Politique Internationale - La Revue n°101 - AUTOMNE - 2003

sommaire du n° 101
LE VIRUS SOVIÉTIQUE
Entretien avec Anna Politkovskaia
Grand reporter à Novaya Gazeta (Moscou). Auteur, entre autres publications, de : Voyage en enfer. Jo
conduit par
Galia Ackerman
Russie
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Notes :

(1) En août 1999, des détachements de wahhabites venus de Tchétchénie ont pénétré au Daghestan, contre l'avis du président tchétchène Aslan Maskhadov, pour soutenir une rébellion armée wahhabite locale. Cette incursion, suivie en septembre 1999 d'explosions d'immeubles d'habitation à Moscou et dans deux villes de province, a provoqué une contre-offensive des troupes russes : la seconde guerre de Tchétchénie avait démarré.
(2) Au cours des douze derniers mois, on a assisté à une forte augmentation du nombre d'attentats commis contre les forces fédérales et l'administration tchétchène pro-russe. En voici quelques exemples. 27 décembre 2002, à Grozny : attentat au camion piégé contre le bâtiment du gouvernement pro-russe de Tchétchénie (72 morts, plus de 100 blessés). 12 mai 2003 : un camion bourré d'explosifs percute le bâtiment de l'administration locale et du FSB dans le village de Znamenskoïe, provoquant également l'explosion de quatre immeubles adjacents (43 morts et 197 blessés). 14 mai 2003, au village de Béloréchié : une femme-kamikaze se fait exploser au milieu d'une foule, au passage du convoi du leader pro-russe Akhmad Kadyrov (26 morts, 140 blessés). 2 juillet 2003, à Argoun, explosion de l'immeuble où logeaient des miliciens : 24 morts, 71 blessés.
(3) Deux des candidats les plus sérieux, Malik Saïdoullaev (l'un des leaders de la diaspora tchétchène) et Aslanbek Aslakhanov (député de la Douma) ont été forcés par l'administration présidentielle russe à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle.
(4) Ancien mufti de Tchétchénie, Kadyrov s'est publiquement prononcé contre l'invasion du Daghestan et collabore avec les forces fédérales depuis l'automne 1999. En juin 2000, il fut nommé chef de l'administration pro-russe en Tchétchénie. Il a créé ses propres milices, une sorte de " garde prétorienne " qui terrorise la population locale sous couvert de lutte contre les indépendantistes.
(5) Aslan Maskhadov, ancien chef d'état-major, fut élu président de la Tchétchénie, alors indépendante, en 1997. Après le déclenchement de la deuxième guerre tchétchène, son élection a été proclamée illégitime par les autorités russes. Chef de la résistance armée tchétchène, il se cache toujours dans les montagnes et se manifeste, très irrégulièrement, par le biais d'enregistrements audio ou vidéo.
(6) Au cours des trois années d'indépendance, entre 1996 (fin de la première guerre) et 1999 (déclenchement de la deuxième guerre), la république a connu une vague d'enlèvements crapuleux de citoyens russes et étrangers organisés par des groupes de bandits dans le but d'obtenir des rançons. Cette période a aussi vu l'échec des tentatives des autorités tchétchènes visant à placer sous leur contrôle divers groupes armés et, en particulier, les wahhabites.
(7) " Démocide " est un néologisme utilisé pour décrire le massacre de populations civiles.
(8) Un clan, en tchétchène. La société tchétchène est une société clanique et l'appartenance au teip est un aspect primordial de la vie sociale.
(9) Mémorial est une organisation russe de défense des droits de l'homme qui s'occupe aussi bien des problèmes actuels que de la préservation de la mémoire des victimes du régime soviétique. La Société d'amitié russo-tchétchène se situe à Nijni Novgorod. Elle a été créée au début de la deuxième guerre tchétchène par un idéaliste, Stas Dmitrievski, qui souhaitait prouver que la coexistence entre les Russes et les Tchétchènes était tout à fait possible. Cette société organise, par exemple, des séjours d'enfants tchétchènes dans des familles de Nijni Novgorod.
