Politique Internationale - La Revue n°104 - ÉTÉ - 2004

sommaire du n° 104
Démocratie à Taiwan, dictature à Pékin
Article de Pierre Bailet
Sinologue et journaliste indépendant
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Notes :

(1) En 1911, à la faveur d'une révolte dans une garnison de Wuhan, Yuan Shikai, le vice-roi du Hunan et du Hubei, fait route vers Pékin et recueille de l'Impératrice douairière Long Yu l'abdication du " dernier Empereur ". Sun Yat-Sen, le chef du parti révolutionnaire clandestin Kuomintang, (Parti nationaliste), est élu par les siens président de la " République de Chine ". S'ensuit une période d'extrême confusion politique où des " seigneurs de la guerre " se partagent la Chine. La République n'existe, en réalité, que dans quelques villes. Le " Père de la nation " meurt en 1924 et son beau frère Tchang Kai-Shek lui succède. C'en est fini des orientations démocratiques du Kuomintang, qui se fascise sous l'impulsion de son nouveau maître. Il parviendra peu ou prou à réunifier une partie du territoire chinois, malgré les concessions internationales, l'invasion japonaise et la guerre civile contre les communistes. Tour à tour allié et ennemi de ces derniers, Tchang Kai-Shek perdra finalement la guerre civile et se réfugiera à Taiwan en 1949.
(2) L'île doit son nom aux Portugais qui la découvrirent en 1544 lorsqu'elle était encore recouverte de jungle et essentiellement peuplée par des aborigènes coupeurs de tête du groupe ethnique austro-mélanésien. Frappés par la beauté de ses paysages, les navigateurs la nommèrent l'ilha formosa, l'île belle. Le nom de Taiwan lui vint des marins chinois et signifie " les terrasses et les criques ".
(3) L'ère impériale Meiji (1868-1912) sonna le glas du pouvoir des Shogun et présida à la naissance d'un État japonais moderne. Le pays s'engagea dans une révolution industrielle massive et instaura un État de droit basé sur un code civil adapté du Code Napoléon et sur un parlementarisme soumis à l'arbitrage impérial calqué sur le modèle de la Diète allemande mise en place par Bismarck.
(4) Le président chinois Sun Yat-Sen, aux idées socialisantes, sensible à l'acte de justice de l'URSS qui restitua Port Arthur (l'actuelle Da Lian) à la Chine, se tourna vers Lénine. Résultat : le Kuomintang fut admis en 1919 au sein du Komintern qui devait en former les cadres.
À partir de 1921, les membres du Parti communiste chinois furent contraints par le Komintern d'adhérer au KMT. Les envoyés du Komintern en Chine formèrent les cadres de ces deux partis à l'organisation et à l'action politique et militaire. Dans le même temps, des membres du KMT et du PCC partaient pour Moscou afin d'étudier dans les universités kominterniennes. À la mort de Sun Yat-Sen, en 1924, le KMT se fascisa progressivement sous l'impulsion de Tchang Kai-Shek. La rupture entre le KMT et le Komintern correspondit à la rupture entre le PCC et le KMT, en 1927, à la suite de l'épisode sanglant que Malraux relate dans La Condition humaine.
(5) À partir de la fin des années 1970, la condition paysanne s'améliora quelque peu avec le démantèlement des communes populaires. Mais, dès la deuxième moitié des années 1980, la tendance s'inversa à nouveau. Pendant dix ans, l'inflation fit rage et le prix des biens de première nécessité, comme le charbon, les médicaments ou l'éducation, augmenta de 1 500 %. Ces biens devinrent hors de prix pour les paysans. En effet, dans le même temps, les revenus des paysans ne firent guère que tripler car le prix des céréales et des oléagineux restait contrôlé par l'État. Il s'ensuivit une déscolarisation paysanne massive qui suscita un boom de l'analphabétisme. L'augmentation des frais médicaux provoqua une généralisation de la morbidité. La mortalité infantile corollaire d'une baisse de l'espérance de vie fit un bond en avant, les endémies et les épidémies se généralisèrent. D'autre part, le dégraissage de l'administration rurale suscita l'apparition d'une mafia d'anciens fonctionnaires regroupés autour des chefs locaux du Parti qui soumirent ces paysans à une kyrielle de taxes en tout genre. Ces excès donnèrent lieu à une multitude de révoltes sporadiques brutalement réprimées.
(6) Selon Frank Lu, directeur du Centre d'information sur les droits de l'homme et la démocratie en Chine, 300 personnes sur les 15 000 intellectuels et ouvriers qui furent, à travers le pays, emprisonnés ou envoyés en camp de travail, sont toujours détenues. Ceux qui ont été libérés mènent souvent une existence difficile de parias.
On ignore toujours combien la répression fit de victimes. Il reste que les sources officielles ne firent pratiquement pas état de blessés civils, ce qui nous renseigne sur la férocité avec laquelle l'affaire fut menée.