Politique Internationale - La Revue n°160 - ÉTÉ - 2018

sommaire du n° 160
Israël : la paix malgré tout
Entretien avec Yuli-Yoel Edelstein
Président de la Knesset depuis 2013.
conduit par
Isabelle Lasserre
Chef adjointe du service Étranger du Figaro
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Isabelle Lasserre - Soixante-dix ans après la naissance d'Israël, quelles sont les principales forces et les principales faiblesses du pays ?



 



Yuli-Yoel Edelstein - Commençons par les succès ! Nous avons réussi à bâtir un pays fort - et cela, pas seulement au niveau militaire mais, aussi, au niveau économique. Nous avons créé une société d'une grande stabilité, si bien que, aujourd'hui, personne ne qualifie plus Israël de « pays qui n'existe pas » ! Ce n'était pas forcément le cas au moment de la naissance de l'État... Nous sommes connus dans le monde entier pour nos performances économiques, je vous l'ai dit, et aussi pour nos réussites en matière d'innovation. Mais, surtout, Israël est une démocratie. La seule de la région. Malgré les guerres, nombreuses, que nous avons traversées, malgré les menaces qui pèsent sur notre pays depuis sa création, nous n'avons pas dévié de notre route, nous n'avons jamais abandonné notre but principal : le développement démocratique.



L'envers du décor, car il y en a toujours un, notre principal échec, c'est de ne pas avoir su faire la paix avec tous nos voisins. Il existe cependant une lueur d'espoir. Nos relations avec l'Égypte et avec la Jordanie sont stables. Et nous nous sommes rapprochés de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis depuis que ces pays ont compris qu'Israël fait partie de la solution et non pas du problème. Cela dit, la route est encore longue avant que l'on puisse envisager une normalisation de nos relations. L'autre déception concerne les relations israélo-palestiniennes. Les négociations sont à ce point bloquées qu'il n'est pas réaliste d'envisager qu'un accord de paix soit conclu prochainement ni même que le processus politique puisse reprendre. En attendant, nous devons apprendre à coopérer, en particulier pour améliorer le niveau de vie des Palestiniens. Il nous faut pousser cette coopération le plus loin possible.



 



I. L. - Quel est le principal péril qui pèse aujourd'hui sur Israël, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ?



 



Y.-Y. E. - Israël fait face à une seule menace existentielle : l'Iran. Ni le Hamas ni le Hezbollah - le bras armé de l'Iran dans la région - ne mettent notre existence même en danger. Bien sûr, nous sommes contraints d'utiliser la force en permanence contre ces organisations et d'investir sans cesse dans des innovations technologiques afin de les combattre, qu'il s'agisse de développer des armes nouvelles pour détruire leurs tunnels ou de renforcer notre système de défense anti-aérienne mobile, le Dôme de fer. Mais ces groupes ne sont pas assez puissants pour anéantir notre pays. En revanche, si l'Iran devait un jour acquérir la bombe nucléaire, ce serait un désastre absolu pour Israël. Même s'il ne s'en servait pas, le seul fait qu'il posséderait l'arme atomique lui permettrait de fournir un parapluie sécuritaire à toutes les organisations terroristes et malfaisantes de la région. La menace iranienne n'est pas le fruit de notre imagination ! Il est indispensable que chacun en prenne pleinement conscience. Un Iran disposant de l'arme nucléaire ne déstabiliserait pas seulement Israël mais toute la région. Et le monde.



 



I. L. - À cet égard, Israël a applaudi des deux mains le retrait américain de l'accord nucléaire avec l'Iran conclu en juillet 2015. Mais si les dirigeants de Téhéran décidaient de réagir en relançant leur programme nucléaire, le remède ne serait-il pas pire que le mal ?



