Politique Internationale - La Revue n°104 - ÉTÉ - 2004

sommaire du n° 104
Azerbaïdjan : au nom du père...
Entretien avec Ilham Aliev
Président de la République d'Azerbaïdjan le 15 octobre 2003
conduit par
Alain Chevalérias
Journaliste
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Alain Chevalérias - Monsieur le Président, en arrivant à Bakou, le voyageur occidental ressent une étrange impression. Nous ne sommes qu'à 200 kilomètres de la frontière iranienne et, pourtant, l'atmosphère qui règne ici n'a rien d'islamique (1). Comment expliquez-vous cette bizarrerie ?
Ilham Aliev - Il est toujours difficile de comparer. Nous sommes en train de construire, pratiquement de toutes pièces, un Azerbaïdjan indépendant à partir de nos propres valeurs. Le pays est en plein développement. C'est sans doute ce qui explique votre perception.
A. C. - Vous auriez été confronté, dans le passé, à l'infiltration de réseaux islamistes. Confirmez-vous cette information ?
I. A. - Non. L'Azerbaïdjan est un pays laïque. Bien sûr, la religion musulmane y est profondément enracinée et nous la respectons. Elle participe de notre identité collective. Mais, dans le même temps, nous sommes opposés à toute discrimination, que ce soit sur une base religieuse ou ethnique (2).
A. C. - Comment votre pays est-il parvenu à échapper à un danger auquel nombre de vos voisins ont succombé ?
I. A. - Je ne tiens pas à m'ingérer dans les affaires des autres. Si tous les chefs d'État se comportaient de la même manière que nous, le monde serait, j'en suis sûr, beaucoup plus pacifique ! Ce qui m'intéresse, c'est de créer un environnement économique stable afin de favoriser la croissance et d'offrir une bonne protection sociale à la population. Je suis convaincu qu'il ne saurait y avoir de société civilisée sans prospérité. Voilà pourquoi l'économie est, pour nous, une priorité.
A. C. - Si je vous comprends bien, tout va pour le mieux en Azerbaïdjan. N'avez-vous donc aucun problème ?
I. A. - J'aime mon pays. Il est normal que je n'en perçoive que les aspects positifs. Mais trêve de plaisanterie : il est évident que nous avons des problèmes qui sont, pour la plupart, liés à l'héritage soviétique. Il est difficile de passer d'un système socialiste à l'économie de marché. Les réformes se heurtent à des résistances d'ordre économique, mais aussi au poids des mentalités.
A. C. - Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles vous avez été confronté ?
I. A. - Le plus grave problème est l'occupation par l'Arménie d'une partie du territoire azerbaïdjanais. Cette histoire a commencé quand nos deux pays faisaient encore partie de l'Union soviétique, en 1988. Aujourd'hui, 20 % de notre sol sont occupés : le Nagorny-Karabakh, ainsi que sept régions limitrophes. Il en est résulté d'importants mouvements de population. Il est temps que le droit international soit respecté et l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan restaurée. C'est notre plus grand souci, et il ne sera pas résolu tant que les forces armées arméniennes ne se replieront pas derrière leurs frontières. En comparaison, les autres difficultés nous paraissent bien mineures.
A. C. - N'avez-vous pas tendance à exagérer la gravité de la situation ?
I. A. - Ce n'est pas du tout ce que je crois. Nous enregistrons actuellement le taux de réfugiés le plus élevé du monde : un million sur huit millions d'habitants, soit 12,5 % de la population. Le gouvernement doit s'occuper de ces gens, leur assurer un minimum vital, leur fournir des soins, de la nourriture. Tout cela coûte cher et, malheureusement, l'Azerbaïdjan ne reçoit pas autant d'aide internationale que certains de ses voisins. Mais cette épreuve n'a pas que des côtés négatifs : en nous forçant à ne compter que sur nous-mêmes, elle nous a rendus plus forts. Il nous reste encore beaucoup à faire, mais il est vrai que nous partions de très bas. Au début des années 1990, la fin de l'Union soviétique a provoqué l'effondrement complet de l'économie et tari nos sources de revenus. Dix ans plus tard, nous avons renoué avec une croissance à deux chiffres (3) et, contrairement à nos voisins du Sud-Caucase, nous sommes totalement indépendants sur le plan économique.
