Politique Internationale - La Revue n°90 - HIVER - 2001

sommaire du n° 90
SERBIE: QUESTIONS SUR UNE REDEMPTION
Article de Paul Garde
Slavisant et linguiste
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En esta entrevista, el más eminente de los analistas franceses de los Balcanes se esfuerza en descodificar el significado profundo de los últimos sobresaltos políticos que han agitado la región, comenzando por la caída de Milosevic. Paul Garde no deja en el tintero ninguno de los temas actuales, desde las posibilidades de un resurgimiento de una nueva Yugoslavia, hasta la evolución de Croacia bajo las órdenes del presidente Mesic, pasando por el futuro del Kosovo. Pero, a su parecer, Serbia sigue siendo indiscutiblemente el problema N°1 de los Balcanes, pues ocupa una posición estratégica en el centro de la península, es un país potencialmente rico, pese a las huellas que han dejado los bombardeos de la OTAN, dispone de numerosas fronteras, casi todas en conflicto con sus vecinos y, por último, conserva un gran complejo de superioridad debido a su posición dominante en la antigua Yugoslavia. Asimismo, Paul Garde desea también transmitir un mensaje de lucidez a los dirigentes occidentales. La caída del antiguo dictador sólo resuelve una parte de la ecuación serbia. Nada garantiza que el nuevo presidente, Vojislav Kostunica, pueda hacer frente pacíficamente a todos los retos que esperan a su país.

Notes :

