Politique Internationale - La Revue n°159 - PRINTEMPS - 2018

sommaire du n° 159
Kazakhstan : une voix qui compte
Entretien avec Noursoultan Nazarbaïev
Président du Kazakhstan.
conduit par
la rédaction de Politique Internationale
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Politique Internationale - Monsieur le Président, l'histoire de la jeune indépendance du Kazakhstan se confond avec celle de votre présence à sa tête. Parmi toutes les décisions que vous avez prises au cours de ce quart de siècle, quelles ont été les plus importantes ?



Noursoultan Nazarbaïev - Des décisions importantes, il y en a eu beaucoup ! Elles ont permis à notre pays de progresser de façon spectaculaire sur la voie du développement et d'obtenir d'immenses succès dans les domaines les plus variés. Bien entendu, notre succès le plus précieux, c'est d'avoir édifié le Kazakhstan indépendant - un État qui, avant 1991, n'existait pas sur la carte.

Commençons par les réussites « intérieures » : nous avons mis en oeuvre des réformes de marché de grande ampleur qui ont permis de multiplier notre PIB par vingt et d'améliorer de façon radicale le niveau de vie de la population ; nous sommes aussi l'un des rares États post-soviétiques à avoir échappé à cette tragédie que sont les conflits ethniques et religieux - alors même que notre pays est constitué de nombreux peuples et abrite les représentants de quantité de confessions différentes. Enfin, en un laps de temps très court au regard de l'Histoire, nous avons bâti notre nouvelle capitale, Astana.

Pour ce qui est de la politique extérieure, le Kazakhstan a établi des relations de bon voisinage empreintes de confiance réciproque avec tous ses principaux partenaires, à savoir la Fédération de Russie, la République populaire de Chine, l'Union européenne et les États-Unis. Et nous sommes fiers d'avoir été les cofondateurs de plusieurs importantes unions supranationales, parmi lesquelles l'Union économique eurasiatique (1) et l'Organisation de coopération de Shanghai (2).

J'ajoute que le Kazakhstan s'est imposé comme un promoteur déterminé de la paix dans le monde et est devenu l'un des leaders du mouvement visant à éradiquer les armes nucléaires. Comme vous le savez, au moment de notre indépendance nous nous sommes débarrassés de l'intégralité de notre arsenal nucléaire, qui était rien de moins que le quatrième au monde, et nous avons fermé le centre d'essais de Semipalatinsk (3). Mieux encore : c'est sur notre proposition qu'a été adoptée en 2015, lors de la soixante-dixième Assemblée générale de l'ONU, la Déclaration universelle sur l'établissement d'un monde exempt d'armes nucléaires.

Aujourd'hui, nous contribuons au règlement des grandes questions internationales du moment en notre qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU pour les années 2017-2018. Nous sommes le premier État d'Asie centrale à siéger au sein de cette prestigieuse instance et nous y portons la voix des peuples de notre région. À l'ONU, nous présidons plusieurs comités : sur l'Afghanistan et les Talibans ; sur l'État islamique ; sur Al-Qaïda ; et sur la Somalie-Érythrée. Nous faisons tout notre possible pour que ces structures fonctionnent de la façon la plus efficace qui soit.

C'est également à notre initiative qu'a été créée la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA). Il s'agit d'un forum de dialogue très important pour toutes les questions relatives à la sécurité et à la coopération sur le continent asiatique.

Ce n'est pas tout ! En 2010, lors de notre présidence de l'OSCE, nous avons organisé le Sommet d'Astana de cette organisation. À ce jour, il s'agit du seul sommet de l'OSCE qui ait eu lieu au XXIe siècle. Nous avons aussi présidé l'Organisation de la coopération islamique (OCI) et avons été à l'origine de la création en son sein de l'Organisation islamique pour la Sécurité alimentaire (OISA). En août 2017, nous avons tenu à Astana le premier Sommet de l'OCI sur la science et la technologie. Comme vous le constatez, nous ne sommes pas restés inactifs !

Permettez-moi, pour conclure, de rappeler que mon pays est très engagé dans le développement international du sport (nous avons accueilli les 7e Jeux asiatiques d'hiver et les 28e Jeux universitaires d'hiver) et dans le progrès scientifique et technique (nous avons été, en 2017, le premier pays ex-soviétique à organiser une Exposition internationale consacrée à l'énergie du futur ; 115 pays et 22 organisations internationales y ont pris part).