 



Y.-Y. E. - Non. Pour une raison simple : nous ne souhaitons pas seulement la fin de cet accord mais son remplacement par un nouveau texte qui prenne en compte, outre le nucléaire, la menace conventionnelle et la question du terrorisme. La levée des sanctions consécutive à la signature de l'accord de 2015 a permis au régime iranien de renforcer sa présence en Syrie et d'accroître son soutien aux groupes terroristes actifs dans la région : il leur fournit des moyens financiers et des armes ! Contrairement à ce qu'espéraient les Occidentaux, l'accord n'a pas conduit à la normalisation du régime. Peut-on le renégocier ? Il serait naïf de le croire. L'Iran n'a aucun intérêt à le faire car le texte actuel lui profite. Ses dirigeants ont menti au monde entier pendant des années en affirmant qu'ils n'avaient pas de programme nucléaire. Pourquoi accepteraient-ils de renégocier un compromis qui les sert aussi bien ? Le retrait américain, combiné à l'imposition de sanctions supplémentaires contre l'Iran, fournit au contraire l'occasion d'abandonner cet accord de 2015 et d'en élaborer un nouveau, beaucoup plus solide et complet. Cet accord, je le répète, devra bien sûr intégrer la question du nucléaire - il devra permettre des inspections renforcées des installations iraniennes - mais il est également indispensable qu'il aborde la question des armes conventionnelles et du programme balistique. La question balistique ayant été laissée de côté en 2015, le régime iranien a concentré ses investissements sur ce programme jusqu'à se doter, dans ce domaine, d'un réel potentiel. Enfin, il est urgent de traiter la question du soutien au terrorisme. Il faut regarder les choses en face. De nombreux attentats commis dans le monde mènent à l'Iran, qui est le principal soutien du terrorisme international !



 



I. L. - Selon vous, quelles sont les intentions cachées de l'Iran envers Israël ?



 



Y.-Y. E. - Ces intentions ne sont pas cachées puisque le régime l'a affirmé publiquement à plusieurs reprises : l'Iran veut la destruction d'Israël, c'est clair et net.



 



I. L. - Que pensez-vous de Donald Trump en général ? Et de sa politique moyen-orientale en particulier ?



 



Y.-Y. E. - Quand Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche, on annonçait qu'il allait conduire une politique isolationniste. On voit bien, au contraire, qu'il est très engagé sur la scène internationale, particulièrement au Moyen-Orient. Sa politique nous convient. Je considère qu'il a eu raison de transférer l'ambassade américaine à Jérusalem. L'équipe de Trump, avec Jared Kushner (1), est par ailleurs très motivée par la relance du processus de paix avec les Palestiniens. Ils essaient vraiment ! Malheureusement, les responsables palestiniens sont incapables de répondre à ces initiatives. Même si l'équipe de Trump leur proposait un nouvel accord, ils ne le signeraient pas. Mais ce n'est pas une raison, bien sûr, pour repartir en guerre et se tirer les uns sur les autres. Même en l'absence de processus de paix, nous devrions créer les conditions d'une coopération économique entre Israël et les Palestiniens. Les deux parties ont à y gagner, c'est l'évidence !



 



I. L. - Les événements de Gaza en mai dernier, qui ont fait plus de soixante morts palestiniens tués par l'armée israélienne, donnent à réfléchir sur les méthodes de Tsahal. Celle-ci ne devrait-elle pas revoir ses règles d'engagement ?



 



Y.-Y. E. - C'est un sujet dont nous avons débattu pendant des heures. Ce qui s'est passé à Gaza est terrible. Je ne suis évidemment pas heureux de voir l'armée israélienne tirer sur des Palestiniens. Mais le problème c'est que, dans ce type de situation, il n'y a pas de bonne solution. Que faire, en effet, quand le Hamas, dont l'un des buts était de tuer et de kidnapper des soldats israéliens, utilise les citoyens palestiniens, y compris des femmes et des enfants, comme bouclier humain pour protéger ses activités terroristes ? Israël a été critiqué. Je considère que les deux parties doivent apprendre à se restreindre. Mais je pense aussi qu'il faut rappeler une chose que beaucoup ont oubliée : l'affrontement met aux prises d'un côté une démocratie, de l'autre un gang terroriste qui s'est emparé de Gaza par un coup d'État après le retrait israélien et qui, depuis, opprime sa population. Il faut se poser la question : à qui profite le crime ? Pas à Israël. Le Hamas, en revanche, avait tout intérêt à provoquer cette situation. Économiquement, ses leaders ont échoué et leur population vit dans la misère. Les militants du Hamas veulent détourner l'attention, faire oublier leur incapacité à gouverner.



