Politique Internationale - La Revue n°104 - ÉTÉ - 2004

sommaire du n° 104
Les défis de Georges W.Bush
Entretien avec François Heisbourg
Président de l'International Institute for Strategic Studies (Londres). Auteur, entre autres très n
conduit par
Thomas HOFNUNG
Chef de rubrique au site The Conversation.
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Thomas Hofnung - Le printemps 2004 a été désastreux pour les forces de la coalition en Irak. Certains commentateurs ont même évoqué le spectre du Vietnam. Diriez-vous que les États-Unis sont en train de perdre la main dans cette opération ?
François Heisbourg - Si l'on regarde la situation militaire sur le terrain, ce n'est évidemment pas le Vietnam - où les Américains, je vous le rappelle, avaient perdu 50 000 hommes au combat en l'espace de cinq ou six ans. L'intensité des pertes quotidiennes au Vietnam était dix fois supérieure à celle du printemps 2004 en Irak ! Le vrai problème, c'est que, désormais, les forces américaines n'ont plus seulement le " statut " de forces d'occupation ; elles le sont devenues. Le principal échec de l'équipe de George W. Bush est là ! À leur corps défendant, les Américains ont réussi à réaliser la convergence d'éléments très disparates du nationalisme irakien : le nation building est en train de se faire contre eux. Parvenir à se mettre à dos la population chiite, qui avait pourtant été martyrisée sous le règne de Saddam Hussein, relève de la performance ! Je ne pensais pas que ce serait possible.
T. H. - L'analogie avec le Vietnam n'est donc pas pertinente à vos yeux...
F. H. - Elle est exacte en ce qui concerne l'impact des opérations en Irak sur la marge de manœuvre stratégique des forces américaines. Certes, les effectifs de l'US Army sont aujourd'hui plus limités qu'ils ne l'étaient à la fin des années 1960, avant la transition d'une armée de conscription vers une armée de métier. Mais, proportionnellement, la guerre en Irak immobilise encore plus de moyens militaires que la guerre au Vietnam. Bref, si demain un coup de chien survenait en Corée du Sud, à Taiwan, en Afghanistan ou dans le sous-continent indien, Washington ne disposerait pas du volant de forces terrestres nécessaire pour intervenir. Celles-ci sont comme " scotchées " à l'affaire irakienne. L'une des conséquences du passage à l'armée de métier, qui s'est également déroulé dans la plupart des pays européens, c'est qu'il n'est tout simplement plus possible de conduire des opérations militaires lourdes de type impérial ou post-impérial. Il n'y a plus suffisamment de soldats pour occuper durablement un pays. On ne peut pas mener la guerre d'Algérie ou la guerre du Vietnam avec une armée de métier : tant mieux ! En termes de population et de superficie, l'Irak représente approximativement deux fois les départements du nord de l'Algérie (Alger, Oran et Constantine). Les Français étaient parvenus à les " pacifier " avec près de 500 000 hommes. Les Américains ne peuvent pas pacifier l'Irak avec le niveau de leurs forces actuel. En dehors de toute considération politique, leur mission militaire est tout simplement devenue impossible à mener à bien.
T. H. - Pourtant, les Américains semblaient avoir très bien préparé ce que l'on a appelé " le jour d'après "... Comment expliquez-vous qu'ils se soient mis dans une telle situation ?
F. H. - Comme toujours aux États-Unis, vous aviez des gisements d'expertise considérables. Beaucoup de discussions ont eu lieu sur " le jour d'après ". J'ajoute qu'un certain nombre d'experts européens leur avaient signalé, avant le déclenchement de la guerre au printemps 2003, que les discussions ne devaient pas porter sur le jour d'après, mais sur " la décennie d'après "... Bob Woodward le raconte très bien dans son livre (1) : peu de temps avant le début des combats, la responsabilité de l'occupation a été transférée au Pentagone. Or le département de la Défense n'a absolument pas pris en compte les travaux interministériels, souvent très sérieux, qui avaient été effectués sur l'après-guerre en Irak. Le Pentagone a considéré qu'il pouvait compter sur ses protégés irakiens, en particulier Ahmed Chalabi. Les stratèges partaient du principe que les soldats allaient être accueillis avec des grains de riz et des roses. Selon eux, Chalabi était représentatif des masses irakiennes. Dans ces conditions, du point de vue des civils du Pentagone, l'absence de préparation ne constituait absolument pas un problème. Très rapidement, l'armée irakienne a été dissoute - l'une des décisions les plus stupides qui aient été prises au début de l'occupation puisqu'elle fournissait à l'insurrection des cadres expérimentés ! Les Américains étaient complètement à côté de la plaque. Ils disposaient de leur Darlan ou de leur Giraud en la personne de Chalabi ; mais il leur manquait un de Gaulle.
T. H. - Comment analysez-vous la polémique autour des mauvais traitements infligés aux détenus irakiens ?
F. H. - On assiste sur le terrain à une dérive inévitable : dans les situations de stress de ce type, où tout civil apparaît comme un ennemi potentiel, la guerre a toutes les chances de ne plus être conduite selon les règles des Conventions de Genève. On l'a vu sur les images de la prison d'Abou Ghraib (2). Le problème, c'est que cette dérive est totalement incompatible avec un projet de libération.
