Politique Internationale - La Revue n°158 - HIVER - 2018

sommaire du n° 158
QUO VADIS POLONIA ?
Article de Patrick Monod-Gayraud
* Ancien diplomate, responsable dans les années 1990 de la coopération franco-polonaise dans le sec
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Fossoyeur en à peine deux ans de la jeune démocratie polonaise, Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti Droit et Justice (PiS) arrivé au pouvoir en novembre 2015, fonde sa stratégie sur les laissés-pour-compte des transformations postcommunistes (catégories les moins instruites ; habitants des petites villes à l'écart des grands axes de développement, particulièrement dans l'est du pays ; ceux des zones rurales déprimées, notamment dans les régions des anciens « kolkhozes »)... Après avoir significativement amélioré la situation matérielle de ces couches de la population, il leur a offert une préséance absolue sur la scène politique en déclarant qu'il s'agissait des seuls citoyens dignes de considération et en rejetant les élites dans l'opprobre de la trahison nationale. Exigeant d'être maître chez lui, il remet en cause l'État de droit et nargue l'Union européenne qui menace la Pologne de lui retirer son droit de vote à Bruxelles.



Jusqu'où la Pologne ira-t-elle sous la férule de Kaczynski ? Va-t-elle définitivement rompre avec les valeurs reconnues de la démocratie libérale ? Faut-il s'attendre à ce qu'elle tourne le dos à l'Union européenne, voire la quitte à court terme ? Et, dans un tel cas de figure, ne retombera-t-elle pas dans l'orbite russe, en dépit de l'hostilité affichée du pouvoir actuel envers le régime de Vladimir Poutine ?



Pour répondre à ces questions, il faut procéder en deux temps. D'abord, retracer l'évolution que la Pologne a connue depuis sa sortie des ruines du communisme ; puis exposer en quoi l'arrivée au pouvoir de Droit et Justice a bouleversé son destin.



De Walesa à Kaczynski



En 1991, deux ans après les négociations de la Table ronde d'avril 1989, les premières élections totalement libres marquent le renouveau de l'État polonais. Comme au lendemain de la Première Guerre mondiale, la tâche est immense, mais rien ne paraît pouvoir entraver l'optimisme d'un peuple auréolé de la gloire d'avoir fait tomber le communisme en Europe. Le héros de cette lutte, Lech Walesa, devient président de cette Troisième république et inscrit son projet sous l'enseigne d'un libéralisme sans faiblesse. C'est l'heure de la thérapie de choc qu'orchestre le ministre des Finances Leszek Balcerowicz, conseillé par l'économiste américain Jeffrey Sachs. La Pologne connaît une augmentation spectaculaire de son PIB (de 138 % entre 1991 et 2016) qui lui vaut le surnom de « Tigre européen », mais ces succès sont obtenus au prix de l'appauvrissement de nombreuses couches de la population. 



De 2005 à 2007, la ligne libérale est remise en question une première fois par l'arrivée au pouvoir de Droit et Justice et l'élection de Lech Kaczynski, frère jumeau de Jaroslaw, au poste de président de la République. Mais les législatives de 2007 sont perdues au profit de la Plateforme civique de Donald Tusk qui devient premier ministre et doit cohabiter avec Lech Kaczynski jusqu'à la disparition de celui-ci dans le crash de son avion à Smolensk, en Russie, le 10 avril 2010. La Plateforme civique, en coalition avec le petit Parti paysan, s'empare alors de tous les leviers du pouvoir puisque l'un de ses représentants, Bronislaw Komorowski, est élu à la présidence de la république. 



Dans les années suivantes, la confrontation entre le parti aux commandes et le PiS, devenu la première force d'opposition du pays, est sans pitié. Jaroslaw Kaczynski hait Donald Tusk qui lui a ravi, en 2007, la place de premier ministre et qui a dominé le jeu de la cohabitation face à son frère Lech. Surtout, il lui impute la mort de ce dernier, allant jusqu'à insinuer que la destruction de l'avion n'avait pas été accidentelle... Il échoue à reprendre le pouvoir aux législatives de 2011, mais continue de mener la vie dure à la Plateforme civique qu'il accuse de faire le jeu des intérêts étrangers par sa politique économique et dont il dénonce la « corruption », l'« arrogance élitaire » et la « collusion avec les anciens communistes ». Au bout de huit ans de gouvernement, la Plateforme civique, trop sûre d'elle, conduit une campagne insipide tant à la présidentielle de mai 2015 remportée par un inconnu aux ordres de Jaroslaw Kaczynski, Andrzej Duda, qu'aux législatives d'octobre de la même année où le PiS, avec 38 % des suffrages, obtient la majorité absolue des sièges à la Diète. Dès lors, Kaczynski ne perd pas une seconde pour agir : il met en oeuvre un plan pensé dans les moindres détails visant à concentrer l'ensemble du pouvoir entre les mains de sa majorité parlementaire. Chose unique dans une démocratie européenne : il se contente d'être un député parmi d'autres alors que, dans le même temps, le gouvernement et le président de la République lui obéissent au doigt et à l'oeil !