 



I. L. - Avec le recul, le retrait de la bande de Gaza vous apparaît-il comme une bonne décision ?



 



Y.-Y. E. - Vous parlez à l'un des rares opposants à cette décision. Et pour l'avoir critiquée, ma carrière politique en a pâti. Je continue de penser que le retrait fut une terrible erreur. La vie des habitants de Gaza ne s'est pas améliorée et Israël est tout autant critiqué qu'auparavant... La plupart des gens n'ont tout autant pas intégré le fait que nous nous sommes retirés. J'espère que, cette fois, la leçon sera apprise. On ne peut pas participer à une compétition sportive s'il n'y a pas d'équipe adverse. Il en va de même quand il s'agit de faire la paix.



 



I. L. - Que pensez-vous de la solution dite « des deux États » ?



 



Y.-Y. E. - Un État, deux États, trois États : ce ne sont que des slogans. Pourquoi deux États et pas trois ? Un pour Israël, un pour Gaza, un pour la Cisjordanie ? Et si quelqu'un avait un jour une autre solution ? Mon but, c'est la paix et la coexistence pacifique. Ni Israël ni les pays arabes ne vont disparaître. Il nous faut donc réapprendre à vivre ensemble. Mais, je le répète, à mes yeux la solution des deux États ne constitue pas un but en soi. Mon vrai but, encore une fois, c'est la paix. Peu importe la forme qu'elle prendra.



 



I. L. - Une réunification de la famille palestinienne (Fatah + Hamas) donnerait-elle de meilleures chances à la paix ?



 



Y.-Y. E. - D'abord, cette réunification n'est pas d'actualité. Ensuite, elle ne signifierait pas, si elle avait lieu, que la paix serait plus facile à trouver. Si, sans le Hamas, les progrès n'ont pas lieu - ce qu'on constate aujourd'hui -, comment seraient-ils possibles avec le Hamas ?



 



I. L. - Si vous pouviez refaire l'Histoire, lesquelles des décisions prises par des dirigeants israéliens depuis soixante-dix ans modifieriez-vous ?



 



Y.-Y. E. - Je pense que nous avons manqué une occasion pendant le processus de paix d'Oslo. Les négociations concernaient Gaza et Jericho. Mais qu'est-ce qui était prévu pour Jérusalem ? Pour les frontières permanentes ? Pour les réfugiés ? Je pense qu'il aurait fallu mettre tous les sujets sur la table. Nous avons commis des erreurs. Une autre erreur fut de ramener Arafat de Tunisie pour en faire le représentant légitime des Palestiniens. Cette décision précipitée s'est soldée par un échec. Je suis opposé aux raccourcis. Nous aurions dû passer plus de temps à trouver un interlocuteur prêt à davantage de coopération.



 



I. L. - Quel est le leader palestinien avec lequel la paix peut, selon vous, faire le plus de progrès ?



 



Y.-Y. E. - Le processus de paix pourrait avancer très vite avec n'importe quel leader palestinien prêt à accepter que les Juifs sont un peuple indigène lié à cette terre, qu'ils sont une part biologique de cette région et non un pouvoir étranger comme les Croisés des empires coloniaux. Hélas, il n'existe pas de tel leader aujourd'hui. J'espère que la prochaine génération sera différente.



 



I. L. - Comment expliquez-vous que, soixante-dix ans après la création d'Israël, les États arabes, qui ont reçu des milliards de dollars de la part de la communauté internationale, n'aient pas réussi à intégrer les réfugiés palestiniens et les maintiennent toujours dans des camps de fortune ?



 



Y.-Y. E. - C'est parce qu'ils n'ont jamais voulu les intégrer ! Ils ont pensé pouvoir les utiliser comme une arme contre Israël. Aujourd'hui, cette arme se retourne contre eux. En effet, le nombre de ces réfugiés ne cesse de grossir. Ils vivent dans des conditions terribles depuis des décennies. Au Liban, les Palestiniens ne peuvent même pas voter. Mais les dirigeants des États concernés ne peuvent pas faire disparaître le problème d'un coup de baguette magique...