T. H. - En 2003, le Pentagone s'était pourtant fait projeter le film La Bataille d'Alger. Est-ce à dire que les Américains n'ont pas tiré les leçons des guerres précédentes ?
F. H. - Il s'agit d'un excellent film (3). Les responsables qui avaient pris la décision de le faire visionner avaient été bien inspirés. Sur l'affiche de présentation au Pentagone, il était écrit : " Comment gagner une bataille et perdre la guerre. " La leçon était donc claire : voilà le genre de situation dans laquelle il ne faut pas que vous vous mettiez. Jamais ! Pourtant, ils s'y sont mis... Avec une différence : les Français avaient institutionnalisé la torture, mais pour toutes sortes de raisons, ne pouvaient pas utiliser leur puissance de feu pour détruire la Casbah. Les Américains, eux, ont aplati Falloujah puis, devant le résultat, ils ont dû la céder aux insurgés ! Pour paraphraser l'anti-héros d'Apocalypse Now, le film de Francis Ford Coppola, ils ont appliqué avec un succès limité le principe suivant : il faut détruire la ville pour la sauver.
T. H. - L'Algérie comptait une forte population française avant l'indépendance, ce qui explique en partie la durée de la guerre. Sera-t-il plus facile pour les Américains de se désengager d'Irak ?
F. H. - Compte tenu du caractère vraisemblablement irrécupérable de la situation en Irak, deux options se présentent aux Américains. Soit ils occupent le pays pendant des années, sans pacification possible faute de moyens, et avec toutes sortes de dommages collatéraux dans l'ensemble du Proche-Orient. Soit ils se retirent en relativement bon ordre, après avoir négocié avec les responsables chargés d'assurer la gestion du pays depuis le 28 juin 2004. En espérant qu'il n'y aura ni guerre civile, ni chaos, ni anarchie... Cette dernière option, qui apparaît moins périlleuse que la première, est celle qu'aurait choisie une équipe rationnelle s'il n'y avait pas eu l'élection présidentielle de novembre. L'effet politique de l'annonce d'un tel recul aux États-Unis et le risque de dérapage qui lui est associé en Irak sont tels qu'elle sera sûrement écartée. Quant au transfert de souveraineté aux Irakiens, il sera encore plus fictif que s'il s'était accompagné d'un plan de réduction des troupes américaines.
T. H. - Selon vous, une alternance à la Maison-Blanche se traduirait-elle par une autre approche de la question irakienne ?
F. H. - Il est trop tôt pour l'affirmer. Une nouvelle administration, quelle qu'elle soit, se retrouvera avec les mêmes cartes en main. Il n'est pas évident qu'elle mènerait une autre politique. En revanche, une chose est sûre : l'hypothèque électorale étant levée, le pouvoir aura une marge d'appréciation nettement plus importante. Il pourra alors comparer les options en présence en fonction non plus du contexte intérieur mais de la situation sur le terrain - et donc il pourra envisager le retrait.
T. H. - George Bush a déclaré qu'il comptait axer sa campagne sur la lutte contre le terrorisme - dans laquelle prend place, selon lui, l'intervention en Irak. Est-ce un bon calcul ?
F. H. - " Que feriez-vous à ma place ? " : telle est la question que Bush pourrait poser à son rival. Prôner un retrait d'Irak dans les circonstances actuelles risquerait de pénaliser quiconque le proposerait. Or, si on ne retire pas les troupes, on poursuit l'occupation... Kerry aura certes beau jeu, s'il est élu, de stigmatiser l'héritage qui lui sera légué, les mauvaises décisions du président sortant. Mais Bush pourrait alors lui rétorquer : " Que ne l'avez-vous dit plus tôt ! " C'est donc un terrain sur lequel les démocrates sont plutôt mal à l'aise. Dès lors, il est plus intéressant pour Kerry de laisser Bush s'empêtrer dans ses difficultés. Sur le thème du terrorisme, jusqu'ici les Américains portent, dans l'ensemble, au crédit du président Bush la manière dont il a réagi au 11 septembre. Il est vrai que la Commission sur les attentats rendra son rapport au moment de la tenue de la Convention démocrate, qui marquera le véritable début de la campagne. Il est vrai, aussi, que le livre de Richard Clarke (4) est un réquisitoire très sévère contre l'administration Bush qui, avant le 11 septembre, aurait accordé trop peu d'attention à la lutte antiterroriste. Mais un livre reste un livre dans une campagne avant tout télévisuelle. La messe est loin d'être dite...
T. H. - Pensez-vous que les difficultés grandissantes rencontrées par l'administration Bush inciteront cette dernière à se tourner davantage vers les Nations unies ?