A. C. - Le PIB par habitant n'est pourtant pas des plus faramineux...
I. A. - Comparez avec l'Arménie : vous verrez une énorme différence ! Nous affichons un taux de croissance de 90 % sur les sept dernières années avec un taux d'inflation très faible. Le budget de l'État est en forte progression. Il est aujourd'hui trois fois plus élevé que celui de l'Arménie. Certes, cela ne suffit pas à faire fonctionner une société normale et à assurer à tous un travail bien rémunéré. C'est pourquoi nous avons mis en place un programme qui, en cinq ans, permettra de créer 600 000 emplois, ce qui n'est pas rien pour un pays de 8 millions d'habitants. Ces efforts commencent à porter leurs fruits : six mois après les élections, nous avons déjà plusieurs milliers d'emplois nouveaux à notre actif. Croyez-moi, l'Azerbaïdjan va devenir un pays prospère.
A. C. - Dans quels secteurs ces emplois sont-ils créés ?
I. A. - Je ne vous surprendrai pas en vous disant que le secteur pétrolier représente, en Azerbaïdjan, le premier gisement d'emplois. Notre production n'est pas encore très élevée, mais nous sommes à la veille d'un nouveau boom (4). Cela dit, le pétrole n'est pas une fin en soi. Les revenus que nous tirons de l'exploitation des hydrocarbures nous servent surtout à financer la diversification de l'économie. Un fonds spécial a été mis en place à cet effet. Grâce à cet argent, nous nous efforçons de bâtir un environnement attrayant pour les investisseurs privés dans toutes les branches d'activité. Nous avons déjà privatisé la terre et nous cherchons désormais à augmenter les rendements agricoles. Nous voulons augmenter la production, non seulement pour couvrir nos besoins mais aussi pour exporter afin de ne pas dépendre exclusivement des hydrocarbures. Dans nos provinces, nous avons réalisé un plan de développement régional afin que la capitale ne soit pas la seule à bénéficier de l'embellie économique. En termes d'investissements étrangers par habitant, nous nous situons dans le peloton de tête des anciens pays de l'ex-Union soviétique et de l'Europe de l'Est. Pour vous donner une idée, à ce jour, 17 milliards de dollars ont été investis en Azerbaïdjan (5).
A. C. - Concrètement, que comptez-vous faire pour attirer de nouveaux investissements privés ?
I. A. - Nous développons les infrastructures et le réseau routier (6). Nous construisons de nouvelles centrales électriques. Nous améliorons également notre système juridique. Les investisseurs doivent être sûrs que leurs capitaux sont protégés.
A. C. - De quels pays l'Azerbaïdjan se sent-il le plus proche ?
I. A. - Nous entretenons des relations amicales avec la Turquie, la Géorgie, la Russie, bien sûr, et l'Iran. Avec les pays européens aussi, au premier rang desquels la France. Après l'élection présidentielle, ma première visite officielle a d'ailleurs été pour votre pays. Il faut voir dans la priorité que nous accordons aux relations diplomatiques avec Paris notre intérêt pour la politique d'intégration à l'Europe.
A. C. - La Turquie exerce-t-elle une attirance particulière sur vous ?
I. A. - Évidemment. Nous avons bien des choses en commun : l'histoire, la culture, l'appartenance ethnique (7). En outre, la Turquie a beaucoup aidé l'Azerbaïdjan au moment de l'indépendance. Elle a été la première à nous reconnaître en tant qu'État. Nous sommes très proches.
A. C. - Pourquoi avez-vous choisi de vous rendre en France pour votre premier déplacement à l'étranger en tant que président ?
I. A. - Lorsque le président Gueïdar Aliev, mon père, a été élu en 1993, il avait, lui aussi, effectué son premier voyage officiel à Paris.