 



I. L. - La présence du Hezbollah en Syrie est-elle un danger tolérable pour Israël ? Et sa présence au Liban ?



 



Y.-Y. E. - Israël ne peut pas laisser le Hezbollah créer de véritables bases en Syrie. C'est une chose d'envoyer des groupes terroristes profiter de telle ou telle circonstance pour nous attaquer ; c'en est une autre d'installer des bases à nos frontières. Ce n'est pas tolérable. Nous l'avons dit clairement aux Russes. Il s'agit à nos yeux de lignes rouges qui ne doivent pas être franchies. Nous ne pouvons accepter une présence militaire à long terme, sur le territoire syrien, de groupes militaires affilés à l'Iran. Par ailleurs, l'organisation terroriste Hezbollah, qui est une marionnette de l'Iran, contrôle une grande partie du territoire libanais depuis de nombreuses années, en violation du droit international. Cette implantation terroriste étrangère a conduit le pays dans des guerres dévastatrices avec Israël, qui ont coûté très cher au Liban. C'est la raison pour laquelle nous sommes déterminés à ne pas laisser la Syrie se transformer en un nouveau Liban.



 



I. L. - Dans le conflit syrien, quel scénario de sortie de crise serait le moins défavorable à Israël ?



 



Y.-Y. E. - C'est une question à laquelle il est difficile de répondre car on est encore loin de la fin de la crise. Ce qui me paraît clair, c'est qu'il ne sera pas possible de conserver la Syrie comme un territoire entier et uni. Et cela, en dépit des efforts de Moscou en ce sens. Les Russes veulent maintenir Bachar el-Assad au pouvoir. Mais il est probable qu'il ne pourra pas régner sur l'intégralité de la Syrie. Tant de puissances et d'intérêts contradictoires sont à l'oeuvre dans ce pays ! Certains, comme la Turquie d'Erdogan, y commettent même des massacres contre les Kurdes dans l'indifférence générale. Quel rôle Israël peut-il jouer dans cette crise ? Nous pouvons fournir une aide humanitaire et protéger nos frontières. Mais il nous faut être honnêtes : nous ne pouvons pas influencer la situation. Personnellement, je n'imagine pas un retour à la normale dans ce pays dans les dix ans qui viennent...



 



I. L. - Quelle est la nature de votre relation avec la Russie ?



 



Y.-Y. E. - Que nous le voulions ou non, les Russes sont désormais nos voisins puisqu'ils sont présents en Syrie. Dans la région, nous n'avons pas que des intérêts communs. Mais nous pouvons coopérer en bonne intelligence. 



 



I. L. - Est-il encore possible d'éviter une guerre entre Israël et l'Iran ? Si elle devait avoir lieu, quelle forme prendrait-elle ?



 



Y.-Y. E. - Je pense que la guerre est évitable. Mais pour éviter la guerre, il n'y a pas d'autre solution que d'imposer de nouvelles sanctions à ce régime. L'Iran ne peut pas avoir en même temps l'ouverture économique et la bombe nucléaire tout en trompant la communauté internationale ! J'espère de tout coeur que le conflit qui nous oppose à l'Iran ne dégénérera pas en une véritable guerre. Si toutefois la situation devait dégénérer, la communauté internationale prendrait parti pour la seule démocratie de la région. Les Occidentaux seraient nos alliés. Du moins, je l'espère et je trouverais cela logique - même si je sais que, parfois, les intérêts économiques prennent le pas sur les principes et les valeurs. 



 



I. L. - On a beaucoup parlé, dernièrement, du rapprochement d'Israël avec l'Arabie saoudite. Qu'en est-il aujourd'hui ?



 



Y.-Y. E. - Nous vivons en bonne intelligence, nous coopérons dans les domaines de l'économie et de la sécurité. Je souhaite que, avec le temps, notre relation devienne encore plus ouverte. Mais les opinions publiques ne seront pas faciles à convaincre. Israël a toujours été présenté comme le diable en Arabie saoudite. Pour que les choses changent, il faut que le discours interne change, ce qui prendra du temps.



 



I. L. - Une question pour le président de la Knesset que vous êtes : le système électoral israélien à la proportionnelle n'est-il pas, à cause des coalitions qu'il engendre, un frein à une politique audacieuse ?