F. H. - À court terme, sans doute, mais pas à long terme. Cette équipe est une administration idéologique, avec un ordre du jour très précis. Elle peut être conduite à modérer ou à modifier son comportement à l'épreuve de la réalité. Mais elle n'est certainement pas disposée à changer sa vision du monde. Dans l'affaire irakienne, la nécessité commande, surtout en période électorale, de transférer le mistigri à un autre acteur. Il faut que ce qui se passe sur le terrain apparaisse le moins possible comme étant le fait des États-Unis. À cet égard, lorsque les Américains sont retournés devant le Conseil de sécurité, à l'automne 2003, pour faire voter une seconde résolution sur l'Irak, ils auraient pu en profiter pour demander à être déchargés de leurs responsabilités de puissance occupante. Le paradoxe, c'est que les idées françaises de transfert très rapide du pouvoir me paraissaient correspondre assez bien à l'intérêt de politique intérieure des États-Unis puisque l'échéance électorale américaine était encore assez lointaine. J'ai donc été d'autant plus surpris quand, en septembre, l'un des envoyés du président Bush dans les capitales occidentales, m'a dit : " On est très souples sur tout ce qui concerne le commandement militaire et sur l'organisation de la coalition mais, en revanche, pas touche à Paul Bremer ! " Autrement dit : pas de discussion sur l'unité du commandement politique en Irak. Personnellement, je m'attendais à entendre l'inverse.
T. H. - Comment expliquez-vous cette décision ?
F. H. - Les Américains étaient persuadés qu'ils étaient les rois et que rien ne leur résisterait... Partager les risques militaires avec d'autres et réduire ainsi la vulnérabilité de leurs personnels face à des attentats était bon à prendre. Mais ils entendaient conserver la totalité du leadership politique. Dans les semaines qui ont suivi, après l'adoption de la résolution qui réaffirmait les droits et les devoirs de la puissance occupante en Irak, ils ont pris conscience des dangers et fixé la date du transfert au 30 juin. Relativement tardive, cette date anticipait néanmoins le calendrier électoral américain, du moins si le transfert avait pu s'organiser dans de bonnes conditions avec un rôle majeur dévolu aux Nations unies. Le problème, c'est que l'ONU ne peut pas intervenir tant que la sécurité n'est pas assurée. La reconstruction du Timor oriental a été possible car la force australienne tenait la situation en main (5). Mais, en Irak, rien n'est sécurisé...
T. H. - Les difficultés des Américains en Irak vont-elles porter un coup d'arrêt à la lutte contre le terrorisme ?
F. H. - C'est l'évidence même. Les Américains, qui ont déployé entre 10 000 et 15 000 soldats en Afghanistan, ont déjà du mal à maintenir le rythme actuel dans leurs opérations contre Al-Qaïda. Les Français en ont envoyé une centaine, notamment les forces spéciales placées sous commandement américain dans le cadre de l'opération " Enduring Freedom ", qui participent à la traque de Ben Laden. Statistiquement, d'ailleurs, ils ont une chance non négligeable, s'il est dans le secteur, de l'arrêter. Mais même cette relativement petite opération est rendue compliquée par l'engagement des troupes en Irak. Résultat : dans la pratique, il n'est absolument plus question d'envisager une opération contre l'Iran ou la Corée du Nord. Or, dans les négociations avec Téhéran sur la question de la prolifération nucléaire, il est très important de ne pas exclure l'option militaire. Si les Iraniens parviennent à la conclusion que cette menace est un sabre de bois, ce n'est pas bon pour nous. Je ne me réjouis donc pas du tout des difficultés rencontrées par les Américains en Irak !
T. H. - Ces difficultés peuvent-elles être affectées par la position de l'administration Bush sur le conflit israélo-palestinien ?
F. H. - La conférence de presse conjointe de George W. Bush aux côtés d'Ariel Sharon à la Maison-Blanche, en avril, sur le plan de retrait israélien de Gaza a été l'une des initiatives diplomatiques américaines les plus dommageables de ces soixante dernières années ! Le président américain a enterré la " feuille de route " sans coup férir en admettant que les faits accomplis sur le terrain devaient l'emporter sur la logique de négociation. Ce faisant, il a donné son feu vert à la poursuite de la colonisation. C'est très grave. Les Américains sont en train, s'ils n'y prêtent pas garde, de mettre en place les conditions du choc des civilisations annoncé par Samuel Huntington. Hosni Moubarak a lui-même évoqué récemment la montée sans précédent de la haine contre les États-Unis au Moyen-Orient ! Les Américains ont le pouvoir inverse du roi Midas qui transformait en or tout ce qu'il touchait. Quoi qu'ils fassent au Moyen-Orient, ils suscitent une levée de boucliers. Leur projet de " Grand Moyen-Orient " (6), tel qu'ils l'ont présenté, correspondait globalement aux deux rapports du PNUD sur le développement humain. Ces documents contiennent trois axes de recommandation principaux : la scolarisation, les droits des femmes et la gouvernance. Aujourd'hui, ces deux excellents rapports, beaucoup plus utiles que n'importe quel bruit de bottes, sont mort-nés. Leurs auteurs demandent même au président Bush, comme l'a rapporté le Financial Times, de ne pas les reprendre à son compte, de peur qu'il ne les discrédite...
T. H. - Pourtant, les Américains avaient aussi justifié leur intervention en Irak en affirmant qu'il s'agissait de faire bouger le Proche-Orient dirigé par des régimes non démocratiques...