Tous ces succès ont été obtenus grâce à la stabilité intérieure et à l'unité de notre société. Le peuple du Kazakhstan soutient totalement les réformes que nous avons conduites.

Globalement, toutes nos décisions reposent sur une analyse profonde et sur le pragmatisme. C'est ce qui nous permet de relever de façon systémique et cohérente les défis auxquels le peuple du Kazakhstan est confronté au XXIe siècle.



P. I. - Votre pays est un grand producteur et exportateur de pétrole, d'uranium et d'autres richesses naturelles. Mais vous ne souhaitez pas vous contenter de cette rente et avez entrepris de diversifier l'économie. Quelles sont les principales mesures que vous avez prises en ce sens ?



N. N. - Vous avez raison de le souligner : l'évolution de la structure mondiale de la consommation et le passage à la quatrième révolution industrielle - c'est-à-dire à un monde où les technologies numériques prennent une place de plus en plus importante - nous ont poussés à apporter des changements structurels à notre économie. Depuis 2010, nous mettons en oeuvre un Programme d'industrialisation et de diversification de l'économie qui met l'accent sur le développement de l'industrie manufacturière. Ce Programme a permis de créer de nombreuses usines manufacturières dans le pays.

Nous nous sommes lancés dans des secteurs industriels tout à fait nouveaux pour nous : la construction ferroviaire, l'automobile, la production d'équipements médicaux, les énergies renouvelables. Au total, nous fabriquons désormais quelque 500 types de produits que le Kazakhstan ne produisait pas auparavant. Nous soutenons les entreprises du tertiaire tournées vers l'exportation, et nous faisons beaucoup d'efforts pour inciter les grands groupes internationaux à s'impliquer chez nous et pour attirer les investissements étrangers.

Nous avons créé des centres d'innovation dans les industries de transformation et les services. De nombreuses mesures ont été adoptées pour aider les petites et moyennes entreprises ; et des programmes spécifiques ont été lancés pour aider des secteurs comme l'agriculture, l'industrie pharmaceutique, la santé, le tourisme... En outre, nous mettons en oeuvre un Programme de développement des infrastructures destiné à créer une infrastructure de transport moderne qui sera intégrée dans le système international des transports.



P. I. - Et pour ce qui concerne le business stricto sensu ?



N. N. - Bien entendu, nous travaillons à l'amélioration du climat des affaires. Nous procédons à une véritable dérégulation du business en incorporant à notre économie les meilleurs standards et pratiques des pays développés. Pour accompagner cette démarche, nous avons ouvert dans le monde entier de nombreuses représentations commerciales qui ont pour mission de stimuler l'afflux dans notre pays des investissements étrangers.

Mais nous ne voulons pas nous reposer sur nos lauriers. Il nous faut encore accélérer la modernisation technologique de l'économie et lancer un processus tous azimuts de numérisation. Ces mesures seront prises parallèlement à de nouvelles réformes visant à améliorer l'environnement des affaires, à renforcer la stabilité macro-économique et à poursuivre les transformations institutionnelles.



P. I. - À quelle place espérez-vous situer votre pays une fois tous ces efforts accomplis ?



N. N. - Tous nos efforts ont un but global : assurer la compétitivité internationale du Kazakhstan et lui permettre de devenir l'un des trente États les plus développés de la planète.



P. I. - Pouvez-vous revenir sur les considérations qui vous ont incité à transférer la capitale du pays d'Almaty à Astana ?



N. N. - Ce transfert s'est imposé à nous immédiatement après l'obtention de l'indépendance. Il faut savoir qu'à la fin du XXe siècle Almaty a été confrontée à tout un ensemble de problèmes qui bloquaient le développement de cette mégapole, au premier rang desquels sa situation éloignée des principales régions économiques du pays et l'impossibilité de repousser les limites de la ville du fait de son emplacement dans une zone montagneuse où les risques sismiques sont élevés.

