peut aussi se référer à la thèse de Jacques Leider, Le royaume d'Arakan (Birmanie) : son histoire politique entre le début du XVe et la fin du XVIIe siècle, soutenue à l'Inalco (Paris) en 1998.



(5) Il ne faut pas négliger le fait que, jusqu'en 1937, la Birmanie faisait partie du Raj et était administrée comme une province de l'empire des Indes.



(6) Pour les Birmans, les Rohingya sont des Bangladais qui ont leur propre langue, leur propre religion, leur propre histoire, sans lien avec les leurs. Les tensions qui avaient suivi la guerre indo-pakistanaise et conduit à la création du Bangladesh avaient provoqué la fuite de milliers de personnes résidant en Inde. Celles-ci avaient trouvé refuge dans le nord de l'Arakan ; cet afflux de musulmans a entraîné un raidissement politique prolongeant les cycles d'incompréhension, de malentendus, de violence à plusieurs échelles. Il s'est traduit dans la loi de 1982.



(7) Bénédicte Brac de La Perrière, « La question religieuse dans la Birmanie en transition », Asie visions, n° 73, Centre Asie Ifri, novembre 2014.



(8) Maxime Boutry, « L'arakanisation de l'Arakan : les racines d'un nouvel exode ? », L'Espace politique (en ligne), mis en ligne le 12 janvier 2015 ; et Alexandra de Mersan, « Comment les musulmans d'Arakan sont-ils devenus étrangers à l'Arakan (Birmanie/Myanmar) ? », Moussons no 28, 2016, pp. 123-146.



(9) Penny Green, Thomas MacManus, Alicia de la Cour Venning, Countdown to annihilation : genocide in Myanmar, International State Crime Initiative, 2015, 111 p.



(10) Le 12 février 1947, le gouvernement intérimaire birman dirigé par le général Aung San concluait une entente avec différents représentants de groupes établis dans les régions frontalières. Cet accord devait permettre la rédaction de la Constitution d'une République birmane unifiée. Le 12 février est d'ailleurs célébré comme le jour de l'Union. Tous les groupes n'étant pas représentés, un nouvel accord a longtemps semblé nécessaire.



(11) Renaud Egreteau, Caretaking democratization : the military and political change in Myanmar, Oxford University Press, décembre 2016.



(12) Comme elle a perdu son conseiller juridique musulman, Ko Ni, assassiné à l'aéroport de Yangon le 29 janvier 2017 sans que ce drame ne soit élucidé à ce jour.



(13) Thant Myint-U, « Myanmar : the unfinished Nation », Nikkei Asian Review, 17 juin 2017.



(14) Les grands conglomérats ont bâti leur fortune sur l'exploitation des ressources naturelles, la propriété des terres et l'accès privilégié aux réseaux de commerce. Cf. Michael Peel, « Myanmar : the military-commercial complex », Financial Times, 1er février 2017.



(15) Après la mise en oeuvre de la Zone économique spéciale de Kyaukphyu et de la Zone économique de Ponnagyun, près de Sittwe.



(16) Le ministre des Affaires étrangères, Anifah Aman, a demandé « la coordination de l'aide humanitaire » ainsi que la « tenue d'une enquête » par l'Asean.



(17) Pour condamner les « violences excessives » (13 septembre 2017) et pour demander un « accès complet et sans entrave » (18 septembre).



 



(18) Dans le cadre des nouvelles Routes de la soie, la Chine a un projet de port en eaux profondes sur l'île de Ramree pour un montant de 7 milliards de dollars ainsi que des plans pour un parc industriel et une Zone économique dans l'État Rakhine.