F. H. - Le 24 juin 2002, Bush avait fait un discours sur la paix au Proche-Orient dans lequel il avait redonné de la vigueur à la feuille de route. Mais ces bonnes intentions n'ont pas été suivies d'effet. Pourquoi a-t-il tourné le dos à ses propres idées ? Si l'on est charitable, on dira qu'il voulait aider Ariel Sharon à réussir son retrait unilatéral de Gaza. Il n'était cependant pas obligé d'abandonner la feuille de route. Même les Israéliens n'en demandaient pas tant ! Selon moi, les motivations électorales expliquent partiellement ce changement de cap. Ce n'est pas tant, d'ailleurs, l'électorat juif qu'il veut ménager. Ce dernier est numériquement peu important, et il vote massivement démocrate. En outre, la communauté juive américaine n'est pas alignée uniformément sur les éléments les plus radicaux du Likoud ; elle est pluraliste et extrêmement diverse. C'est beaucoup plus les chrétiens fondamentalistes qui sont visés. Bien entendu, même si Bush les déçoit, ils ne vont pas voter pour Kerry ; mais ils sont capables de s'abstenir. Or le scrutin de novembre ne va pas se jouer sur le nombre d'indécis, qui reste très limité. Le pays est, en effet, extraordinairement polarisé : 45 % pour les démocrates, 45 % pour les républicains et 10 % qui hésitent... Le résultat dépendra donc de la capacité de mobilisation de chacun, avec une course moins vers le centre que vers les " extrêmes ". J'ajoute que le président Bush est intimement convaincu que ce qui se passe en Israël et en Palestine, en matière de terrorisme, s'apparente au combat des États-Unis contre Al-Qaïda.
T. H. - Les Américains ont-ils renoncé à rompre le statu quo au Proche-Orient ?
F. H. - Ils sont obligés d'y renoncer, car, encore une fois, ils n'ont pas les moyens de leur politique.
T. H. - La question des ADM (armes de destruction massive) va-t-elle avoir un impact sur l'issue de l'élection américaine ?
F. H. - Probablement moins qu'on ne le pense. L'argument des ADM a, certes, figuré dans le débat et dans la gestion de la crise irakienne avant la guerre ; mais Bush n'a jamais caché que son objectif principal était le renversement de Saddam Hussein. Dès 1998, sous Clinton, le Sénat avait voté le Iraq Liberation Act. Il n'y avait donc pas de tromperie sur cette marchandise-là. Les ADM venaient, en quelque sorte, conforter le discours de l'administration sur la nécessité d'un changement de régime en Irak. Dans les faits, l'administration Bush - le président en tête - s'est montrée plus prudente sur cette question que Tony Blair. Souvenez-vous : lorsque les Irakiens ont été accusés d'avoir cherché à se procurer de l'uranium au Niger, Bush a cité les renseignements... britanniques ! Bref, la question des ADM sera sans doute utilisée par les adversaires de la politique irakienne de Bush si la situation sur le terrain se détériore, mais en appui seulement. En revanche, chez leurs alliés, notamment britanniques, cette question était centrale. À tort ou à raison, Londres se sentait tenu d'être précis sur ce point. Aujourd'hui, Tony Blair a du mal à s'en remettre.
T. H. - Nous avons beaucoup parlé, depuis le début de notre entretien, des échecs américains en Irak. Mais le fait que le Pakistan ou l'Arabie saoudite aient engagé la lutte contre les affidés d'Al-Qaïda et que le colonel Kadhafi ait renoncé à l'arme nucléaire ne constituent-ils pas des points positifs à porter au crédit de la politique de l'administration Bush ?
F. H. - Ce que nous savons, c'est que depuis 1999 la Libye cherchait à se racheter une conduite. Nous l'avons vu avec le succès des négociations concernant le jugement des auteurs de l'attentat de Lockerbie. Les Libyens ont fini par céder aux exigences américano-britanniques en acceptant d'extrader leurs ressortissants. Ce tournant a ensuite été confirmé au lendemain des attentats du 11 septembre, Tripoli faisant savoir qu'il comptait participer pleinement à la lutte contre Al-Qaïda. Ce pays en a été récompensé puisque l'Union européenne et les États-Unis ont inscrit les groupes qui souhaitent renverser Kadhafi sur leur liste des organisations terroristes. Kadhafi aurait-il fait autre chose s'il n'y avait pas eu la guerre en Irak ? C'est difficile de l'affirmer catégoriquement. En tout cas, je le répète, il avait déjà amorcé son virage stratégique. J'ajoute que ce sont les Britanniques, et non pas les Américains, qui ont été en pointe dans ce dossier.
