Politique Internationale - La Revue n°108 - ÉTÉ - 2005

sommaire du n° 108
Côte d'Ivoire : la voix des rebelles
Entretien avec Guillaume Soro
Secrétaire général des Forces nouvelles (Côte d'Ivoire)
conduit par
Bertrand de Lesquen
Journaliste indépendant
en français
in english
en español
en français

Guillaume Soro est le chef de la rébellion armée qui a tenté, le 19 septembre 2002, de renverser le président ivoirien Laurent Gbagbo. L'échec de la prise d'Abidjan et le repli des rebelles sur la ville de Bouaké ont consacré la division du pays en deux parties. Les rebelles occupent ainsi, depuis près de trois ans, 60 % du territoire au nord d'une zone dite " de confiance " dans laquelle évoluent les Casques bleus de l'Onuci (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) et les soldats français de l'opération Licorne. Les accords de Marcoussis, signés le 24 janvier 2003 et confortés, en avril 2005, par les accords de Pretoria, ont arrêté les termes d'un processus de paix qui doit conduire à l'organisation d'une élection présidentielle en octobre 2005. Ils prévoient, en particulier, le désarmement des parties au conflit et l'établissement de listes électorales validées par la communauté internationale.
La rébellion de septembre 2002 est une nouvelle illustration de l'instabilité qui marque la Côte d'Ivoire depuis la mort du président Houphouët-Boigny, le 7 décembre 1993. Conformément à la Constitution, Henri Konan Bédié, jusqu'alors président de l'Assemblée nationale, prend la suite du vieux chef d'État ivoirien. Il est élu président de la République, le 22 octobre 1995, avec 96,44 % des suffrages devant le seul candidat n'ayant pas boycotté l'élection, Francis Wodié, du Parti ivoirien des travailleurs (PIT).
Le 24 décembre 1999, il est renversé par un coup d'État militaire qui porte au pouvoir le général Robert Guéi, ancien chef d'état-major des armées de 1990 à 1995, qui avait été écarté de l'armée en 1996. Henri Konan Bédié doit quitter le pays sous la protection de l'armée française.
Le 23 juillet 2000, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Elle contient le principe d'" ivoirité ", qui dispose que tout candidat à l'élection présidentielle " doit être ivoirien, de père et de mère eux-mêmes ivoiriens et qu'il ne doit pas s'être prévalu d'une autre nationalité ". Le 22 octobre 2000, à l'issue d'un scrutin présidentiel controversé, marqué par une forte abstention - due, notamment, à l'invalidation par la Cour suprême pour " nationalité ivoirienne douteuse " de la candidature d'Alassane Ouattara, ancien premier ministre d'Houphouët-Boigny -, Robert Gueï s'autoproclame président. Le soulèvement des partisans de Laurent Gbagbo, principal candidat à l'élection, auquel s'est jointe une partie de l'armée, aboutit à la reconnaissance de sa victoire par la commission électorale. Investi le 26 octobre 2000, Gbagbo réprime violemment les manifestations de l'opposition emmenée par Alassane Ouattara, qui appelle à de nouvelles élections. Il remporte avec son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), les élections législatives organisées au mois de décembre suivant.
Ancien leader étudiant, Guillaume Soro est l'un des principaux opposants au président Gbagbo depuis l'engagement de ce dernier en faveur du concept d'ivoirité. Il est, à seulement 33 ans, le secrétaire général des Forces nouvelles (1) qui occupent et administrent depuis septembre 2002 le nord du pays, et l'un des principaux acteurs de la crise ivoirienne.

Notes :

(1) Les Forces nouvelles sont constituées de trois partis : le Mouvement patriotique de la Côte d'Ivoire (MPCI) ; le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) ; et le Mouvement pour la justice et la paix (MJP).
(2) Né le 1er janvier 1942 à Dimbroko, près de Yamoussoukro, dans le centre de la Côte d'Ivoire, Alassane Dramane Ouattara (surnommé " ADO ") est le fils d'un ancien chef traditionnel de la Haute-Volta, un territoire intégré à la Côte d'Ivoire entre 1932 et 1947 et qui constitue de nos jours le Burkina Faso - un élément brandi par ses adversaires pour lui dénier le droit de se présenter aux élections ivoiriennes.
(3) Musulmans originaires du nord de la Côte d'Ivoire ou de pays voisins.
(4) L'accord de Marcoussis a prévu la constitution d'un gouvernement de réconciliation nationale chargé, d'une part, de préparer les prochaines échéances électorales afin que se tiennent des élections crédibles et transparentes et, d'autre part, d'appliquer le programme défini lors des négociations visant à assurer la paix, la stabilité et le redressement du pays.
Selon cet accord, le gouvernement de réconciliation nationale est dirigé par un premier ministre de consensus doté de pouvoirs exécutifs renforcés. Ce premier ministre est appelé à rester en poste jusqu'à la prochaine élection présidentielle à laquelle il ne pourra se présenter. La tâche de former le gouvernement incombe au premier ministre de réconciliation, en concertation avec le chef de l'État et conformément au principe d'" équilibre " requis par l'accord. Ce rôle a été confié à Seydou Diarra, un homme de compromis, musulman originaire du nord du pays, qui avait déjà été premier ministre de décembre 1999 à octobre 2000, lorsque le général Gueï était au pouvoir. M. Diarra est âgé de 70 ans.