Politique Internationale - La Revue n°104 - ÉTÉ - 2004

sommaire du n° 104
Le rêve arménien
Entretien avec Vartan Oskanian
Ministre des Affaires étrangères de la République d\'Arménie depuis 1998
conduit par
Marie Jégo
Correspondante du Monde en Turquie.
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Armenia se ha marcado un objetivo claro: convertirse en miembro de la Unión Europea. Esto es, en todo caso, lo que explica el ministro armenio de Asuntos Exteriores en esta entrevista exclusiva concedida a Marie Jégo. Toda la región aspira a incorporarse a Europa, añade Vartan Oskanian. Trascendiendo los diferendos que les oponen - siendo obviamente el principal el enclave de Nagorno Karabaj - esta aspiración común a formar parte de la familia europea es sin lugar a dudas el único elemento en común entre los tres países del sur del Cáucaso (Armenia, Azerbaiyán, Georgia). Aunque el peso del pasado es considerable, Erevan se pronuncia por la adhesión de Turquía a la UE y no considera el reconocimiento del genocidio de 1915 como una condición previa para la normalización de sus relaciones con Ankara. Por su parte, Rusia se ha convertido en uno de los principales socios de Armenia, no sólo a nivel comercial, sino también en el campo de las inversiones directas. Esto demuestra que los sentimientos antisoviéticos, tan virulentos en la época de la URSS, no se transformaron en rencor antirruso...

Notes :