Le « démontage minute » de la jeune démocratie polonaise



Le premier objectif de l'homme fort de Varsovie est de se donner entière latitude pour légiférer sans avoir à obtenir, chaque fois, l'aval du Tribunal constitutionnel. Le nouveau Parlement va voter successivement sept lois avant d'atteindre son but : les juges constitutionnels finissent par être tous désignés par la nouvelle majorité et la procédure de leurs débats octroie une large place à l'intervention de l'exécutif. Le fait que la Pologne s'attire les critiques de la Commission européenne laisse Kaczynski de marbre. 



Le second chantier porte sur les médias publics (cinq programmes de télévision, quatre chaînes de radio et l'agence nationale de presse PAP) : leur prise en main totale est acquise avec le vote d'une loi le 30 décembre 2015. La majorité des directeurs sont démis et remplacés par des agents acquis au parti dirigeant. Des dizaines de journalistes sont licenciés et leurs remplaçants n'ont d'autre choix que de suivre les oukases des directions. Les médias publics deviennent l'instrument de la propagande du parti au pouvoir, véhiculant sans complexes jusqu'aux mensonges les plus éhontés. 



La mise au pas du pays passe aussi par celle de la fonction publique. La majorité parlementaire ne fait pas dans le détail : le statut des fonctionnaires est purement et simplement supprimé, de même que l'école nationale d'administration, le mot d'ordre étant d'appointer des candidats avant tout dévoués au parti régnant. S'ensuit une valse de nominations à tous les échelons. Le phénomène s'étend aux emplois des grandes entreprises publiques. 



Dans le même temps, sous couvert de lutte contre le terrorisme, les services de renseignement obtiennent des prérogatives accrues pour surveiller les citoyens, tandis qu'un institut national centralise les subventions aux ONG, désormais étroitement contrôlées.



Mais la plus grave des dérives est celle qui frappe le système judiciaire. Tout d'abord, une loi met fin à l'institution exemplaire qu'était la procurature nationale (un procureur indépendant, distinct du ministre de la Justice, était seul chargé de la direction de la politique pénale). Puis le Parlement confie au ministre de la Justice le soin de nommer et de démettre les présidents de tous les tribunaux du pays. Deux autres lois sont votées pour permettre à la majorité parlementaire de désigner les membres du Conseil supérieur de la magistrature et de démettre les juges de la Cour de cassation (laquelle est également juge du contentieux électoral) afin de les remplacer par des personnalités que désignera le ministre de la Justice ; mais, faisant preuve pour la première fois d'un sursaut d'autonomie, le président Duda oppose en juillet 2017 son veto à ces deux lois. 



La mise en oeuvre d'un programme social généreux au prix d'un lourd effort budgétaire



Jaroslaw Kaczynski commence par instituer de véritables allocations familiales - un projet dont personne auparavant, dans ce pays profondément catholique et en pleine dénatalité, n'avait eu l'idée. Ce n'est pas une mesure anecdotique : chaque enfant donne droit à 500 zlotys mensuels (120 euros) et le programme coûte 23 milliards de zlotys (plus de 5 milliards d'euros) en année pleine. L'opposition a beau dénoncer « l'achat des électeurs avec l'argent public », il faut reconnaître que ces allocations ont sorti de l'infortune des milliers de familles dans les zones rurales et les petites villes, particulièrement dans la partie orientale du pays, économiquement à la traîne. La pérennité du programme n'est pas garantie compte tenu des sommes en jeu, et la mise en oeuvre d'une véritable politique familiale devrait aussi prendre en compte d'autres composantes que purement pécuniaires : soutien en milieu scolaire et périscolaire, aides aux modes de garde des enfants, etc. Mais aucun parti d'opposition ne se risque à critiquer une réalisation aussi appréciée par le peuple souverain.



La seconde mesure est l'abaissement de l'âge du départ à la retraite, ramené à 60 ans pour les femmes et à 65 ans pour les hommes alors qu'une loi récente, conforme aux standards européens, avait prévu de l'augmenter par paliers jusqu'à 67 ans pour les deux sexes. Il en résulte un surcoût immédiat de 10 milliards de zlotys en année pleine (2,4 milliards d'euros).



Le principal train de mesures restant concerne la réglementation du travail : augmentation du salaire minimum, réglementation des contrats à durée déterminée pour mettre fin à des abus inadmissibles, incorporation au droit du travail des contrats de louage de services. 



Pour financer ces conséquentes dépenses, le Parlement a taxé les banques et les grandes surfaces, en s'y prenant à plusieurs reprises pour ces dernières devant les remontrances de la Commission européenne qui a rappelé le principe de non-discrimination des entreprises issues d'autres États membres.



Politique étrangère : un isolement croissant



La grande affaire de la Pologne, depuis le départ des troupes de Moscou en 1992, était d'obtenir de l'allié américain qu'il consente à installer de manière permanente des militaires sur son territoire. Le hasard du calendrier a voulu que cette mesure phare, préparée de longue date par la Plateforme civique, se concrétise les 7 et 8 juillet 2016 lors du sommet des 29 chefs d'État et de gouvernement de l'Alliance tenu à Varsovie. Après l'élection de Donald Trump, le PiS a craint, un temps, que le nouveau résident de la Maison-Blanche s'y oppose, à la fois du fait de ses interrogations sur l'utilité de l'Otan et en rétorsion au manque d'engagement financier des autres membres de l'Alliance. Il n'en a rien été, non seulement parce que la Pologne est, de ce point de vue, un bon élève, mais surtout parce que la présence militaire américaine en Pologne, si près de la frontière russe, consacre pour le Parti républicain la réussite d'un dessein échafaudé en réponse à l'empiètement russe sur la Géorgie en 2008 (1), suivi de l'intervention armée de Moscou en Ukraine et de son annexion de la Crimée en 2014.