En installant la nouvelle capitale à Astana, plus au Nord, nous avons dirigé les flux migratoires en provenance des régions du Sud, très peuplées, vers le centre et le nord du pays, des zones très prometteuses. Il s'agissait d'un choix stratégique qui, par la suite, s'est révélé tout à fait justifié. Désormais, grâce à l'ambitieux programme de construction de logements qui y a été réalisé, Astana n'est plus une cité de province mais une mégapole moderne de plus d'un million d'habitants. Sa position au coeur du continent eurasiatique en fait un centre très pratique pour les transports, les communications et la logistique. C'est un véritable pont de transit entre l'Asie et l'Europe.

Ce projet fondamental nous a permis d'entériner notre cap stratégique, celui de la transformation du pays et de l'accélération des réformes. Nos institutions étatiques en ont été renforcées, la coopération internationale a connu une nouvelle dynamique. En fait, le transfert de la capitale a été extraordinairement bénéfique non seulement pour le développement d'Astana mais aussi pour celui du pays entier. Astana, je veux insister sur ce point, est devenue un centre d'attraction pour tout l'espace eurasiatique. Elle accueille régulièrement divers forums, congrès et autres événements internationaux.

Surtout, ce changement de capitale nous a conféré une immense confiance dans nos forces et nos capacités. Il a démontré que le peuple du Kazakhstan était capable d'accomplir les tâches les plus ambitieuses et les plus complexes.



P. I. - Parlons, justement, du peuple du Kazakhstan. La structure ethnique de votre pays - les Kazakhs sont majoritaires (près des deux tiers de la population) mais les Russes représentent une minorité importante (près d'un cinquième) (4) - ne nuit-elle pas à la mise en oeuvre de l'un de vos objectifs majeurs, à savoir assurer l'« unité de la nation kazakhstanaise » ?



N. N. - Tout d'abord, permettez-moi de dire que la diversité ethnique du Kazakhstan est un grand avantage pour le pays. Dès le départ, nous avons toujours suivi une ligne très claire : l'égalité de tous les citoyens, indépendamment de leur origine, de leur langue maternelle, de leur confession. Ce principe fondamental est inscrit dans notre Constitution. Et je me réjouis de constater que nous avons réussi à créer un modèle efficace d'unité et de concorde interethnique. Ce modèle repose sur la longue tradition d'amitié qui lie les représentants des plus de cent ethnies qui vivent dans notre pays. Notre État a instauré toutes les conditions nécessaires pour le développement de leurs langues et de leurs coutumes, et pour la satisfaction de leurs demandes culturelles et spirituelles. Voilà plus de vingt ans que l'Assemblée du peuple du Kazakhstan (APK) travaille avec une grande efficacité sur tous ces sujets. Il s'agit d'une institution unique qui contribue à la mise en oeuvre de la politique de l'État sur les questions ethniques et qui coordonne l'interaction entre l'État et la société civile dans ce domaine. Son rôle est fixé par la Constitution et par un ensemble de lois ad hoc. L'APK représente les intérêts de tous les groupes ethniques du Kazakhstan. Elle dispose de bureaux dans toutes les régions du pays ; et auprès de chacun de ces bureaux, il y a un centre de culture populaire.

Dans notre pays, il n'y a aucune défiance entre les divers peuples. Personne n'est discriminé du fait de son appartenance ethnique ou religieuse. La base de notre vivre-ensemble, c'est l'égalité en droit de tous les citoyens et le patriotisme kazakhstanais. Dès lors, je ne vous étonnerai pas en révélant que j'apprécie beaucoup cette formule de Charles de Gaulle : « On ne doit pas être nationaliste, mais on doit être patriote ! » Car le nationaliste est hostile aux autres nations alors que le patriote, lui, aime sa patrie sans hostilité envers les tiers.

La politique équilibrée que nous conduisons, le rôle stabilisateur de l'Assemblée et la bonne volonté du peuple kazakhstanais nous ont permis d'obtenir de nombreux succès. Notre détermination à agir en faveur de la concorde ethnique et de l'unité du Kazakhstan reste inébranlable.



P. I. - Avec le recul, quel bilan tirez-vous de l'Exposition internationale organisée en 2017 à Astana sur le thème de l'énergie du futur ?



