Politique Internationale - La Revue n°101 - AUTOMNE - 2003

sommaire du n° 101
LE FAUX PÉRIL ISLAMISTE
Entretien avec Tayyip Erdogan
Premier ministre de Turquie depuis mars 2003
conduit par
Amir Taheri
Écrivain et éditorialiste
en français
en français
in english
en español
en français

Recep Tayyip Erdogan a été nommé premier ministre de Turquie en mars 2003, quatre mois après la victoire de son parti aux élections législatives. Le parti de la Justice et du Développement - islamiste - a, en effet, raflé les deux tiers des sièges au Parlement. Cet homme de 50 ans ne ressemble en rien à ses prédécesseurs. Non seulement il ne fait pas partie du sérail politique, mais il est le premier chef de gouvernement turc à avoir reçu une éducation coranique en bonne et due forme. Il se défend pourtant de vouloir islamiser la société turque : il souhaite, au contraire, réconcilier la tradition musulmane et la laïcité, dans laquelle il voit le garant de la liberté religieuse et culturelle. Il milite pour une stricte neutralité de l'Etat. Accusé de saper les fondements de la Turquie kémaliste, il contre-attaque là où on l'attendait le moins : sur l'Europe. Recep Tayyip Erdogan sera-t-il l'homme qui fera entrer la Turquie dans l'Union européenne? Nul doute, en tout cas, que cette ambition l'a effleuré...

Notes :

(1) Ce poème patriotique est de Ziya Gökalp : " Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats "....
(2) Le 9 mars 2002, Erdogan était élu député de la région de Hakkari, au sud-est de la Turquie, loin de sa région natale et de sa principale base de soutien qui est la ville d'Istanbul.
(3) Erdogan n'a pas pris de position claire sur le sujet. Mais sa femme, ainsi que ses filles portent le hidjab. Ce qui n'est pas le cas des femmes de plusieurs membres du cabinet Erdogan.
4) Le nombre des écoles coraniques est sévèrement limité par l'État. Parallèlement à l'enseignement religieux, ces écoles sont tenues de suivre le programme d'éducation laïque approuvé par l'État.
(5) Ces réformes portent sur l'abolition de la peine de mort, l'interdiction de la torture et la diminution du rôle de l'armée au sein du Conseil national de sécurité.
(6) C'est une référence aux dirigeants kurdes irakiens Massoud Barzani et Jalal Talabani, qui se sont opposés à la participation des troupes turques à la coalition menée par les États-Unis.
(7) Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, avait fixé à la fin février 2003 la date limite pour la ratification, par toutes les parties concernées y compris la Turquie, de son plan de règlement de la question chypriote. Ce plan prévoyait une confédération bi-nationale.