Deux importantes décisions ont été prises. Tout d'abord, la Pologne accueillera dès 2017 l'un des quatre bataillons mis à disposition par les alliés à l'est du continent, de façon durable et par rotation, soit aujourd'hui 900 militaires américains renforcés de 150 Britanniques et de 120 Roumains (2). De son côté, elle met à la disposition de l'Otan un quartier général de niveau division. En second lieu, dans le cadre de la mise en place d'un système de défense antimissile de l'Alliance (orienté officiellement vers des menaces en provenance du Sud et non de Russie), la Pologne hébergera un site de détection Aegis Ashore à la base militaire de Redzikowo (au nord de Varsovie, à 20 km du rivage de la mer Baltique) (3).



Le sommet de Varsovie a pris soin de préciser que « l'Alliance ne cherche pas la confrontation et ne représente aucune menace pour la Russie », mais que la nature de ses relations avec ce pays sera subordonnée à « un changement clair et constructif dans les actions de ce dernier ». Il a aussi réitéré que « l'Otan est une alliance de valeurs, parmi lesquelles la liberté, les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit » : en privé, le président Obama ne s'est pas privé de rappeler à ses hôtes polonais l'importance de cet engagement...



Ce résultat positif ne doit pas cacher le déficit sur pratiquement tous les autres tableaux de la politique extérieure polonaise. Au plan bilatéral, tout d'abord :



- Avec le Brexit, la Pologne, bien qu'elle n'y soit évidemment pour rien, a perdu le pays que le PiS considérait comme son partenaire privilégié en Europe. Les relations avec le Royaume-Uni demeurent centrées sur la garantie des conditions de vie de l'importante colonie polonaise partie s'y installer en masse dès l'adhésion de la Pologne à l'Union européenne (de 80 000 personnes en 2004, leur nombre est passé à 830 000 en 2015).



- Varsovie a ensuite travaillé à la dégradation de ses relations avec le grand voisin allemand : le PiS lui réclame, trois quarts de siècle après 1945, des dommages de guerre - et cela, alors même que, en droit international, la question a été définitivement tranchée avec l'aval de plusieurs gouvernements polonais. Jaroslaw Kaczynski n'a pas chiffré ses prétentions, se contentant de rappeler les 6 000 milliards (sic) de dollars que représenteraient selon lui les pertes matérielles et humaines subies alors par son pays. Ce qui est cocasse, c'est qu'un vice-ministre des Affaires étrangères a admis devant la Diète que l'affaire avait été définitivement réglée en droit international. En fait, exactement comme le faisaient les autorités communistes, le PiS joue envers son électorat la carte anti-allemande. Il se prémunit aussi contre les rétorsions possibles de l'Union européenne et de son principal contributeur allemand : « Si les Allemands (ou la Commission) viennent nous faire du chantage en conditionnant l'attribution des fonds européens à l'acceptation du mécanisme de relocalisation des réfugiés ou au retour à l'État de droit, nous leur rappellerons leur dette inextinguible à notre égard. » Plus généralement, les autorités de Berlin se voient dénier par le PiS le droit d'exprimer la moindre critique visant la Pologne en raison des crimes de leurs prédécesseurs ; et, plus anecdotique mais révélateur, les slogans anti-allemands sont fréquents lors des rencontres sportives opposant des équipes des deux pays. Jaroslaw Kaczynski va jusqu'à accuser Donald Tusk d'être un « agent allemand », insulte suprême à ses yeux. Dans le même temps, le flux de Polonais partant s'établir en Allemagne ne faiblit pas : 100 000 personnes s'y sont installées en deux ans (2015-2016).



- Le refus brutal de Varsovie d'honorer le marché des 50 hélicoptères Caracal gagné par Airbus en 2015 a détérioré les relations entre la Pologne et la France. Le président Hollande a déploré ce comportement, déclarant le 6 octobre 2016 : « Il y a des pays européens qui pensent que les États-Unis seront toujours là pour les protéger, au point même d'acheter des armes uniquement aux États-Unis et pas aux Européens. Il faut dire à ces pays européens que, s'ils ne se défendent pas eux-mêmes, ils ne seront plus défendus, quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle américaine. » L'hostilité sourde du PiS à l'égard de la France et de l'Allemagne a logiquement conduit à mettre en veilleuse le Triangle de Weimar (4) dans le cadre duquel, pourtant, la Pologne se voyait proposer un statut privilégié au sein de l'Union européenne.



- Ne cessant précisément de déplorer la place subalterne qu'elle occupe dans cette dernière, Varsovie s'est tournée vers ses voisins immédiats pour tenter d'infléchir les décisions communautaires (concernant notamment la politique vis-à-vis des réfugiés et la réforme du statut des travailleurs détachés) dans le cadre du Groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque). Ces États rejettent, comme la Pologne, les quotas d'accueil de réfugiés fixés par la Commission européenne (5). Dans le même esprit, le président Duda a lancé à Dubrovnik, en août 2016, l'Initiative des Trois Mers (mise en oeuvre d'une coopération économique dans l'espace compris entre les mers Baltique, Noire et Adriatique) qui a suscité un accueil mitigé de la Commission (6).