N. N. - Un bilan très positif ! En organisant « Expo-2017 », nous avons confirmé notre détermination à développer les technologies « vertes » et à utiliser les ressources naturelles de la façon la plus rationnelle qui soit. Cette exposition nous a permis de mieux comprendre les principales tendances à l'oeuvre dans le domaine énergétique et de déterminer les perspectives du Kazakhstan en matière d'innovation. Elle nous a ouvert de nouvelles possibilités en termes de recours aux technologies de pointe, de diversification économique et de protection de l'environnement. Très concrètement, elle a donné lieu à des dizaines d'accords passés entre les pays participants et les milieux économiques et scientifiques du Kazakhstan dans de multiples domaines, au premier rang desquels l'énergie, la construction, ou encore les investissements... Nous avons sélectionné les meilleures technologies mondiales pour les implanter à Astana et partout ailleurs dans le pays. Ce fut un échange très fructueux de connaissances et d'expériences qui a donné un coup de fouet au développement de notre potentiel de production et de ressources humaines.

Par ailleurs, cet événement a renforcé l'image du Kazakhstan en tant qu'État responsable et ouvert à la coopération internationale.

Il ne faut pas oublier, non plus, que la tenue de l'Expo a été, en soi, très bénéfique pour notre économie. Elle a contribué au développement des infrastructures, elle a dynamisé les secteurs du tourisme et des services. Au total, quatre millions de personnes l'ont visitée, dont un demi-million de touristes étrangers. Pour résumer, Expo-2017 a été une véritable locomotive pour la modernisation de notre économie et l'afflux des investissements étrangers dans notre pays. Afin de mettre en oeuvre tous ces projets, nous avons créé, sur la base des infrastructures de cette « Expo », un Centre international de développement des énergies vertes et des projets d'investissement, qui est placé sous l'égide de l'ONU. Nous sommes également en train d'élaborer un Parc technologique international des start-up de l'innovation, qui devra générer des idées créatives et diffuser les technologies de l'information les plus modernes. Et pour la première fois en Asie centrale, nous lançons un centre financier de droit anglo-saxon, avec un régime fiscal spécial et un tribunal financier indépendant.

Les équipements uniques édifiés à l'occasion de l'Expo sont déjà devenus l'une des principales attractions touristiques d'Astana et de notre pays. Une partie de ces équipements continueront d'être utilisés à des fins de recherche. Le précieux héritage intellectuel et technologique laissé par l'Expo servira encore longtemps les intérêts du Kazakhstan.



P. I. - Votre capitale abrite les pourparlers d'Astana qui réunissent les représentants du régime de Bachar el-Assad et ceux des rebelles. Pourquoi le Kazakhstan s'implique-t-il dans ce conflit ?



N. N.  - Je ne vous apprendrai rien en disant que le monde d'aujourd'hui est étroitement interconnecté. La situation en Syrie ne concerne pas seulement le Moyen-Orient : elle pèse sur la sécurité de l'espace eurasiatique dans son ensemble. Cette guerre a, notamment, provoqué l'expansion de ce fléau mortel qu'est le terrorisme international. C'est pourquoi nous avons souhaité contribuer au règlement de la tragédie syrienne en acceptant de tenir à Astana des négociations qui permettent aux représentants de l'opposition armée et du gouvernement syrien de se retrouver autour de la même table. À ce jour, il y a eu huit rounds de négociations inter-syriennes à Astana. Ces discussions ont abouti à la signature par les participants d'un mémorandum sur les zones de désescalade en Syrie qui vise à mettre fin aux violences, à garantir l'unité et l'intégrité territoriale de l'État et à progresser vers une solution politique du conflit. Le Kazakhstan souhaite que ce pays qui a tellement souffert connaisse la paix au plus vite. Le processus d'Astana crée les conditions nécessaires pour un règlement global du conflit syrien. Je précise que nous ne considérons pas du tout ces négociations comme une alternative au processus de Genève, mais comme un élément qui en est complémentaire.



P. I. - Autre dossier brûlant qui vous tient à coeur : l'Ukraine. Dans quelle mesure jouez-vous les médiateurs entre les parties au conflit ?