A. C. - Et pourquoi avait-il précisément choisi cette destination ?
I. A. - La France et l'Azerbaïdjan sont très liés sur les plans politique et économique. Comme mon père hier, j'entretiens des relations personnelles et amicales avec Jacques Chirac. J'apprécie grandement son implication dans nos problèmes régionaux. N'oubliez pas, non plus, que la France est co-présidente du groupe de Minsk (8) qui tente de trouver une solution à notre différend avec l'Arménie. Nombre d'entreprises françaises (9) sont très actives en Azerbaïdjan. Vous le voyez : les raisons d'un voyage en France ne manquent pas.
A. C. - Si vos relations avec la France sont aussi bonnes, comment expliquez-vous qu'elle ne figure qu'au septième rang des investisseurs ?
I. A. - D'abord, la septième place, ce n'est pas si mal ! Ensuite, ce chiffre tient sans doute au fait que le gros des capitaux continue à s'investir dans le secteur des hydrocarbures. Celui-ci représente 70 % de l'investissement total, soit 12 milliards de dollars sur 17 milliards. Or, quand nous avons commencé à mettre en valeur nos ressources en gaz et en pétrole, les compagnies américaines et britanniques ont été les premières à s'installer. Mais je vous rassure : la qualité de nos relations avec un pays n'est pas proportionnelle à l'argent investi. Un grand nombre d'entreprises françaises sont présentes ici qui, sans investir, fournissent des services.
A. C. - Supposons que je sois un homme d'affaires. Dans quel domaine me suggéreriez-vous d'investir en Azerbaïdjan ?
I. A. - Cela dépendrait bien sûr de vos compétences, mais je vous orienterais probablement vers l'agroalimentaire (10). Dans le pétrole et le gaz, nos besoins en investissements sont couverts. En revanche, dans l'industrie agroalimentaire, nos équipements datent de la période soviétique. Ils sont anciens et peu fonctionnels. Il faudrait moderniser les installations afin de transformer sur place notre production et d'offrir ainsi un nouveau débouché à nos agriculteurs.
A. C. - Les étrangers ont-ils le droit d'acquérir des terres en Azerbaïdjan ?
I. A. - Tout à fait. Il n'y a aucune restriction (11). Grâce à la privatisation des terres, du reste, la production agricole a explosé.
A. C. - Vous avez signé un ensemble d'accords bilatéraux avec la Russie. Vous avez conclu de gros contrats pétroliers avec les Américains, en particulier le groupe BP (12). Vous voulez être intégré à l'espace européen. S'agit-il d'une politique d'alliance tous azimuts ou cherchez-vous à mieux répartir les risques ?
I. A. - Les investissements pétroliers ont été réalisés par les plus motivés, au moment où nous nous sommes ouverts au capital étranger, en 1994. À l'époque, nous n'avions pas d'argent pour creuser des puits ; aujourd'hui encore, nous ne disposons toujours pas des 12 milliards de dollars nécessaires. Nous voulons que toutes les firmes qui se présentent chez nous pour investir soient traitées sur un pied d'égalité. De la même manière, nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec tous les pays qui nous entourent, y compris avec la Russie. Cette politique d'équilibre nous donne pleinement satisfaction.
A. C. - Ne craignez-vous pas, cependant, de vous retrouver en situation de conflits d'intérêts ? N'est-ce pas ce qui s'est passé quand la Russie soutenait l'Arménie dans la guerre que cette dernière menait sur votre territoire ?
I. A. - Lorsque la Russie soutenait l'Arménie contre nous, dans les années 1990, nous n'avions aucun accord militaire avec Moscou. Les dirigeants russes ont commis la grande erreur de prendre fait et cause pour les Arméniens qui nous avaient agressés (13). Mais depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, une nouvelle dynamique s'est mise en place. La position russe sur le Nagorny-Karabakh est désormais plus impartiale. Pour la première fois dans l'histoire de nos deux pays, le président russe s'est rendu en visite officielle en Azerbaïdjan. Mon père avait, lui aussi, effectué une visite officielle en Russie. Je m'y suis moi-même rendu récemment, ce qui m'a permis d'aplanir tous nos différends, qu'il s'agisse de la mer Caspienne, de l'énergie ou de l'acheminement du pétrole.