La tâche est ardue pour la Pologne en dépit du tropisme populiste qui prévaut chez plusieurs de ses partenaires. Ainsi, le premier ministre hongrois Viktor Orban, que Jaroslaw Kaczynski considère pourtant comme son modèle, n'a pas suivi Varsovie dans son refus de proroger le mandat du Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen en mars 2017. Quant à l'opposition de la Pologne à l'accueil de réfugiés, elle n'est pas, elle non plus, strictement imitée : le premier ministre slovaque, Robert Fico, s'il affiche pour des raisons internes une opposition officielle aux quotas bruxellois, a cependant accepté d'accueillir plusieurs centaines de migrants sur son sol.



- Avec l'Ukraine, la situation est délicate parce que, en conformité avec sa nouvelle politique historique, le PiS a décidé de porter le fer là où il blesse, en évoquant les massacres de civils polonais des provinces de Volhynie et de Galicie occidentale perpétrés entre 1943 et 1944 par les nationalistes ukrainiens (7). Le 7 juillet 2016, le Sénat polonais instituait une journée nationale dédiée à la mémoire des victimes de ces massacres, suscitant une réaction courroucée du Parlement de Kiev qui dénonça à son tour les agissements « criminels polonais avant, durant et après la Seconde Guerre mondiale ». Préoccupée avant tout d'afficher son identité d'État indépendant face à la pression russe, l'Ukraine tente aujourd'hui d'occulter une partie sombre de son passé, y compris vis-à-vis d'un pays, la Pologne, qui reste l'un de ses principaux soutiens auprès de l'Union européenne (8). Ces questions, néanmoins, ne troublent guère les générations actuelles d'Ukrainiens dont près d'un million exercent en Pologne, parfois de manière légale mais le plus souvent au noir, des emplois délaissés par de jeunes Polonais partis plus à l'ouest ou simplement inoccupés en raison d'un déficit structurel de main-d'oeuvre. 



- Avec la Russie, les relations sont obérées par le refus du président Poutine de restituer l'épave du Tupolev présidentiel qui s'est écrasé à Smolensk en 2010. Elles le sont aussi par l'engagement de la Pologne en faveur d'un rapprochement entre l'Ukraine et l'Union européenne (même si les agissements de Kaczynski contre l'État de droit ont fait perdre à son pays toute réelle influence à Bruxelles) et par sa condamnation des interventions déstabilisatrices de Moscou en Ukraine orientale, ainsi que de l'annexion de la Crimée. 



- Face aux critiques de plus en plus virulentes émises par Bruxelles, le PiS joue sans scrupule un bras de fer avec une UE qu'il n'hésite pas à qualifier de « nouvelle Moscou ». En fait, la seule chose que Kaczynski accepte volontiers, ce sont les perspectives de développement que l'accès au marché unique offre à son pays ainsi que les généreuses subventions communautaires (8,5 milliards d'euros net chaque année). Dans la conjoncture actuelle, il n'entend pas donner suite aux demandes de la Commission qui souhaite qu'il rétablisse l'indépendance des tribunaux et la liberté des médias. La procédure de l'article 7 (9) suivra sa voie et, même si le veto hongrois empêche l'Union de priver la Pologne de son droit de vote, l'opprobre sera lancé contre les dirigeants actuels. Rien ne permet non plus d'exclure que des mesures financières pourraient, officiellement ou de fait, venir pénaliser la Pologne.



Cela n'empêche pas Varsovie de négocier à Bruxelles au mieux de ses intérêts comme l'a montré, en automne 2017, le débat sur la réforme de la directive réglementant le travail détaché. Désireuse de maintenir le système antérieur qui offrait un avantage décisif à ses salariés (application du salaire minimal et non du salaire effectivement payé dans le pays de détachement avec ses différents suppléments, possibilité d'étendre le détachement jusqu'à trois ans), la Pologne a dû s'incliner devant la ténacité française et, aussi, devant le manque de solidarité à son égard des pays membres du Groupe de Visegrad.



Sur l'accueil des réfugiés, la Pologne s'arc-boute sur son refus absolu d'en recevoir, quitte à encourir les sanctions de la Cour de justice que la Commission menace aujourd'hui de saisir.



On le voit, la Pologne, aujourd'hui, a perdu de son influence à l'ouest sans réellement compenser cette perte par des avancées dans d'autres directions. Certes, la coopération économique avec la Chine (10) est encouragée et les relations avec Israël sont au beau fixe. Mais le bilan diplomatique global n'en est pas pour autant équilibré.



En 2018, Varsovie occupera pour deux ans un siège au Conseil de sécurité de l'ONU... ce qui n'a pas empêché la Commission des droits de l'homme de l'organisation de se saisir du dossier sur l'État de droit en Pologne.



Une vie politique bouleversée



L'attaque contre Lech Walesa et le symbole qu'il représente



Jaroslaw Kaczynski, qui participa au mouvement Solidarité mais sans y jouer un rôle de premier plan, devient le chef de la chancellerie de Lech Walesa après l'élection de ce dernier à la présidence en décembre 1990. Très vite, il se querelle avec lui, le quitte, puis décide de se mettre à son propre compte en politique avec son frère Lech à ses côtés.