N. N. - Le Kazakhstan est très touché par les événements tragiques survenus dans le sud-ouest de l'Ukraine. Nous avons des liens d'amitié très étroits avec le peuple ukrainien. C'est pourquoi, dès le début du conflit, nous avons cherché à faire tout notre possible pour contribuer à une solution pacifique. C'est déjà en bonne partie grâce à nous qu'avait été organisée à Minsk, le 26 août 2014, une réunion entre les présidents du Kazakhstan, du Bélarus, de la Russie, de l'Ukraine et plusieurs représentants de l'Union européenne. Cette réunion avait constitué le premier pas vers un règlement de la crise ukrainienne : elle a permis de lancer un dialogue direct entre les parties concernées et la signature des accords de Minsk (Minsk-1). Malheureusement, ceux-ci n'ont pas été pleinement appliqués. Mais grâce à des efforts diplomatiques constants, notamment mes négociations avec le président français d'alors François Hollande en décembre 2014, nous avons réussi à ranimer le « format Normandie », qui avait été créé en juin 2014 par les dirigeants de l'Ukraine, de la Russie, de la France et de l'Allemagne. Et le 12 février 2015, ces dirigeants ont pu signer dans la capitale biélorusse les accords dits Minsk-2 (5).

Le Kazakhstan continue de coopérer activement avec toutes les parties désireuses de mettre fin à la crise. Notre certitude, c'est qu'il n'y a pas d'option alternative à un règlement pacifique. C'est le seul moyen de mettre fin aux effusions de sang et de lancer un processus politique susceptible d'aboutir, d'abord, à la stabilisation de la situation et, dans un second temps, à un arrangement satisfaisant dans le sud-ouest de l'Ukraine.



P. I. - Quels sont les États avec lesquels le Kazakhstan entretient les relations les plus étroites ?



N. N. - Aujourd'hui, quand le monde est confronté à de nouveaux défis globaux, quand les tensions géopolitiques vont croissant, il est particulièrement important d'améliorer la confiance et la transparence dans les relations internationales. Dès l'indépendance, notre pays a toujours cherché à établir avec l'ensemble de la communauté internationale des relations de coopération et de respect. Aujourd'hui, les acteurs avec lesquels nos liens sont le plus fructueux sont la Russie, la Chine, les États-Unis, l'UE et le monde musulman.

Nous siégeons aux côtés de la Russie au sein de l'Union économique eurasiatique, et nous collaborons étroitement avec elle dans le cadre de nombreuses autres organisations mondiales et régionales. Ce pays est notre partenaire clé, nous le connaissons depuis longtemps et nos interactions, déjà extrêmement variées, sont très prometteuses.

Nos rapports avec la Chine sont eux aussi tournés vers l'avenir. La RPC est déjà notre premier partenaire commercial. Le volume des investissements directs chinois au cours des années d'indépendance du Kazakhstan s'élève à 15,6 milliards de dollars. Nos deux pays mettent en oeuvre un grand programme de coopération en matière d'investissements et d'industrialisation. Et nous articulons notre Programme national de développement des infrastructures, dit « Nourly Jol », avec le projet chinois « La Ceinture économique de la Route de la soie » qui relie l'Orient et l'Occident. Nos corridors de transport relient déjà, à travers les territoires de la Chine et du Kazakhstan, les rivages de l'océan Pacifique à l'Europe.

Le développement des relations américano-kazakhstanaises a joué un rôle non négligeable dans la consolidation de notre souveraineté. Le premier domaine dans lequel nous avons collaboré, c'est la démilitarisation et la non-prolifération nucléaire. Cette collaboration s'est poursuivie dans le secteur de l'énergie. Depuis 2005, les États-Unis ont investi environ 50 milliards de dollars dans l'économie du Kazakhstan. Aujourd'hui, nous avons avec Washington un partenariat stratégique qui se manifeste tout particulièrement en matière de lutte contre le terrorisme mais aussi dans les domaines de la prévention de la prolifération nucléaire et dans le secteur de l'énergie.

Quant à l'UE, il s'agit de l'un des principaux partenaires économiques et commerciaux du Kazakhstan, et de notre premier investisseur étranger. La signature d'un nouvel Accord de partenariat et de coopération en 2015 a permis à notre collaboration de passer un cap qualitatif. Grâce à cette base politique et juridique, nous conduisons un dialogue fructueux sur de nombreuses questions.