T. H. - Qu'en est-il du Pakistan ?
F. H. - Les Occidentaux ont besoin des Pakistanais dans leur lutte contre Al-Qaïda. C'est pourquoi ils n'ont pas pesé trop lourdement sur Pervez Moucharraf dans les affaires nucléaires, du moins jusqu'à ce qu'apparaisse en pleine lumière l'étendue des turpitudes des réseaux du Dr Khan, qui est au demeurant un véritable héros national dans son pays (7). Mais les connexions pakistano-nord-coréennes nouées dès 1994-1995 n'ont été connues que récemment. L'affaire des centrifugeuses nord-coréennes n'a été révélée qu'en octobre 2001. Quant aux aventures nucléaires des Pakistanais en Iran, elles n'ont été mises au jour - grâce au témoignage de dissidents iraniens - qu'en 2002. En ce qui concerne les liens d'Islamabad avec la Libye, il aura fallu attendre mars 2003. En définitive, Moucharraf a été pris avec la main dans le pot de confiture nucléaire dans trois pays particulièrement inquiétants. Personne n'a voulu l'humilier, mais des messages très clairs lui ont été envoyés. On ne l'a pas mis à l'index ; on lui a simplement demandé de changer d'attitude. Aujourd'hui, le Pakistan fait semblant de croire que Khan a agi tout seul. Et nous faisons tous semblant de croire ce que disent les Pakistanais.
T. H. - Quel est votre point de vue sur l'Arabie saoudite ?
F. H. - La guerre en Irak a incontestablement alimenté la résurgence d'Al-Qaïda en Arabie saoudite, avec des allers et retours d'activistes entre les deux pays. Une chose est sûre : la situation s'est sensiblement dégradée dans le royaume. Jusqu'en avril 2004, le gouvernement et la population feignaient de croire que les attaques d'Al-Qaïda visaient exclusivement les intérêts ou les ressortissants étrangers, même si des Saoudiens étaient tués au passage. Mais ils ne peuvent plus se voiler la face. L'attaque récente contre le siège central de la police saoudienne apparaît, en effet, comme un défi direct lancé au gouvernement de Riyad (8). Fallait-il que ses auteurs se sentent forts pour aller défier frontalement le pouvoir, alors même qu'ils venaient de subir un revers majeur avec la saisie de 4 tonnes d'explosif ! Vous savez, dans les Caraïbes, on intercepte chaque année un peu plus de cocaïne : ce n'est pas forcément le signe qu'on est en train de gagner la guerre contre le narco-trafic, mais plutôt que son volume est plus important que jamais. Je crains qu'il n'en soit de même pour le terrorisme en Arabie saoudite...
T. H. - L'intervention en Irak, loin d'avoir réduit la menace terroriste, comme le proclament Bush et son équipe, l'aurait-elle aggravée ?
F. H. - Le département d'État a récemment publié une étude selon laquelle le niveau des attaques terroristes en 2003 aurait été le plus faible depuis 1969. On peut toujours essayer de faire prendre des vessies pour des lanternes ! Il est vrai que, dans un pays où vous arrivez à convaincre plus de la moitié de la population que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 septembre, il peut être politiquement tentant de raconter n'importe quoi ! En réalité, on ne peut pas vivre indéfiniment en fabriquant de la fausse monnaie. L'affaire irakienne a été, malheureusement, une incitation terrible au développement du terrorisme. Le vivier de recrutement a été massivement élargi, les armes légères (lance-roquettes, missiles sol-air Sam 7) circulent librement. Plusieurs milliers de Sam 7 se baladent dans la nature en Irak. Savez-vous quel était leur cours au printemps 2004 ? Seulement 300 dollars l'unité ! Les Américains, qui offrent une prime de 500 dollars, en ont récupéré certains mais essentiellement ceux dont la date de péremption est largement dépassée... Ce qui permet ensuite aux réseaux terroristes d'acheter de nouvelles armes ! L'évolution en Irak est bien pire que tout ce que j'avais pu imaginer. Nous n'en sommes plus au simple échec d'une expérience de démocratisation qui aurait mal tourné. On assiste, en fait, à une généralisation de la violence, à la montée de l'antiaméricanisme militant et à la contamination entre l'Irak et ses voisins.
T. H. - Les attentats de Madrid du 11 mars 2004 ont frappé l'ensemble des opinions occidentales. Que pensez-vous de la décision prise par le nouveau premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, de retirer ses troupes d'Irak ? Est-ce une prime offerte à Al-Qaïda ?
F. H. - Ceux qui l'affirment prennent une lourde responsabilité. Ils tentent de généraliser une perception qui, précisément, est celle qu'Al-Qaïda voudrait nous voir adopter. En réalité, ils font le jeu des terroristes. Je suis très choqué de la façon dont Zapatero et l'électorat espagnol ont été traités par une bonne partie de la presse et de la classe politique américaines. Jusqu'à preuve du contraire, celui qui ne voulait pas regarder Al-Qaïda en face, ce n'était pas Zapatero mais bien Aznar ! Qui donc a fait adopter à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU la résolution la plus stupide de son histoire (9) - celle dans laquelle nous condamnons ETA ? Les bons esprits qui nous expliquent qu'Aznar était un dirigeant qui affrontait vigoureusement Al-Qaïda et que Zapatero s'est couché devant le terrorisme international feraient mieux de balayer devant leur propre porte " analytique " ! Sur le fond, Zapatero avait annoncé avant l'élection, dans le programme de son parti, ce qu'il allait faire. Et lorsqu'il a réaffirmé son intention de retirer les troupes espagnoles au 30 juin, les Américains auraient été mieux inspirés d'y voir l'application d'un engagement sans faire de lien avec l'attaque du 11 mars.