Au printemps 2016, il n'hésite pas à accuser Walesa, « en bloc avec ses anciens conseillers élitaires », de « ménager les communistes défaits » et de « cacher une collaboration avec les services spéciaux de la Pologne communiste afin de préserver sa stature de héros de la nation ». La charge s'appuie sur des archives que la veuve de l'ex-ministre communiste de l'Intérieur, le général Kiszczak, a opportunément remises aux autorités le 17 février 2016. Il ne faut pas plus de 24 heures pour que le parti au pouvoir atteste que ces documents « confondent définitivement le traître Walesa », s'appuyant pour cela sur l'Institut de la mémoire nationale (IPN) - une organisation devenue, avec plus de 2 000 employés, le fer de lance de la politique historique échafaudée depuis deux ans. En janvier 2017, des graphologues commis par l'IPN concluent à la véracité des preuves, ce qui laisse inchangée la position de Walesa : « Je n'ai pas collaboré avec les services spéciaux communistes. » Selon Andrzej Fryszke, historien reconnu et spécialiste du mouvement Solidarité, ces documents ne permettent en rien de remettre en cause l'honnêteté et l'authenticité du leadership de Walesa sur Solidarité. Pour l'historien, l'attaque du pouvoir actuel contre Walesa a pour objectif - au-delà de la destruction d'une icône mondiale - de délégitimer le processus de la Table ronde choisi par Solidarité en 1989 pour sortir pacifiquement de la crise avec les communistes, afin de mieux asseoir la prétention actuelle du PiS à refonder radicalement la politique polonaise.



La manipulation autour de l'accident de Smolensk est un second exemple de l'intoxication de l'opinion. Le but est de laisser accroire qu'au sein du camp adverse, alors dirigé par Donald Tusk, un complot fut ourdi pour se débarrasser du président de la République, Lech Kaczynski. Pour ce faire, et alors que les détails de la catastrophe aérienne ont été explicités par une première commission d'enquête, le ministre de la Défense en instaure une nouvelle pour « établir la Vérité ». L'objectif n'est pas seulement de déshonorer Donald Tusk ; il s'agit surtout de forger une nouvelle mythologie où le héros de la Pologne moderne n'est plus Lech Walesa mais Lech Kaczynski, tombé au champ d'honneur à Smolensk, sur la terre russe honnie. Tous les 10 du mois depuis 2010, Jaroslaw Kaczynski préside en personne, entouré de détachements de l'armée et de représentants du clergé, une cérémonie sur le seuil du palais présidentiel au cours de laquelle sont cités les noms des héros de la Pologne, au rang desquels figure désormais Lech Kaczynski. La Pologne éclairée des élites peut ricaner, au mieux se désoler ; la Pologne des gens du peuple, solidement encadrée par le clergé, est en prise directe avec pareille mise en scène.



La fabrique de l'intolérance



Dans les jours qui suivent la victoire électorale du PiS, ses leaders traitent les électeurs qui n'ont pas voté pour ce parti de « communistes », de « voleurs » et, accessoirement, de « végétariens » et de « fanatiques du vélo » - autant de qualificatifs continuellement utilisés dans un esprit de dérision et d'exclusion. Cette coupure drastique dans les relations entre le pouvoir et ses mandants est une nouveauté dans la Pologne post-communiste. Elle emporte des conséquences redoutables :



- Une xénophobie à fleur de peau. C'est à un rythme hebdomadaire que la presse rapporte des tabassages de personnes dans les transports publics uniquement parce que celles-ci parlaient une autre langue que le polonais. Le discours d'exclusion du PiS (à l'égard de ses adversaires politiques, des « traîtres qui dénoncent leur pays à Bruxelles », des « Allemands »...) a pour effet de libérer les tendances xénophobes des couches de la société restées à l'écart de l'ouverture au monde de leur pays ;



- Le rejet absolu des réfugiés et une dépréciation de l'islam en tant que tel, le ministre de l'Intérieur, Mariusz Blaszczak, n'hésitant pas à présenter l'axiome « musulman = terroriste, donc zéro musulman = pas de terrorisme » et ajoutant qu'un pays comme la France ferait bien d'en tenir compte ! Cette haine vis-à-vis de l'islam est renforcée par l'exaltation que, en osmose avec l'Église, le pouvoir entretient autour de la « symbiose organique entre l'âme polonaise et le catholicisme » ;



- La tolérance et la protection de fait accordées à l'extrême droite. Le 11 novembre 2017, jour de l'Indépendance, les organisations néo-fascistes polonaises ont invité leurs homologues européennes : près de 60 000 personnes ont défilé dans les rues de Varsovie en scandant le mot d'ordre officiel « nous voulons Dieu ». Des slogans xénophobes, néonazis et antisémites ont conduit à une réaction officielle d'Israël et, chose inattendue, du président de la République Andrzej Duda, qui dénonça « un nationalisme morbide ».



Cette banalisation du discours de l'ostracisme et de la haine finit par pervertir les règles du jeu politique. Les débats à la Diète et au Sénat en offrent la démonstration quotidienne ; les parlementaires de l'opposition (138 députés de la Plateforme civique, 28 du nouveau Parti moderne (11) et 16 du Parti paysan) ont les plus grandes difficultés à bénéficier de leur temps de parole ; ils sont souvent invectivés (le 17 juillet 2017, Kaczynski en personne, du haut de la tribune, les a traités de « canailles » et les a même accusés d'être responsables de la mort de son frère) ; et la gestion des ordres du jour est conçue pour les empêcher de se concerter. La vie sociale elle-même se ressent de ce clivage. Des fractures profondes ont commencé à se creuser au sein de nombreuses familles.