A. C. - Envisagez-vous de vous rapprocher de Moscou sur le plan militaire ?
I. A. - Nous ne faisons pas partie d'un bloc et ne sommes liés par aucun traité de défense mutuelle. Il n'y a pas de présence militaire étrangère sur notre sol et nous comptons bien continuer ainsi.
A. C. - Lorsque je vous écoute, j'ai l'impression que vous parlez de la Suisse...
I. A. - Regardez, notre lac n'est pas mal non plus ! Il est encore plus grand que celui de Genève. On l'appelle la mer Caspienne...
A. C. - Quel jugement portez-vous sur la guerre menée par Londres et Washington en Irak ?
I. A. - L'Azerbaïdjan s'est rangé aux côtés des États-Unis dans leur lutte contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001. Nous-mêmes avons été très durement touchés. Au début des années 1990, plus de trente attentats ont été perpétrés en Azerbaïdjan par des organisations arméniennes, qui ont fait plus de 2 000 victimes. Croyez-moi, nous savons ce que le terrorisme veut dire.
A. C. - Pensez-vous que l'intervention en Irak ait été uniquement motivée par la volonté de lutter contre le terrorisme ?
I. A. - C'est en tout cas ainsi que les Américains l'ont présentée au reste du monde. D'autres interprétations sont possibles. Mais l'important, à mes yeux, c'est le présent. Il faut créer au plus vite les conditions qui permettront aux Irakiens de se gouverner eux-mêmes. Il n'y a pas de bons et de mauvais terroristes. Tous doivent être traqués avec la même énergie partout où ils se trouvent. L'Azerbaïdjan participe, avec détermination, à ce combat. Face à l'Arménie, nous étions seuls. C'était plus difficile !
A. C. - Quel rôle la Fondation Soros (14) joue-t-elle en Azerbaïdjan ?
I. A. - George Soros était en Azerbaïdjan il y a un an. Je n'étais pas encore au poste que j'occupe aujourd'hui, mais je l'ai rencontré. Nous avons eu des échanges constructifs. Je pense qu'il m'a quitté satisfait, en particulier de la manière dont notre pays gère ses ressources pétrolières. Il a également rencontré le président Gueïdar Aliev et est sorti très impressionné de cette entrevue. Je suis content qu'il ait vu comment le pays se développait. La transparence économique est l'une des préoccupations majeures de la Fondation Soros et, en la matière, l'Azerbaïdjan fait figure de modèle. Comme je vous le disais au début de notre conversation, nous avons créé un fonds pétrolier sous audit international que nous gérons en coopération avec le FMI.
A. C. - En Géorgie, certains attribuent la chute d'Édouard Chevardnadze et le changement d'exécutif à l'influence des organisations liées à George Soros. Qu'en pensez-vous ?
I. A. - Je ne suis au courant de rien. Je crois que ce qui s'est passé en Géorgie résulte de la volonté populaire. De toute façon, un gouvernement qui n'est pas soutenu par le peuple ne peut pas rester longtemps en place. C'est la loi de la démocratie.
A. C. - Vous parlez de démocratie. Où en est votre pays de ce point de vue ? Certains observateurs font état de diverses carences...
I. A. - Nous avons une opposition (15). Elle se présente aux élections et, encore récemment, à la présidentielle. Les activités politiques et la presse sont libres. Une centaine de partis politiques existent en Azerbaïdjan.
A. C. - Trop de partis, ce n'est pas forcément la démocratie...
I. A. - C'est vrai, mais nous sommes dans une période de transition. Il est si facile de créer un parti que, parfois, les membres d'une même famille s'enregistrent comme formation politique auprès du ministère de la Justice uniquement pour se faire inviter aux réceptions des ambassades ou recevoir des aides financières de l'étranger ! Certains en font même un business. Mais on ne peut pas généraliser. Il existe heureusement beaucoup de partis " normaux ".
A. C. - Compte tenu des difficultés de la région, n'êtes-vous pas inquiet pour l'avenir de l'Azerbaïdjan ?
I. A. - Au contraire. L'avenir s'annonce brillant, très brillant même. Cela ne fait aucun doute pour moi : l'Azerbaïdjan va se renforcer sur le plan économique. Nous abordons la phase finale d'un projet considérable : la construction du pipe-line BTC permettra d'écouler notre production de pétrole et d'approvisionner l'Europe (16). Il faudra veiller à ce que les fruits de cette nouvelle richesse soient distribués équitablement à tous nos concitoyens.