T. H. - Comment analysez-vous l'offre de l'organisation terroriste d'épargner l'Europe (10) ?
F. H. - Il était évident que cette prétendue proposition serait refusée en bloc et avec vigueur par tous les gouvernements européens, notamment par les autorités françaises. Nous sommes en effet visés à cause de la loi sur le voile et de l'activité très soutenue - souvent couronnée de succès - de nos services de renseignement. Paris a été parmi les premiers à rejeter cette énorme supercherie. Car cette proclamation avait surtout pour objectif de montrer aux affidés d'Al-Qaïda que les Européens, par leur refus, et les Américains sont tous des Juifs et des Croisés. C'est un rappel de la charte d'origine de 1998. Personnellement, je suis très inquiet quant à la possibilité d'un gros attentat en Europe, plus inquiet aujourd'hui que je ne l'étais il y a un an.
T. H. - Pourtant, les services de renseignement occidentaux ont remporté des victoires non négligeables dans la lutte contre Al-Qaïda...
F. H. - Absolument. Pour ma part, j'avais envisagé l'éventualité d'un attentat en Europe - je l'avais écrit le 4 février dans le quotidien suisse Le Temps. Mais je ne m'attendais pas au niveau de complexité de l'attentat de Madrid. Toutes les polices d'Europe sont aux trousses de ces types, et ils parviennent quand même à monter une opération de grande envergure ! Tout au long de la longue phase de préparation, qui a dû impliquer des dizaines de personnes, ils ont réussi à préserver la confidentialité de l'attentat. Aucun élément n'est parvenu à s'infiltrer et à faire remonter un indice significatif aux services de renseignement. C'est très impressionnant. Les organisateurs de l'attaque de Madrid n'ont pas eu à " déshabiller " le dispositif français, britannique ou allemand d'Al-Qaïda pour commettre leur forfait. Cette affaire a été gérée par les " ressources " espagnoles et marocaines de la nébuleuse Al-Qaïda. Depuis, les Anglais ont marqué des points en interceptant, le 30 mars, une camionnette contenant 700 kilos de nitrate d'ammonium dans la banlieue de Londres - une quantité qui aurait permis de commettre une attaque du type de celle d'Oklahoma City (11). Il n'en reste pas moins que l'on est probablement à la veille d'une opération majeure en Europe.
T. H. - Quel est l'état de nos préparatifs ?
F. H. - Il faut distinguer deux niveaux. Sur le plan du renseignement, de la sécurité et de l'action de la police, des efforts considérables ont été consentis. La coopération internationale s'est renforcée. Cela dit, rien ne permet de penser qu'une meilleure concertation entre les polices européennes aurait permis de déjouer l'attentat de Madrid. Certes, il a pu y avoir des défaillances : un certain nombre des personnes appréhendées par la suite avaient, dans le passé, été entendues par le juge Garzon ou par les services de sécurité - c'est notamment le cas de Zougam. Mais il reste à déterminer s'il aurait été possible à partir de là de faire avorter l'opération madrilène. En revanche, les choses ont tardé à évoluer dans le domaine des mécanismes d'habilitation des personnes travaillant en zone sensible. Un seul exemple : au lendemain du 11 septembre, on a recruté plusieurs milliers d'employés sur les plates-formes des aéroports de Paris sans qu'elles aient été systématiquement " criblées ". Sur la zone de Roissy, plusieurs dizaines de milliers de gens ont ainsi accès quotidiennement au tarmac. Or il n'est pas possible d'enquêter systématiquement sur ces personnels. Ce n'est pas simplement une question d'argent : une telle mission exige une organisation et du temps.
T. H. - Vous parliez d'un deuxième niveau...
F. H. - La deuxième ligne de défense consiste dans la capacité à gérer une crise terroriste et à en limiter les effets. Dans le jargon, on évoque la " gestion des conséquences ". Les autorités françaises, sous l'impulsion de l'ancien ministre de la Santé, Bernard Kouchner, ont mis en place le programme Biotox (12), qui est loin d'être négligeable. Mais c'est l'exception. La plupart des ministres de l'Intérieur de l'UE n'ont pratiquement pas de budget de " recherche et développement " en sécurité intérieure. Or nous avons impérativement besoin de disposer de bons réseaux de détection radiologique ainsi que de moyens d'identification biologique et chimique adéquats - qui plus est en nombre suffisant, disponibles au bon moment et au bon endroit. L'industrie doit les fabriquer. Dans le domaine militaire, cela se fait. Pas dans celui de la sécurité intérieure. Jusqu'au 11 septembre, il est vrai que la menace terroriste n'appelait pas de réponse technique, mais policière ou sécuritaire. Gérer la bande à Baader relevait du travail de la police, pas de la high-tech. Jusqu'à cette date, le terrorisme faisait relativement peu de victimes. Ce jour-là, on est passé à la destruction de masse. Ce nouveau défi requiert entre autres une réponse d'ordre technologique. Hélas, en France comme ailleurs en Europe, nous en sommes au stade de la réflexion plutôt qu'à celui des réalisations.