Et l'Église, dans tout ça ?



Il y a en Pologne une minorité de catholiques qui n'acceptent pas le nouveau cours des choses, comme la maison d'édition Znak et l'hebdomadaire Tygodnik Powszechny, tous les deux basés à Cracovie. Mais leurs voix sont totalement étouffées par le vacarme déclenché par le PiS ainsi que par le... silence assourdissant de la hiérarchie catholique. Mgr Tadeusz Pieronek, ancien secrétaire de l'épiscopat, explique : « À mes yeux, d'une manière ou d'une autre, les évêques ont soutenu Droit et Justice. Ils l'ont voulu, ils l'ont... L'utilisation de la religion à des fins politiques est la pire chose qui puisse arriver. »



De fait, la hiérarchie peine à prendre position pour dénoncer les atteintes à l'État de droit. Même le pape a reçu un accueil mitigé en août 2016. Le père Stanislaw Walczak, ancien missionnaire en Afrique, affirme : « Ce menteur, Jaroslaw Kaczynski, a le soutien de nombreux évêques et d'une multitude de prêtres. Ils appuient ses mensonges sur la catastrophe de Smolensk et excitent les Polonais contre les étrangers tandis que lui-même, en toute impunité, multiplie calomnies et mensonges. Ses liens avec Radio Maryja et TV Trwam montrent que le mensonge est devenu l'arme officielle des catholiques nationaux en Pologne. » Ces propos visent directement le père Rydzyk, rédemptoriste à la tête d'un empire médiatique (Radio Maryja, la télévision Trwam, le quotidien Nasz Dziennik) diffusant des messages ultranationalistes, souvent racistes, que la hiérarchie officielle n'a jamais voulu modérer.



Un historien spécialiste de la Pologne, le Britannique Norman Davies, ne dit pas autre chose : « Il y a de nombreuses personnes qui nourrissent un ressentiment, une amertume parce que leur sort ne s'est pas amélioré autant que celui du voisin. J'estime que c'est l'Église qui, dans une large mesure, est à l'origine de ces émotions. Après 1989 est apparu chez une partie du clergé l'espoir de voir s'instaurer une sorte de théocratie. Pour bon nombre de prêtres, le libéralisme ne vaut pas mieux que le communisme. L'Église se sent menacée par la sécularisation et c'est pour cette raison qu'elle nourrit le virus de la haine et de la peur. Se crée ainsi un climat de mécontentement propice à l'émergence de phénomènes dangereux » (12).



De sombres perspectives



Au terme de ce rapide survol, il est temps de répondre aux questions posées en introduction.



I - Oui, la Pologne est aujourd'hui en rupture avec les valeurs de la démocratie libérale et rien ne permet d'affirmer que Jaroslaw Kaczynski pourra être contré dans son entreprise, qu'il estime encore inachevée. Le président de la République, après avoir fait mine de vouloir l'empêcher d'attenter à l'indépendance des tribunaux, est définitivement rentré dans le rang.



Rien ne permet, non plus, de croire que l'emprise du pouvoir sur les médias publics sera desserrée, ni même que les médias privés ne seront pas eux aussi contrôlés, au prétexte de les faire passer sous des capitaux en majorité polonais. Une amende record a été infligée en décembre 2017 à TVN, une télévision privée, pour avoir rendu compte un an auparavant des manifestations devant la Diète ainsi que des tentatives d'obstruction à l'encontre de l'opposition menées par le PiS.



Par ailleurs, le Parlement a voté en décembre 2017 l'autorisation d'utiliser à l'intérieur du pays la défense territoriale nouvellement créée par le ministre de la Défense (officiellement, cette structure doit être en état de réagir à une menace russe), tandis que la réglementation relative aux manifestations sur la voie publique donne la priorité à celles qu'organise le pouvoir, sans compter le soutien de fait aux rassemblements d'une extrême droite xénophobe (13). 



II - Oui, la Pologne tourne le dos à l'Union européenne pour tout ce qui touche à l'État de droit. Mais elle se garde bien d'interrompre en quoi que ce soit les relations de son appareil d'État avec la bureaucratie bruxelloise, en particulier parce qu'elle tient aux nombreux financements communautaires. Sa principale affaire est de désamorcer la bombe que représenterait la condamnation du pays sur la base de l'article 7 du traité de Lisbonne, ce qui est en soi un hommage à une appartenance qu'elle ne songe présentement pas à révoquer. 



De ce fait, Varsovie n'est nullement en pointe sur les projets de réforme de l'Union et il est douteux qu'elle accepte d'organiser en 2018 les conventions démocratiques suggérées par le président Macron. Peut-on néanmoins dire qu'elle conserve un certain leadership au sein du Groupe de Visegrad et un ascendant sur les autres États centre et est-européens ? Ce n'est plus certain : à ce jour, la tentative visant à impliquer ceux-ci dans l'Initiative des Trois Mers ne semble pas avoir été productive.



Pour la France, comme l'a souligné Emmanuel Macron, « la Pologne est aujourd'hui un pays qui décide d'aller à l'encontre des intérêts européens sur de nombreux sujets. Le peuple polonais mérite mieux que cela » (14). 