A. C. - Le 24 mai dernier, le président Chirac vous a adressé une lettre évoquant votre souhait de voir l'Azerbaïdjan intégrer une Europe élargie. Considérez-vous que votre pays fait partie de l'Europe ?
I. A. - Bien entendu. Géographiquement, nous sommes en Europe, au même titre que nos voisins du Sud-Caucase. L'Azerbaïdjan siège, d'ailleurs, au Conseil de l'Europe depuis trois ans. En tout cas, une chose est sûre : si la Turquie et la Géorgie intègrent l'Europe, l'Azerbaïdjan y a également sa place.
A. C. - À quel ensemble l'Azerbaïdjan finira-t-il par se rattacher : les États-Unis, l'Europe, l'Asie ?
I. A. - Notre politique étrangère repose exclusivement sur l'intérêt de l'Azerbaïdjan et sur ses liens historiques. D'une manière générale, nous privilégions la coopération et l'amitié. Ceux qui voient des terrains d'affrontements partout doivent les chercher ailleurs. Ce n'est pas parce que nous nous entendons bien avec les uns que nous devons nécessairement nous brouiller avec les autres. Nous avons, par exemple, de bonnes relations à la fois avec l'Iran et les États-Unis - deux pays qui, c'est le moins qu'on puisse dire, n'ont pas vraiment d'atomes crochus ! Nous avons des rapports séculaires avec la Géorgie ; une longue histoire - je le répète - avec l'Iran, où vit une importante population azérie ; une vieille liaison avec la Russie... Nous ne nous posons pas la question de savoir avec qui nous devons collaborer. Nous défendons notre propre camp, voilà tout.
A. C. - Votre père suivrait-il la même politique s'il était encore en vie ?
I. A. - Je le crois. Cette politique a montré son efficacité. Elle a apporté la paix, la prospérité et la croissance économique. Il n'y a pas d'alternative. Tout autre choix serait catastrophique, et porterait en lui les germes de la guerre civile et de la désintégration. Il y a quinze ans, l'Arménie a tenté de jouer cette carte. Mais les Azerbaïdjanais savent désormais à quoi s'en tenir (17).

Notes :

(1) En Azerbaïdjan, pays musulman, pas un voile n'est visible. Le centre-ville de Bakou se donne même des airs parisiens avec ses centaines d'immeubles en pierre de taille de style haussmannien construits à la fin du XIXe siècle, au moment du premier boom pétrolier.
(2) L'Azerbaïdjan, dont les frontières ont été dessinées au XIXe siècle par la Russie impériale, est un pays à majorité de langue turque et de religion musulmane chiite. Il comprend également une importante minorité arménienne (15 à 20 % de la population) concentrée principalement dans la région du Nagorny-Karabakh et, en petit nombre, dans la capitale. En janvier 1990, à cause de la guerre entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, les agressions s'étaient multipliées contre les citoyens arméniens vivant dans les zones à majorité azérie. On avait compté 32 morts. La sécurité des membres de cette minorité arménienne semble désormais assurée dans la partie de l'Azerbaïdjan sous contrôle du pouvoir central.
(3) En 2003, la croissance a atteint 11,2 %.
(4) Aujourd'hui de 15 millions de tonnes par an, la production de pétrole devrait passer à 50 millions de tonnes d'ici à cinq ans. Il faut ajouter une réserve de 400 milliards de mètres cubes de gaz naturel découverte en 1999 sur le site de Shah Deniz. La France, avec Total, fait partie du consortium qui doit exploiter Shah Deniz. La compagnie française détient 10 % des parts contre 25,5 % pour BP.
(5) Les investissements ont commencé à affluer en Azerbaïdjan à partir de la fin de 1994, au lendemain de l'arrivée au pouvoir de Gueïdar Aliev, en octobre 1993, et avec le retour au calme du pays. Concernant surtout le secteur pétrolier, ils étaient avant tout le fait de compagnies américaines. Dès 1996, fortes de leur position, celles-ci s'octroyaient la part du lion dans le consortium d'exploitation du pétrole.
