Politique Internationale - La Revue n°101 - AUTOMNE - 2003

sommaire du n° 101
ÉTATS-UNIS/ARABIE SAOUDITE : UNE ALLIANCE INOXYDABLE ?
Article de Stéphane Marchand
Rédacteur en chef adjoint au Figaro
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Le lien entre les Etats-Unis et l'Arabie saoudite s'est sérieusement détérioré depuis le 11 septembre 2001. Alors que Riyad est souvent accusé de complaisance à l'égard du terrorisme islamiste, Washington s'échine à ménager son indispensable allié énergétique et stratégique... mais prend ses distances : l'Amérique a déplacé ses soldats stationnés dans le Royaume vers le Qatar et recherche de nouvelles sources d'approvisionnement en hydrocarbures. La famille Saoud, elle aussi, doit composer avec des intérêts contradictoires : d'une part, sa population est violemment hostile aux Américains (dont le soutien à Israël exacerbe ce ressentiment) ; de l'autre, l'assistance militaire de la première puissance mondiale est vitale pour ce pays vaste et riche, mais faible. Le comportement de Riyad lors de la guerre d'Irak l'a montré : l'heure n'est plus à une connivence sans faille entre l'Arabie saoudite et les Etats-Unis. La " relation spéciale " vieille de 75 ans serait-elle en train de s'estomper ?

Notes :

(1) Le 12 mai 2003, dans la capitale saoudienne, un triple attentat-suicide a causé la mort de trente-quatre personnes : sept Américains, dix expatriés d'autres nationalités, huit Saoudiens et les neuf kamikazes.
(2) L'osmose entre l'Arabie saoudite et les administrations américaines (surtout républicaines) a été indéniable au cours de ces vingt dernières années. Le fonds d'investissement Carlyle, où se côtoient princes saoudiens, ténors républicains et membres de la famille Bush, en est le cénacle. Depuis des décennies, Carlyle forme la garde nationale saoudienne par l'intermédiaire de la société Vinell, une des cibles des attentats du 12 mai dernier à Riyad. À son conseil d'administration a longtemps figuré le prince Waleed Ben Talal, représentant la famille royale. Enfin, le 11 septembre 2001, au moment où tombait l'affreuse nouvelle, tous les administrateurs de Carlyle étaient réunis à l'hôtel Ritz Carlton de Washington. On pouvait voir James Baker, l'ancien secrétaire d'État de George Bush père, en grande conversation avec un collègue saoudien : un frère d'Oussama Ben Laden.
(3) Fondé en 1981 à l'initiative de Riyad, le CCG vise à unifier la politique étrangère de la zone et prévoit, à terme, une intégration économique et douanière. Ses cinq autres membres sont Bahreïn, le Koweït, le Qatar, Oman et les Émirats arabes unis.
(4) Le 17 octobre 1973, alors que Washington vient de fournir à Israël une aide militaire massive qui a permis à l'État hébreu de repousser l'offensive conjointe égypto-syrienne du 6 octobre, jour du Yom Kippour, l'OPEP, dominée par Riyad, impose un embargo pétrolier sur les États-Unis et augmente le prix du brut de 70 % pour les pays d'Europe occidentale. De 3 dollars le baril, le cours passe à 11,65 dollars en janvier 1974, plongeant l'Occident dans la crise. L'embargo fut levé le 18 mars 1974.
(5) Au printemps 2003, juste avant l'offensive américaine en Irak, l'OPEP avait à nouveau indiqué qu'elle adapterait sa production de manière à neutraliser les éventuels soubresauts des cours.
(6) Le 10 juillet 2002, lors d'une réunion à Washington du Defense Policy Board (un groupe chargé de conseiller le Pentagone), Laurent Murawiec, à l'époque chercheur à la Rand Corporation, avait évoqué une partition punitive du Royaume, les États-Unis se réservant la région pétrolière, le reste du pays conservant les deux mosquées. La divulgation de son intervention avait, malgré les assurances de la Maison-Blanche, provoqué une vive inquiétude à Riyad.
(7) À l'occasion du Sommet de Beyrouth de la Ligue arabe en mars 2002, le prince Abdallah a rendu public son plan de règlement du conflit israélo-palestinien. Ce projet, qui proposait d'offrir à Israël la normalisation de ses relations avec tous les pays arabes en échange du retour aux frontières de 1967 et du retrait des troupes israéliennes des territoires palestiniens, a été approuvé par la Ligue arabe et les chancelleries occidentales. Israël s'est néanmoins opposé à un volet portant sur le droit au retour des réfugiés palestiniens.
(8) La primogéniture est un système dans lequel le roi transmet le trône à son fils aîné. Adopter ce mode de succession en Arabie saoudite reviendrait pratiquement à créer une nouvelle dynastie.