Deux choses sont sûres : la Pologne de Jaroslaw Kaczynski met à mal l'autorité des institutions communautaires en revendiquant une plus grande autonomie pour les États et en rejetant les valeurs communes européennes ; mais, en même temps, les Polonais restent massivement attachés à l'appartenance à l'Union. Cela dit, sans alternance politique à Varsovie, il n'y aura pas de retour actif de la Pologne dans le jeu communautaire, même avec le nouveau premier ministre, Mateusz Morawiecki, nommé le 7 décembre 2017 : sa présence au Conseil européen des 14 et 15 décembre n'a pas empêché que la Commission lance, le 20 décembre suivant, la procédure de l'article 7 en raison d'un « risque clair d'une violation grave de l'État de droit en Pologne ».



Plus grave, de par son importance géopolitique, la Pologne catholique, tenue d'une main autocratique par Jaroslaw Kaczynski, tend à attiser les initiatives nationalistes et anti-européennes qui prospèrent dans tout le continent, particulièrement en son centre et à l'est, profitant de la crise migratoire qui, elle-même, avive le rejet de l'islam par des parties importantes de la population.



III - À supposer qu'il y ait un jour rupture entre la Pologne et les institutions bruxelloises, il y aurait, compte tenu de l'importance géostratégique de ce pays, un risque de découplage de toute la partie orientale de l'Union européenne. Nul doute que cette perspective fera réfléchir même le plus populiste des dirigeants - d'autant plus, dans le cas de Kaczynski, que celui-ci affiche une hostilité de principe à la Russie. Il est par ailleurs évident que, fort de la présence d'éléments de son armée sur le territoire polonais, le grand allié américain s'empresserait d'intervenir pour empêcher pareille dérive. 



Il n'empêche : certains observateurs rappellent le souvenir de la Confédération de Targowica qui réunissait la grande noblesse polonaise et les hauts dignitaires ecclésiastiques hostiles à la libéralisation du régime voulue par la Constitution votée le 3 mai 1791 : « pour parer à la contagion des idées démocratiques après les exemples immortels survenus à Paris », elle demanda à la Russie d'intervenir. Voeu qui sera exaucé dès 1792... Aujourd'hui, Jaroslaw Kaczynski s'oppose aux idées libérales qui sont devenues le socle de l'Europe unie, fragilisant celle-ci au lieu de contribuer à sa réforme.



En guise de conclusion : un rejet du PiS est-il possible ?



La jeunesse polonaise est plutôt inactive, même si elle se montre dernièrement un peu plus visible dans les manifestations de rue à Varsovie. Le pouvoir se garde pour l'instant de restreindre le recours aux réseaux sociaux.



Le Comité de défense de la démocratie (KOD), mouvement social apparu en décembre 2015 et capable dans ses premiers mois d'existence de regrouper des dizaines de milliers de manifestants, a sombré dans la léthargie suite à des dissensions internes. Mais existent aussi de petites associations de citoyens déterminés qui tiennent des piquets dans la capitale et les grandes métropoles du pays : elles sont l'armature d'une mobilisation plus ample que rien de précis ne saurait annoncer à l'heure où ces lignes sont écrites.



Le front syndical est encore moins mobilisé : le syndicat Solidarité soutient activement le pouvoir par reconnaissance pour ses réalisations sociales tandis que les deux autres centrales respectent une stricte neutralité politique.



Les partis d'opposition, pour leur part, n'ont cessé de perdre de l'influence. La Plateforme civique (15) souffre du manque de charisme de Grzegorz Schetyna, qui a succédé à Donald Tusk. Le jeune Parti moderne est en plein renouvellement de sa hiérarchie. La gauche parlementaire (16) paraît définitivement en pa


Notes :


(1) En août 2008, la Géorgie avait attaqué l'Ossétie du Sud pour tenter de reprendre le contrôle de cette région séparatiste, mais elle avait subi une riposte de la Russie qui se traduisit par l'occupation, par cette dernière, non seulement de l'Ossétie du Sud mais aussi de l'Abkhazie.



(2) Ces forces de l'Otan seront installées dans la ville d'Orzysz, à 200 km au nord-est de Varsovie, et représenteront le pendant de trois autres bataillons déployés au même moment par l'Alliance dans les pays baltes, soit un total de 4 000 hommes dans l'ensemble des quatre pays. À noter que, dans le cadre de la coopération entre l'Otan et l'Ukraine (non membre de l'Otan), une brigade lituano-polono-ukrainienne a déjà été mise sur pied. 



(3) Ce dispositif de défense antimissile est complété par un autre site de suivi Aegis Ashore, à Deveselu en Roumanie, et par un radar avancé de détection lointaine, à Kürecik en Turquie.



(4) Créé en 1991, le Triangle de Weimar est un forum de coopération réunissant la France, l'Allemagne et la Pologne. Fondé initialement pour appuyer la réconciliation polono-allemande sur le modèle franco-allemand et préparer l'adhésion de la Pologne à l'Otan et à l'Union européenne, il permettrait aujourd'hui à Varsovie de « jouer dans la cour des grands » au sein de l'UE. 