Enfin, nous avons traditionnellement des relations fournies avec les pays musulmans, dans les domaines les plus variés - de l'économie à la culture en passant bien sûr, là encore, par la lutte contre le radicalisme et l'extrémisme religieux.

Bref, je constate avec satisfaction que notre politique étrangère, pacifique et multivectorielle, fondée sur les principes de l'égalité, du pragmatisme et de l'équilibre, a apporté la preuve de son efficacité et de sa justesse.



P. I. - Votre relation avec la France a-t-elle une tonalité particulière ou s'inscrit-elle entièrement dans votre relation avec l'UE ?



N. N. - Aujourd'hui, les relations entre nos deux pays sont un modèle de coopération efficace et mutuellement profitable. La France est pour nous à la fois un ami fiable et un partenaire stratégique. Nous n'avons pas oublié que Paris a été l'une des premières capitales à reconnaître notre indépendance. Et nous éprouvons un grand respect à l'égard de Charles de Gaulle, ce fils exceptionnel de la France : sa façon de servir son peuple et son pays inspire notre action.

En 25 ans, nos rapports n'ont cessé de se densifier. Les bases de l'amitié franco-kazakhstanaise ont été posées lors de mes premières rencontres avec le président François Mitterrand et notre coopération, spécialement dans les domaines politique et économique, s'est encore approfondie sous ses successeurs.

Cette proximité s'est matérialisée en 2008 par la signature d'un Accord de partenariat stratégique. En outre, la coopération entre nos villes est très active : Almaty entretient, notamment, des rapports très étroits avec Rennes et Cannes, Astana avec Nice. Nos liens culturels ont encore été consolidés en 2014 quand la Sorbonne a ouvert une filiale à Almaty. Et depuis mars 2015, des vols directs relient nos deux capitales.

Cette relation se manifeste aussi en matière économique, bien entendu. La France a déjà investi 13 milliards de dollars dans notre économie. Parmi de nombreux exemples, je citerai la construction d'une usine de lingots de titane (6) ainsi que celle d'une usine de construction de locomotives (7), sans oublier notre coopération dans l'extraction de l'uranium.

La partie française a présenté l'un des pavillons les plus intéressants lors de l'Exposition internationale d'Astana en 2017. Elle y a, en particulier, exposé les dernières trouvailles françaises en matière d'énergies alternatives. Tous ces succès me renforcent dans ma conviction que nos relations vont continuer à se renforcer pour le plus grand bien de nos deux États et de nos deux peuples.

 


Notes :




(1) Union fondée par la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie en 2014. L'Arménie et le Kirghizistan en sont depuis également devenus membres.

(2) Cette union supranationale créée en 2001 regroupe la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Elle vise en premier lieu à approfondir la coopération militaire et économique entre ses membres.

(3) Le polygone de Semipalatinsk (dans le nord-est du Kazakhstan), créé en 1949, fut le principal centre d'essais nucléaires de l'Union soviétique. Il a été fermé sur décision de Noursoultan Nazarbaïev en 1991.

(4) Selon les estimations officielles rendues publiques début 2016, les Kazakhs constituent 66,48 % de la population et les Russes 20,61 %. Le reste des habitants se répartit entre de nombreux peuples comme les Ouzbeks (3,11 %), les Ukrainiens (1,64 %), les Ouighours (1,45 %), les Tatars (1,15 %), etc.

(5) Le Protocole de Minsk (ou « Minsk-1 ») a été signé le 5 septembre 2014, sous les auspices de l'OSCE, par les représentants de l'Ukraine, de la Russie, de la République populaire de Donetsk (DNR) et de la République populaire de Lougansk (LNR) pour mettre fin à la guerre en Ukraine orientale. Ce protocole n'ayant pas suffi à mettre fin aux combats, un nouvel accord (« Minsk-2 ») a été signé le 12 février 2015 par les participants du « format Normandie » (François Hollande, Angela Merkel, Petro Porochenko et Vladimir Poutine) et des représentants de la DNR et de la LNR, mettant en place un nouveau cessez-le-feu.

(6) Voir le site http://www.ukadforge.com/

(7) Voir Benjamin Quenelle, « Alstom ouvre une nouvelle usine au Kazakhstan avec son partenaire russe », Les Échos, 3 décembre 2012.