(10) En mars 2000, le colonel Youri Boudanov a enlevé, violé et étranglé une Tchétchène âgée de dix-huit ans, qu'il accusait - à tort - d'être un sniper. En décembre 2002, le tribunal militaire de la région du Caucase du Nord l'a reconnu " temporairement irresponsable " au moment des faits et l'a condamné seulement à suivre un traitement dans un dispensaire psychiatrique, sans préciser la durée de ce traitement. Sous la pression de l'opinion publique internationale, ce verdict a été récemment annulé par la Cour suprême militaire et Boudanov a été condamné à dix ans d'emprisonnement.
(11) Voici l'essence de l'affaire Youkos. Les grandes sociétés russes sont traditionnellement " invitées " à financer le parti du pouvoir, Russie unie. Le PDG de Youkos, Mikhaïl Khodorkovski, a annoncé que son entreprise allait diversifier les financements de partis politiques et qu'elle soutiendrait notamment le Parti communiste, les démocrates de Iabloko et l'Union des forces de droite. En guise de représailles, un collaborateur du service de sécurité de Youkos, Alexeï Pitchouguine, fut arrêté en juin 2003 et accusé du meurtre de deux personnes. Peu de temps après, Platon Lebedev, un proche de Khodorkovski qui gérait les actifs personnels du patron, fut également arrêté et accusé d'avoir, en 1995, illégalement acquis les actions d'une usine. Les deux hommes se trouvent en détention provisoire, dans l'attente d'un procès à huis clos. Il semblerait que des médicaments psychotropes aient été utilisés lors de leurs interrogatoires.
(12) Sigle du service des renseignements du ministère de la Défense.
(13) Nom donné en Russie à la Seconde Guerre mondiale.
(14) C'est ainsi que l'on appelle l'ensemble des ministères et des organismes qui disposent de forces armées : il s'agit principalement du ministère de l'Intérieur, du ministère de la Défense et du FSB.
(15) Le parti Russie unie est le résultat d'une fusion entre deux formations relativement récentes : d'une part, Mouvement interrégional Unité, créé à la veille des élections parlementaires de 1999 avec pour seul programme d'offrir un soutien inconditionnel au nouveau chef du Kremlin, Vladimir Poutine (qui venait d'être nommé premier ministre, puis président par intérim) ; de l'autre, Patrie-Toute la Russie, parti patriotique dirigé à l'origine par le puissant maire de Moscou, Youri Loujkov, et par l'ex-premier ministre Evgueni Primakov, qui n'avait pas immédiatement soutenu Vladimir Poutine. Aux élections de 1999, Mouvement interrégional Unité avait obtenu plus de 23 % des voix et Patrie-Toute la Russie, 15,5 %. Ces partis sont ainsi devenus, respectivement, le deuxième et le troisième groupe parlementaire, derrière les communistes. À l'heure actuelle, Russie unie, issue de la fusion, semble assurée d'obtenir une majorité à la nouvelle Douma (élections fixées pour le 7 décembre 2003). C'est un parti du pouvoir dont le programme consiste à soutenir le président Poutine et à veiller à la construction d'une Russie forte. Même s'il n'en est pas personnellement membre, le président ne manque pas une occasion de saluer publiquement le travail réalisé par le parti.
(16) Voir, à ce sujet, Alexandre Nikitine, " Les nouveaux espions " (entretien avec Galia Ackerman), Politique Internationale, no 99, printemps 2003.
(17) Après Boris Berezovski et Vladimir Goussinski, c'est actuellement le puissant PDG du conglomérat pétrolier Youkos qui subit des pressions du Kremlin. Pour plus de détails, voir la note (11).
(18) Voir la note (11).
(19) La législation russe prévoit la possibilité de voter " contre tous les candidats ". Cette option permet aux électeurs qui ne trouvent aucun candidat à leur goût de participer quand même au scrutin tout en montrant leur opposition aux candidats en lice.