(5) En septembre 2015, devant la vague de réfugiés qui déferlait sur les rivages italiens et grecs, la Commission européenne a imposé la relocalisation de 120 000 réfugiés répartis au prorata de la population des États membres. À la date limite, en septembre 2017, moins de 28 000 réfugiés avaient été accueillis. La Pologne a affiché son opposition absolue à ce type d'accueil, emboîtant le pas à la Roumanie, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie. Ces deux derniers États ont attaqué la décision de la Commission devant la Cour de justice de Luxembourg qui les a déboutés en septembre 2017. En juillet de la même année, la Commission a envoyé un avis motivé sur cette question à la Hongrie, la Pologne et la République tchèque, dernière étape avant qu'elle ne saisisse la Cour de justice. 



(6) Le projet le plus avancé de l'Initiative prévoit la fourniture de gaz liquéfié américain à partir du terminal polonais nouvellement construit sur la Baltique à Swinoujscie. Soutenue par Donald Trump et son secrétaire d'État Rex Tillerson, ancien PDG d'ExxonMobil, la Pologne rêve de devenir la plateforme de distribution de gaz américain pour les pays d'Europe centrale, en substitution au gaz russe livré par le gazoduc Nordstream 1 passant sous la mer Baltique (le projet Nordstream 2, actuellement en projet, fait l'objet d'une obstruction de la part des Polonais). On comprend que, devant les réticences de l'Allemagne mais aussi d'autres pays dépendants du gaz russe comme la France ou l'Autriche, la Commission ait fait preuve de prudence vis-à-vis de l'Initiative des Trois Mers. Les premières livraisons de gaz américain à la Pologne pour l'hiver 2017-2018 lui ont été facturées 50 % plus cher que le gaz russe.



(7) Suite à la victoire en août 1920 de la Pologne sur l'Armée rouge, la Volhynie et la Galicie ont été rattachées à la Deuxième république de Pologne. Déjà colonisés par la Pologne avant le temps des Partages, ces territoires sont aussi ceux où est apparue progressivement une conscience nationale ukrainienne, particulièrement au XIXe siècle lorsqu'ils étaient sous domination russe. De 1920 à 1939, la Pologne y a mené une politique de polonisation musclée. Après l'envahissement de l'Ukraine par les Allemands en 1941, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) ont procédé à une véritable épuration ethnique dans ces territoires aboutissant au meurtre de plus de 80 000 Polonais (ainsi que de Juifs, de Russes et de Hongrois). 



(8) Si un accord d'association a bien été signé en 2014, la perspective d'une adhésion, fortement souhaitée par l'Ukraine comme par la Pologne, reste aujourd'hui difficile à dater.



(9) Cet article 7 dispose que le Conseil, statuant à la majorité des quatre cinquièmes de ses membres, après approbation du Parlement européen, peut constater qu'il existe un risque clair de violation grave par un État membre des valeurs de l'Union (respect de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie, de l'égalité, de l'État de droit, ainsi que des droits de l'homme). Ensuite, le Conseil européen, statuant à l'unanimité après approbation du Parlement, peut constater l'existence d'une violation grave et persistante par un État membre des valeurs précitées. Cette constatation faite, le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, peut décider de suspendre certains des droits découlant de l'application des traités à l'État membre en question, y compris ses droits de vote au sein du Conseil. 



(10) Dans le cadre de la politique d'aide aux investissements de transports prévus par le projet de nouvelle Route de la soie (appelé aussi « One belt, One road ») dont Pékin fixe précisément le terminus en Pologne, du côté de Lodz, à une centaine de kilomètres au sud de Varsovie.



(11) Nouveau parti représentant une tendance encore plus libérale et pro-européenne que la Plateforme civique, Moderne (28 députés) est monté en flèche en promouvant la résistance au démantèlement de l'État de droit. Mais il est en perte de vitesse depuis un an, en proie à une crise de son encadrement et, comme la Plateforme civique, dans l'impasse quant à sa stratégie.



(12) Propos recueillis par l'hebdomadaire Newsweek Polska du 4-10 décembre 2017.



(13) Le 11 novembre 2017, jour de la Fête de l'indépendance, plus de 50 000 personnes ont défilé à Varsovie à l'invitation du mouvement d'extrême droite ONR, avec des délégations invitées d'une dizaine de pays dont l'Allemagne.



(14) Déclaration faite lors de son voyage en Bulgarie fin août 2017.



(15) Parti dominant pendant les deux précédentes législatures, il ne s'est pas (encore) remis de sa défaite en octobre 2015 (il détient 138 des 460 sièges à la Diète) et souffre du faible leadership de son dirigeant, Grzegorz Schetyna. S'il reste de loin la première force d'opposition, son avenir est incertain et sa ligne peu claire, d'autant qu'il apparaît parfois tenté par les options du PiS qui séduisent une partie si importante de l'électorat.



(16) L'Alliance de la gauche démocratique (issue de l'ex-parti communiste) n'a même pas pu entrer à la Diète en 2015. Il n'est pas sûr qu'elle en soit capable aux législatives de 2019. En matière sociale, ses propositions sont bien en deçà de celles du PiS, ceci expliquant cela.



(17) Avec 3,6 % des voix aux législatives de 2015, ce nouveau parti n'a pu entrer à la Diète (où il faut franchir le seuil de 5 %). Il défend une ligne socialiste et écologiste et se fait le défenseur des réfugiés et de tous ceux qui souffrent d'atteintes à leurs droits, en particulier les femmes.



 



(18) Déclaration au Journal du Dimanche du 20 novembre 2016.