(1) Gueïdar Aliev fut chef de l'État azerbaïdjanais de 1993 jusqu'à sa mort en décembre 2003. Membre de l'élite soviétique, Gueïdar Aliev avait été, de 1969 à 1982, le premier secrétaire du parti communiste de cette république turcophone et musulmane des rives occidentales de la mer Caspienne après s'être illustré à la tête du KGB (police politique) local. En 1982, il fut nommé membre du bureau politique du parti communiste de l'URSS, le " Saint des saints " du pouvoir soviétique, et quitta alors Bakou pour Moscou. Mis sur la touche par Mikhaïl Gorbatchev en 1987, il s'en retourna dans sa province natale du Nakhitchevan (une enclave azerbaïdjanaise à la frontière avec la Turquie) jusqu'à son retour triomphal en juin 1993 à Bakou, alors en proie à une révolution de palais.
(2) À l'époque d'Aboulfaz Elchibey, président de l'Azerbaïdjan (de 1992 jusqu'à son renversement en 1993), ce pays menait une politique pro-occidentale, particulièrement orientée vers la Turquie. Son successeur, Gueïdar Aliev, a poursuivi cette politique pendant quelque temps. Il s'est notamment opposé à ce que les compagnies russes accèdent aux contrats pétroliers azéris. Il a également exigé le retrait des Russes de la station militaire de Gabala, en Azerbaïdjan. Mais, à partir de 1997, un revirement a été enregistré dans sa politique à l'égard de la Russie.
(3) Suite à des élections législatives entachées de fraudes grossières, le pouvoir du président Édouard Chevardnadze, lui aussi un ex-premier secrétaire du parti communiste géorgien, vacille sous la pression des manifestations de rue à l'automne 2003. Il est finalement renversé dans la nuit du 22 au 23 novembre 2003, sans qu'une goutte de sang n'ait été versée. Cherchant à souligner le caractère pacifique de cet événement, les Géorgiens l'ont baptisé " révolution de la rose ".
(4) Le 4 janvier 2004, Mikhaïl Saakachvili, 36 ans, avocat de formation, diplômé de l'université de Columbia et ténor de l'opposition, est élu président de la Géorgie avec 96 % des voix.
(5) Deux axes ou lignes de partage se croisent dans la région. D'une part, l'alliance de Moscou avec Erevan et Téhéran. De l'autre, le partenariat stratégique entre l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et les États-Unis.
(6) En 1994, la Russie avait l'intention de retirer ses bases d'Arménie. C'est seulement à la demande d'Erevan qu'elles ont été maintenues.
(7) Depuis la mi-mars 2002, près de deux cents bérets verts sont à pied d'œuvre dans la petite république, chargés de l'entraînement des unités antiterroristes de l'armée géorgienne. Au printemps 2003, le Parlement géorgien a ratifié un partenariat militaire sans précédent avec les États-Unis. D'après cet accord, tout militaire américain est désormais dispensé de formalités consulaires pour entrer ou sortir de Géorgie ; est autorisé à transporter des armes, même lourdes, sur le territoire de la petite république ; est exempt de poursuites pénales dans ce pays. L'espace aérien géorgien est, bien sûr, ouvert aux avions américains.
(8) Le Haut-Karabakh est un petit territoire montagneux, majoritairement peuplé d'Arméniens, mais il dépend administrativement de l'Azerbaïdjan, en vertu d'un découpage territorial décidé par les Bolcheviks dans les années 1920. Le conflit commença à l'époque soviétique, en 1988, lorsque le territoire revendiqua son rattachement à l'Arménie, puis son indépendance. Entre 1990 et 1994, une guerre fit rage, qui fit des milliers de morts et se solda par la victoire des forces arméniennes. Les Azerbaïdjanais furent chassés du Haut-Karabakh et des territoires azerbaïdjanais attenant à ce plateau - soit environ 16 % du territoire de l'Azerbaïdjan - et les populations arméniennes habitant dans la partie nord du Haut-Karabakh et de la région de Chahoumian furent expulsées. Un cessez-le-feu a été signé en 1994, mais les négociations menées depuis lors sous l'égide de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et, plus particulièrement, du " groupe de Minsk " de l'OSCE (France, États-Unis, Russie), n'ont permis aucune avancée.
(9) Bien que les accords concernant le règlement du conflit du Haut-Karabakh soient encore confidentiels, il semblerait que d'après les " principes de Paris ", agréés à Paris en février 2001 entre les deux présidents sous l'égide du président Chirac - et actés en avril de la même année à Key West en Floride -, l'enclave arménienne passerait sous la souveraineté de l'Arménie.
(10) Ilham Aliev, fils unique du président Gueïdar Aliev, a été élu avec 80 % des voix le 15 octobre 2003 à la tête de l'Azerbaïdjan. Au terme d'une élection contestée par les observateurs internationaux, des centaines d'opposants ont été arrêtés. Les manifestations de mécontentement, violemment réprimées par le pouvoir, ont fait un mort et des dizaines de blessés.
(11) Durant les mois d'été 2003, plusieurs escarmouches se sont produites le long de la ligne de démarcation entre troupes arméniennes du Karabakh et soldats azerbaïdjanais, qui ont fait un mort et plusieurs blessés.
(12) L'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan ou BTC, long de 1 750 kilomètres et d'une capacité d'un million de barils par jour, est censé évacuer le pétrole de la Caspienne (celui d'Azerbaïdjan et, pour être rentable, celui du Kazakhstan, aux réserves bien supérieures). Il s'agit, au départ, d'un projet anglo-américain visant à désenclaver la région et à la soustraire à l'étreinte de Moscou. Le tracé du BTC lie la Géorgie et l'Azerbaïdjan à la Turquie, le meilleur allié de Washington dans la région, tandis qu'il évite la Russie et l'Iran. D'un coût élevé (entre 2,5 et 3,5 milliards de dollars), la construction du tube est déjà en bonne voie et devrait être achevée en 2005.
(13) À l'issue du conflit armé, certaines régions autour du Haut-Karabakh sont passées sous contrôle arménien, notamment celles qui se trouvent entre l'enclave et la République d'Arménie. Ces terres sont considérées par les Arméniens comme une " zone de sécurité ". Erevan est prête à les restituer à l'Azerbaïdjan dès que le statut du Haut-Karabakh sera défini.
(14) La diaspora arménienne compte environ 350 000 personnes en France.
(15) Alliée indéfectible de l'Azerbaïdjan - la république turcophone " sœur " -, la Turquie a déclaré le blocus terrestre (économique et énergétique) de l'Arménie au moment où la guerre du Karabakh battait son plein en 1992.
(16) En mars 2004, le président Ilham Aliev a mis en garde la Turquie, sa principale alliée dans la région, contre l'éventuelle réouverture de sa frontière avec l'Arménie, estimant que cette question n'était pas dissociable du problème du Haut-Karabakh. Ouverte en 1991 lors de l'accession de l'Arménie à l'indépendance, la frontière fut fermée au moment du conflit du Karabakh en 1992 et est, depuis lors, restée close. En Turquie, cependant, de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer sa réouverture, notamment les municipalités turques à la recherche de débouchés, surtout depuis la crise économique de 2001.
(17) Le 3 novembre 2002, le parti de la Justice et du développement (Adalet ve Kalkinma ou AKP), issu de la mouvance islamiste, remporte les législatives en Turquie avec 34 % des voix. Avec 363 sièges sur 550, c'est la première formation au Parlement. Son fondateur, Recep Tayyip Erdogan, est devenu premier ministre en mars 2003.
(18) Cet accord a été conclu en échange de la remise des dettes gazières d'Erevan envers Moscou.
(19) La " doctrine Ivanov ", du nom du ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov, a été rendue publique à l'automne 2003. Elle dit que la Russie " se réserve le droit d'utiliser la force de façon préventive ", notamment envers ses voisins de la Communauté des États indépendants (CEI), c'est-à-dire les républiques de l'ex-URSS moins les pays baltes. Des dizaines de millions de Russes ethniques et de citoyens russes résidant dans ces pays, Moscou se réserve le droit d'intervenir " s'il n'y a pas d'autre recours et si la vie et les droits de [ses] citoyens sont menacés ", a précisé Sergueï Ivanov le 9 octobre 2003 lors d'une réunion des ministres de la Défense de l'Otan à Colorado Springs aux États-Unis. " Nous allons continuer à intensifier notre présence militaire dans les pays de la CEI ", a-t-il ajouté.
(20) Le " Partenariat pour la paix " est un programme de coopération proposé par l'Otan aux anciennes républiques de l'URSS. Il comporte des échanges et des exercices militaires conjoints.