(6) Deux axes routiers sont en projet, le premier étant déjà commencé. L'un, Nord-Sud, doit permettre de relier l'Iran à la Russie, en passant par Bakou et en longeant la mer Caspienne. L'autre, Est-Ouest, desservira Kurdamir et rejoindra la Géorgie.
(7) L'Azerbaïdjan fait partie de l'ensemble turcophone qui s'étend de la Turquie au Kirghizistan, incluant le Turkménistan, le Kazakhstan et, dans une certaine mesure, l'Ouzbékistan. Cet ensemble englobe aussi, pour partie, le nord de l'Iran et de l'Afghanistan.
(8) Le groupe de Minsk a été constitué en 1992 dans le cadre de l'OSCE pour " faciliter les négociations " entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan à propos du conflit du Nagorny-Karabakh. La Fédération de Russie, les États-Unis et la France en sont co-présidents.
(9) Parmi les entreprises françaises présentes, on remarque Total, qui a obtenu un contrat sur le gaz naturel, Technip, Vivendi, Castel pour la bière, Entrepose, etc.
(10) Outre les cultures céréalières et fourragères, l'Azerbaïdjan produit du coton, du tabac et des fruits. L'élevage, en particulier de moutons, est aussi une ressource importante.
(11) L'information n'est pas négligeable car de nombreux pays, dont la plupart des pays musulmans, interdisent l'achat de terres aux étrangers.
(12) BP ou British Petroleum ressemble de plus en plus à une compagnie américaine. En 2001, elle absorbait Amoco, une société basée aux États-Unis et née de la Standard Oil of Indiana. La Banque américaine JP Morgan Chase Bank détient dans ses coffres plus de 6 milliards d'actions BP représentant 30,53 % du capital de la compagnie. BP est présent en Azerbaïdjan depuis 1992. La compagnie a signé quatre contrats d'exploration et d'exploitation pour le pétrole et le gaz.
(13) Le 20 janvier 1990, à la suite de plusieurs assassinats d'Arméniens, l'armée soviétique était intervenue à Bakou pour ramener l'ordre. Cette action s'était soldée par la mort de 170 personnes. Moscou avait en outre apporté son soutien à l'Arménie en lui livrant des armes.
(14) George Soros, milliardaire américain, intervient dans de nombreux pays de l'ancien bloc de l'Est où il soutient la libéralisation économique et politique à travers un réseau associatif.
(15) Parmi les principaux partis d'opposition, on compte le Moussavat, nationaliste, le Parti communiste et le Front populaire, dont le prestige a été érodé par une gestion catastrophique du pays de 1992 à 1993. Auteur d'une récente étude sur l'islam azerbaïdjanais, Arif Yunusov signale, pour sa part, la montée de l'islamisme. Selon lui, " 260 mosquées sont contrôlées par des prêcheurs fondamentalistes ".
(16) L'Azerbaïdjan a vu construire sur son sol le BTC, le pipeline Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui exportera le pétrole à travers la Géorgie vers la façade méditerranéenne de la Turquie. Le BTC mesure 1 750 kilomètres de long. Son financement est assuré par un consortium international mais la maîtrise d'œuvre est assurée par BP.
(17) Après l'effondrement de l'Union soviétique, l'instabilité régnait en Azerbaïdjan. Adepte d'une politique aventuriste dangereuse pour un petit pays de 8 millions d'habitants, le président A. Elchibey, arrivé au pouvoir en juin 1992, défiait l'Iran où, disait-il, " 20 millions d'Azéris sont privés de tous les droits nationaux et culturels ". Au printemps 1993, à la suite de la tentative de coup d'État d'un colonel et de la fuite du président dans son village natal, le Parlement a appelé Gueïdar Aliev à la tête du pays. Celui-ci avait été, pendant plus de dix ans, le " patron " de l'Azerbaïdjan sous le régime soviétique. Instituant une politique d'équilibre dans ses relations avec les pays de la région et les grandes puissances, il a ramené l'ordre, égratignant il est vrai au passage les libertés essentielles. Son fils hérite de cette situation.