T. H. - Qu'en est-il à l'échelon européen ?
F. H. - Curieusement, le premier véritable programme a été lancé non pas par un État mais par la Commission européenne de Bruxelles. Cette instance a commencé à s'intéresser au sujet en mars 2003. J'ai moi-même participé aux débats d'un groupe de travail comprenant, outre des experts, des industriels et des parlementaires. Dès février, moins d'un an plus tard, elle a lancé ses premiers appels d'offres avec un budget limité de 15 millions d'euros. Mais la Commission s'est fixé pour objectif de dépasser, à l'horizon de 2007, un milliard d'euros par an de contribution. Par comparaison, aux États-Unis, le Homeland Security Department dispose déjà de 2 milliards de dollars pour la recherche et développement. À la lumière de cette expérience, j'incite les autorités françaises à mettre en route le même genre de programme au plus vite.
T. H. - L'élargissement de l'UE va-t-il avoir un impact - positif ou négatif - sur la coopération entre services ?
F. H. - Sur le plan opérationnel, il aura un impact positif mais pas majeur. L'entrée des Dix dans l'espace Schengen les conduira à mettre à niveau leurs polices des frontières et, plus généralement, leurs forces de sécurité. La Pologne est plutôt bien dotée en la matière, ce qui est bénéfique pour tous les membres - même si les terroristes n'ont pas forcément besoin de traverser les frontières pour passer à l'action. Certains prétendent qu'il est impossible de partager le renseignement à vingt-cinq. Ce n'est pas faux : comme le rappelle la sagesse populaire, un secret, c'est quelque chose qui se répète à une personne à la fois. Mais ce type d'observation, qui a fait florès ces derniers mois, est étrange : n'était-il pas tout aussi valable pour les Quinze ? En fait, la coordination est fonction du niveau de confiance professionnelle entre des pays qui sont amenés à entrer en contact fréquent. Cela se fait le plus souvent à l'échelon bilatéral ou en " multi-bilatéral " (la France avec le Royaume-Uni, le Royaume-Uni avec les États-Unis, les États-Unis avec l'Allemagne, l'Allemagne avec la France...). Il est évident qu'on ne s'assied pas autour d'une table à vingt-cinq pour échanger des données !
T. H. - Face au risque de choc des civilisations que vous évoquiez tout à l'heure, ne serait-il pas pertinent d'arrimer la Turquie à l'Europe ?
F. H. - J'y suis favorable. Les Turcs savent très bien qu'il leur faudra des années et des années de négociations, puis des années et des années de transition, avant qu'ils ne fassent leur entrée dans l'UE. Pas moins d'une quinzaine. Il serait néanmoins judicieux d'annoncer avant la fin 2004 une date pour l'ouverture des négociations, d'ici un ou deux ans. Une telle annonce favoriserait l'application par la Turquie d'un certain nombre de réformes en matière de droits de l'homme et de liberté d'expression culturelle. Les Turcs savent pertinemment qu'ils ont intérêt à ce que les négociations avec Bruxelles se déroulent dans la durée. Car les décalages entre Istanbul, Ankara ou Izmir et les régions de l'Anatolie orientale sont colossaux. Dans l'intervalle, nous devrions traiter cet État comme un vrai partenaire, notamment dans le domaine de la politique de défense et de sécurité commune.
T. H. - Que vous inspirent les nombreux débats que suscite en France la question turque ?
F. H. - L'adhésion turque est très impopulaire en France et chez les chrétiens-démocrates en Allemagne. Pourtant, la Turquie apporterait du dynamisme à une Union qui en a bien besoin. Sur le plan démographique, ce pays est encore sur la lancée du baby-boom. Dans une vingtaine d'années, les Turcs seront 100 millions au sein d'une Union qui comptera 600 millions d'habitants. Si l'on ne peut pas faire fonctionner l'Union avec un pays qui représente un sixième du total, j'aimerais qu'on m'explique comment nous avons fonctionné jusqu'à présent avec une Allemagne peuplée de 80 millions de personnes, soit un cinquième du total de l'Europe à quinze ! Par ailleurs, les rapports entre la Mosquée et l'État en Turquie sont beaucoup plus proches du modèle français que du modèle de certains États de l'Union. La Turquie est dans l'Otan ; elle doit être dans l'Union européenne. Il n'y a pas d'équivalence entre les deux, mais, sur le plan stratégique, il serait intelligent de l'intégrer au sein de l'UE. Je dirais même que ce serait plus pertinent que d'avoir ouvert la porte, en 1993, à certains États du nord de l'Europe sans avoir exigé d'eux auparavant l'abandon de leur neutralité. Cette décision a été un facteur de désordre dans le processus de construction d'une politique de défense commune. Le Moyen-Orient est à nos portes, et que ces portes soient gardées par le truchement de nos amis turcs serait une bonne chose.
