Politique Internationale - La Revue n°160 - ÉTÉ - 2018

sommaire du n° 160
Brexit pour un nouveau référendum
Entretien avec Andrew ADONIS
Ancien ministre de l'Éducation (2005-2008). Ancien ministre des Transports (2008-2010). Membre de la
conduit par
Sonia DELESALLE-STOLPER
Journaliste à Libération. Correspondante du journal pour le Royaume-Uni et l'Irlande
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Andrew Adonis est devenu, depuis quelques mois, l'une des figures de proue du mouvement anti-Brexit. Ce travailliste a longtemps été un proche du premier ministre Tony Blair. Après avoir oeuvré à ses côtés à Downing Street où il  veillait à la mise en place de la politique de son gouvernement entre 1997 et 2003 (1), il a ensuite été ministre de l'Éducation entre 2005 et 2008 avant d'hériter du portefeuille des Transports dans le cabinet de Gordon Brown. En 2015, il est nommé président de la Commission nationale sur l'infrastructure (chargée de réfléchir à l'organisation des réseaux de transport) par le gouvernement conservateur de David Cameron. Il démissionnera de ce poste en décembre 2017, marquant ainsi son désaccord avec la politique du premier ministre. 



Historien de formation, il est l'auteur d'une thèse sur l'aristocratie britannique à la fin du XIXe siècle. Lui-même, s'il porte le titre de baron de Camden Town, ne siège à la Chambre des lords (2) que parce qu'il y a été nommé par Tony Blair en 2005. Depuis le référendum du 23 juin 2016, il n'a eu de cesse d'en contester le résultat. En février 2018, il a lancé un mouvement qui milite pour l'organisation d'une nouvelle consultation sur les conditions de sortie de l'Union européenne, estimant que « les futures générations ne nous pardonneront pas le Brexit ». Il revient pour Politique Internationale sur les raisons qui ont mené à ce vote à ses yeux calamiteux et trace des perspectives pour les prochains mois.



S. D.-S.


Notes :




(1) Il était officiellement Director of Number 10 Policy Unit.



(2) La Chambre des lords est la Chambre haute du Parlement britannique. Elle se compose essentiellement de membres nommés à vie par la reine, sur proposition du premier ministre ou d'une commission de nomination des lords, de 92 lords héréditaires membres de l'aristocratie et de 26 membres de droit issus du clergé de l'Église d'Angleterre. Le nombre total des lords varie en fonction des nominations. Ils sont à l'heure actuelle 779.



(3) En 2001, un recensement avait enregistré la présence de 58 000 Polonais au Royaume-Uni. En 2011, ils étaient 579 000 ; en 2016, environ 900 000. Le gouvernement travailliste avait estimé en 2004 qu'environ 13 000 Polonais immigreraient au Royaume-Uni.



(4) Dans un discours devant les Nations unies en 1952, le premier ministre britannique avait déclaré qu'il ne pensait pas que « le Royaume-Uni puisse se fédérer avec l'Europe continentale » : « Nous ne pouvons pas être absorbés dans une Europe fédérale », avait-il dit.



(5) Le 21 octobre 1942, dans une lettre à son ministre des Affaires étrangères Anthony Eden, il se disait « impatient de voir se construire les États-Unis d'Europe, dans lesquels les barrières entre les nations seraient largement réduites et la libre circulation possible ».



(6) En juillet 1957, dans son dernier discours sur l'Europe, prononcé à Westminster, il se félicite de la création par la signature du traité de Rome, quatre mois plus tôt, de la Communauté économique européenne entre la France, la Belgique, l'Allemagne de l'Ouest, les Pays-Bas, l'Italie et le Luxembourg, qui crée un « marché commun » auquel « toute l'Europe libre devrait avoir accès ». « Nous espérons sincèrement la rejoindre », avait-il ajouté.



(7) Pendant la campagne qui a précédé le référendum du 23 juin 2016, le camp du Leave, en faveur de la sortie de l'Union européenne, avait utilisé des bus sur lesquels était affichée l'affirmation, fausse, que la sortie de l'UE permettrait de reverser 350 millions de livres par semaine au NHS. Ce slogan, démenti par tous les faits et aujourd'hui même par les partisans du Leave, a eu un très fort impact sur les électeurs.



(8) Du 1er au 3 juin 1955, les ministres des Affaires étrangères de la France, des Pays-Bas, de l'Italie, de la République fédérale d'Allemagne, du Luxembourg et de la Belgique se réunissent à Messine en Sicile. Après deux jours de discussions, ils se mettent d'accord sur la résolution de Messine, qui a jeté les bases du traité de Rome. Et ils invitent le Royaume-Uni à participer à des discussions ultérieures à Bruxelles.



(9) Boris Johnson a mené la campagne du Leave et, depuis, au sein du cabinet de Theresa May, il représente l'aile la plus dure en faveur d'un Brexit radical. Chez les députés conservateurs, il est soutenu par Jacob Rees-Mogg, tenant de l'aile très à droite et très eurosceptique des Tories, à la tête d'un groupe de pression, Europe Research Group. En cas de départ de Theresa May de la tête du parti conservateur, Boris Johnson et Jacob Rees-Mogg figurent parmi les favoris pour lui succéder.