 



Y.-Y. E. - La société israélienne est très diverse en termes de culture, de religion, d'idéologie et d'ethnicité. Il est essentiel que la voix de chacun de ces groupes soit entendue au Parlement. Il est vrai que, avec un système bipartisan, mon travail, en tant que président de la Knesset, serait beaucoup plus facile et le processus de décision du gouvernement plus fluide ; mais je pense que notre système est le prix à payer pour que toute la société s'y retrouve.



 



I. L. - L'un des groupes constitutifs de cette mosaïque israélienne est celui des ultra-orthodoxes, qui ne participent pas à la défense du pays. N'est-ce pas anormal ?



 



Y.-Y. E. - Je suis convaincu que les Juifs ultra-orthodoxes, un jour, voudront faire partie de la majorité de la société israélienne. L'État d'Israël devrait consentir des efforts pour faciliter cette intégration dans le domaine économique, dans celui de l'éducation et, aussi, dans le domaine militaire. Mais cela doit être fait par le dialogue et la coopération, et non par la coercition.



 



I. L. - J'aimerais terminer par quelques questions d'ordre plus général. Tout d'abord, celle-ci : quel fut le dirigeant israélien qui, selon vous, a le plus oeuvré pour la paix ?



 



Y.-Y. E. - David Ben Gourion, il y a soixante-dix ans. Ben Gourion était un vrai leader. Il avait une grande vision pour le pays, mais il savait aussi prendre en compte la réalité. Malgré la difficulté de la décision, il a décidé d'accepter le plan de partition adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, qui accordait au nouvel État juif une petite partie seulement des terres historiques d'Israël. Après 2 000 ans d'exil, il a préféré accepter ce petit État plutôt que de lâcher la proie pour l'ombre. À l'époque de la création d'Israël, sa décision fut controversée. Mais il a jeté les fondations d'un État fort et créé des liens étroits avec les voisins d'Israël. Son héritage est immense. En soixante-dix ans, et grâce aux autres grands leaders qui lui ont succédé, ce petit pays a grandi et s'est développé.



 



I. L. - À qui donneriez-vous le « prix du courage politique » ?



 



Y.-Y. E. - Il y a dans notre région plusieurs leaders arabes importants avec lesquels nous entretenons un dialogue sur nos intérêts communs, nos menaces communes et nos espoirs partagés pour le futur. Je réserverais ce prix au premier d'entre eux qui serait prêt à mener ce même dialogue constructif au grand jour et non plus dans l'ombre.



 



I. L. - Depuis la création d'Israël, quels leaders mondiaux ont le mieux compris la nature du conflit israélo-arabe et celle du conflit israélo-palestinien ? Et quels sont ceux qui ont le plus fait pour la sécurité d'Israël ?



 



Y.-Y. E. - Parmi les Européens, la France a joué un rôle majeur pendant les premières décennies de l'existence d'Israël. Je ne suis pas sûr que notre pays aurait survécu sans le soutien de Paris. Par ailleurs, comment ne pas citer Harry Truman qui a reconnu Israël quelques minutes après sa création... tout en s'excusant parce qu'il pensait avoir trop tardé à le faire ? Ronald Reagan, Bill Clinton, George W. Bush ont tous fait preuve d'une amitié indéfectible à notre égard - quand bien même, dans le cas de George W. Bush, les immenses efforts qu'il a consentis pour relancer le processus de paix ont échoué. Aujourd'hui, nos relations avec la France d'Emmanuel Macron sont excellentes même si, après avoir eu de longues discussions avec les membres de votre Assemblée nationale, j'ai bien vu qu'il y existait différentes sensibilités et différentes opinions. Je n'ai pas été dépaysé : il en va de même à la Knesset ! Ce que je n'aime pas, c'est quand certains me disent : « Nous soutenons Israël, que le pays ait raison ou tort. » Moi, je ne veux pas qu'on nous soutienne quand nous avons tort ! Je pense, au contraire, que la critique nous permet d'avancer.

Notes :


(1) Jared Kushner est le gendre de Donald Trump, le mari de sa fille Ivanka. Homme d'affaires né en 1981, il a été nommé haut conseiller du président américain. Il est notamment en charge de la gestion du conflit israélo-palestinien.