T. H. - Dans quel état se trouve, selon vous, le lien transatlantique ?
F. H. - En cas de réélection de George W. Bush, l'approche américaine ne changera pas : la mission déterminera la coalition. L'alliance permanente a cessé d'exister. Bien sûr, nous travaillons ensemble face au terrorisme, notre ennemi commun. Mais cette coopération fonctionne selon la logique du " concert des nations " du XIXe siècle. Le principe du " tous pour un, un pour tous " appartient désormais au passé, et l'administration Bush y aura largement contribué. Si Kerry est élu, l'administration considérera ses partenaires comme faisant partie de la solution plutôt que du problème. On pourra au moins amorcer la discussion sur la redéfinition du partenariat transatlantique. Que nous manque-t-il actuellement ? L'Otan continue d'exister, sans avoir de rôle déterminant : en Afghanistan, en Bosnie ou au Kosovo, elle fait ce que l'ONU faisait en Namibie, au Cambodge et au Mozambique. Son rôle est positif, mais cela ne suffit pas à forger une communauté de destin. Les relations entre les États-Unis et l'UE sont soit sectorielles (commerciales), soit traitées dans le cadre de sommets annuels qui ne sont pas préparés de manière intensive et pour lesquels il n'y a pas de suivi. C'est une grosse lacune qu'il faudrait combler.
T. H. - Quels facteurs pourraient inciter l'Europe et l'Amérique à travailler davantage ensemble ?
F. H. - Sans doute la nécessité de gérer ensemble l'impact que certains problèmes peuvent avoir sur nos relations futures. Prenons un exemple : les États-Unis ont des intérêts stratégiques vitaux en Chine. Or tel n'est pas le cas pour les Européens. Cette asymétrie des enjeux crée sur ce point un risque réel de tensions transatlantiques qu'il conviendrait de désamorcer dès à présent. Avec la gestion des problèmes du Moyen-Orient, c'est sans doute le défi stratégique le plus redoutable des vingt prochaines années. Dans un premier temps, attendons de voir qui l'emportera en novembre à Washington.
T. H. - Tout au long de notre entretien, vous avez paru souvent en colère contre ce pays que vous aimez tant et que vous connaissez si bien : les États-Unis...
F. H. - C'est vrai. Je ne peux m'empêcher de me dire : " Quel gâchis ! " Soixante ans de passé commun et d'investissements mutuels en voie de liquidation avancée... Mais, heureusement, l'histoire n'est pas finie !

Notes :

(1) Bob Woodward, Bush s'en va-t-en guerre, Folio documents, 2004.
(2) Fin avril, les médias américains ont publié des photographies montrant les sévices infligés par des soldats américains dans la prison d'Abou Ghraib, dans la banlieue de Bagdad. À la suite du tollé suscité par ces images reprises par la presse du monde entier, les soldats impliqués dans cette affaire devaient être jugés par une cour martiale.
(3) La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo est sorti sur les écrans en 1965, mais le film est resté interdit en France jusqu'en 1971. Il a été projeté en 2003 au Pentagone.
(4) Ancien conseiller du président George W. Bush pour les questions de terrorisme, Richard Clarke a démissionné en 2001, avant de publier un livre au vitriol sur la politique de l'administration Bush en matière de lutte antiterroriste : Contre tous les ennemis, Albin Michel, 2004.
(5) Au Timor oriental, à la suite du retrait des forces indonésiennes en 1999, une force multinationale dirigée par l'Australie a permis de rétablir l'ordre, tandis que les Nations unies administraient le pays jusqu'à la proclamation de l'indépendance de cette ancienne colonie portugaise en mai 2002.
(6) Le projet américain de " Grand Moyen-Orient " consiste à définir, avec les alliés européens et les partenaires du G8, une stratégie globale susceptible de favoriser un cercle vertueux dans une région allant " du Maroc à l'Afghanistan ".
(7) Considéré comme le " père " de la bombe atomique pakistanaise, le Dr Abdul Qadeer Khan a accepté d'assumer seul, le 4 février 2004, la responsabilité des fuites de technologie nucléaire au profit de l'Iran, de la Corée du Nord et de la Libye, pendant une quinzaine d'années. Abdul Qadeer Khan a été relevé de toutes ses fonctions. Il est assigné à résidence dans sa maison de fonction à Islamabad.
(8) Une voiture piégée a explosé le 21 avril 2004 devant le quartier général des forces de sécurité à Riyad, faisant au moins 4 morts et 148 blessés, selon un bilan officiel. Cet attentat a été revendiqué par les Brigades des Haramaïn. Un site Internet a publié le 22 avril un communiqué de ce groupe lié au réseau terroriste Al-Qaïda.
(9) Le 12 mars, le Conseil de sécurité a voté à l'unanimité une résolution condamnant les attentats de Madrid et désignant l'ETA comme son auteur.
(10) Al-Qaïda a proposé aux Européens de sanctuariser leurs pays en se désolidarisant des États-Unis.
(11) Le 19 avril 1995, un attentat avait détruit la totalité d'un immeuble à Oklahoma City, faisant 168 victimes. Ancien soldat de la guerre du Golfe, Timothy Mac Veigh, son auteur, a été condamné à mort et exécuté en juin 2001.
(12) Depuis le début des années 1990, le plan Vigipirate comporte un volet spécialisé destiné à la prévention et à la protection contre le terrorisme biologique et chimique connu sous le nom de " Piratox ". En 1999, un plan plus spécifique concernant le risque biologique, le plan " Biotox ", a été développé conjointement par les ministères de l'Intérieur, de la Défense et de la Santé. Il prévoit, en particulier, une étroite coopération entre les moyens civils et militaires en matière de risque biologique.