(1) SPS (Socialisticka Partija Srbije : Parti socialiste de Serbie), nouveau nom, depuis 1990, de l'ex-Ligue des Communistes de Serbie (parti communiste). Le Parti est présidé — avant comme après ce changement d'appellation — par Slobodan Milosevic. La JUL (Jugoslovesnka Ujedinjena Levica : Gauche yougoslave unie) est un petit parti fondé par Mira Markovic, épouse de Slobodan Milosevic. Il regroupe les nostalgiques du régime communiste ancien, notamment des militaires.
(2) Célèbre écrivain serbe, premier président de la RFY en 1992-1993, parfois appelé « le père de la patrie » parce qu'il a défendu des positions nationalistes serbes dès l'époque de Tito. Proche du leader yougoslave à l'origine, il a rompu avec lui en 1968, lui reprochant d'accorder une trop grande autonomie au Kosovo (voir son livre d'entretiens : Un homme dans son époque, Lausanne, L'Age d'homme, 1991)…
(3) Voir : Vladimir Claude Fisera, « Après la chute de Milosevic, ruptures et réajustements », Diagonales Est-Ouest, no 67 (octobre-novembre 2000), p. 8.
(4) Sur les principaux partis politiques serbes, voir Paul Garde : « La Nébuleuse serbe », Politique Internationale, no 63, printemps 1994, pp. 217-256, et Robert Thomas, Serbia under Milosevic. Politics in the 1990s, Londres, Hurst, 1999.
(5) Notons, cependant, qu'un autre chef de milices, Mirko Jovic, avec son groupuscule le SNO (Stranka Narodne Obnove : Parti du renouveau national), est inclus dans la coalition.
(6) Par scission de l'ancien Parti démocrate, dont il a conservé les éléments les plus « patriotes », d'où le nom choisi : « Parti démocrate de Serbie ».
(7) Le DS et le DSS ont obtenu un nombre égal de sièges aux élections de décembre 2000 en Serbie — soit 45 chacun (sur les 176 totalisés par la coalition et les 250 que compte l'Assemblée).
(8) NIN, 28 juin 1995, cité par Robert Thomas, op. cit., p. 36.
(9) « Peripheralising developments in Yugoslav federalism », expression employée par Vojislav Kostunica — « The Constitution and the Federal States », in Dennison Rusinow (ed.), A Fractured Federalism, Washington, Wilson Center Press, 1988, cité par Robert Thomas, op. cit., p. 36.
(10) A ses yeux, le rejet de ce plan était « une décision rationnelle », et son acceptation par Milosevic, ainsi que les pressions exercées par ce dernier pour le faire signer par les Serbes de Bosnie, représentaient « un mode d'action communiste typique » (Vreme, 10 mai 1993, cité par Robert Thomas, op cit., p. 151). On sait que le plan fut finalement rejeté par le Parlement de la RS.
(11) Ibid., p. 216. Ce plan, présenté en 1994 par cinq grandes puissances (Allemagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie), et accepté par tous les belligérants, sauf les Serbes de Bosnie, fut à la base de l'accord de Dayton imposé par la force l'année suivante.
(12) Voir l'interview de V. Kostunica à Koha Ditore, 22 novembre 2000 (traduction anglaise publiée par UNMIK, Media monitoring, à la même date).
(13) Jusqu'aux élections de décembre 2000, il y a eu provisoirement, pour chaque département ministériel du gouvernement serbe, trois co-ministres : un du DOS de Kostunica, un du SPS de Milosevic et un du SPO de Draskovic.
(14) On en trouve une liste impressionnante dans Filip Svarm et alii, « Orman pun kostura » (Un placard plein de squelettes), Vreme, 9 novembre 2000, pp. 6-10.
(15) « Il a de nombreuses relations dans le milieu... Ce sont des gens qu'il s'est attachés par les services qu'il leur a rendus, ou par son influence professionnelle. Plusieurs d'entre eux sont déjà venus le voir et lui ont dit : “Chef, dis-nous simplement à qui nous devons faire son affaire, et nous règlerons la question tout de suite” » (Rapport des trois ministres de l'Intérieur, cité par Vreme, 9 novembre 2000, art. cit., p. 6).
(16) Comment ne pas remarquer que ce combat s'est joué à fronts renversés ? C'est le gouvernement serbe multicolore, mais encore présidé par un communiste, qui voulait la tête du chef des services secrets, et c'est le président fédéral démocrate qui a pris sa défense.
(17) Le Monde, 17 novembre 2000.
(18) Vreme, 30 novembre 2000.
(19) Florence Hartmann, Milosevic. La diagonale du fou, Denoël, 1999.
(20) En 1998 (donc avant la guerre du Kosovo), seules l'Albanie et la Bosnie avaient un PIB par habitant inférieur à celui de la RFY ; et seule la Bosnie avait un taux de chômage plus élevé. Cf. E. Lhomel (éd.), L'Europe centrale et orientale. Dix ans de transformation (1989-1999), La Documentation française, 2000, pp. 332-333.
(21) En y incluant la Voïvodine, où la population serbe est majoritaire et les tendances séparatistes faibles.
(22) Le SNP (Socialisticka Narodna Partija : Parti socialiste du peuple) est issu d'une scission de l'ancien parti communiste monténégrin ; il regroupe les éléments pro-serbes et favorables à Milosevic. Ce dernier avait, lui aussi, choisi son premier ministre dans ce même parti. Il s'agissait de Momir Bulatovic, ancien président du Monténégro, battu par Djukanovic aux élections de 1997.
(23) En 1992, on a même vu la police serbe opérer une descente dans les locaux fédéraux pour y récupérer des documents secrets.
(24) On se souviendra qu'en 1992 et 1993 Milosevic, alors président de la Serbie, avait réussi à éliminer successivement Milan Panic, puis Dobrica Cosic, respectivement premier ministre et président de la Fédération. On doit aussi signaler ce paradoxe : les accords de Dayton portent la signature de Milosevic au nom de la RFY, alors qu'à cette époque (1995) il n'était président que de la Serbie.
(25) Le Mémorandum de l'Académie serbe des Sciences et des Arts, rédigé en 1986, a été la première critique en règle du fédéralisme yougoslave du point de vue des intérêts nationaux serbes. Traduction française dans Mirko Grmek, Marc Gjidara, Neven Simac, Le Nettoyage ethnique. Documents historiques sur une idéologie serbe, Fayard, 1993, pp. 236-269.
(26) Cf. Paul Garde, « La France et le Tribunal pénal international », Politique Internationale, no 79, printemps 1998, pp. 289-304, et Pierre Hazan, La justice face à la guerre. De Nuremberg à La Haye, Stock, 2000.
(27) Voir : Monitor, 3 novembre 2000, reproduit dans Courrier des Balkans, à la même date. Ce sondage est donc postérieur à l'avènement de Kostunica.
(28) La première Yougoslavie, ce fut la monarchie unitaire (1918-1941). La deuxième fut la fédération à six républiques créée par Tito (1945-1991). La troisième, c'est la RFY, fédération à deux républiques (Serbie et Monténégro), créée en 1992 à l'instigation de Milosevic. Le Monténégro n'en reconnaît plus la légitimité. Il refuse donc de négocier avec les autorités issues de cette réforme et, d'abord, avec le président fédéral Kostunica. Pour la même raison, et très logiquement, Djukanovic a marqué son désaccord avec l'admission de le RFY à l'ONU.
(29) Rappelons que la devise allemande est déjà utilisée dans toute l'ex-Yougoslavie comme unité de compte, et qu'elle a cours légal non seulement au Kosovo, mais aussi en Bosnie et au Monténégro.
(30) VMRO : Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne. Ce parti a repris le nom historique du mouvement révolutionnaire contre la Turquie au début du siècle. DPA : Parti démocratique des Albanais, né de la scission, en 1995, d'un parti albanais plus modéré.
(31) Utrinski vesnik (Skopje), 18 mai 2000.
(32) Les rues, places et avenues « Maréchal Tito » subsistent en Slovénie, Croatie, Bosnie, Macédoine ; elles n'ont été systématiquement débaptisées qu'en Serbie. Sur la détestation dont fait l'objet le personnage de Tito en Serbie, voir le film d'Emir Kusturica Underground.
(33) Stipe Mesic, Kako smo srusili Jugoslaviju. Politicki memoari, Zagreb, Globus International, 1992.
(34) On remarquera que cette décision annulerait les effets du coup d'État de 1929, par lequel le roi Alexandre, tout en instaurant sa dictature, a rebaptisé le « royaume des Serbes, Croates et Slovènes » du nom de « Royaume de Yougoslavie ».
(35) Rappelons que la Norvège et l'Islande sont dans l'Otan, mais n'appartiennent ni à l'UE ni à la zone euro ; la Finlande a intégré l'UE et l'euro, mais pas l'Otan ; la Suède est membre de l'UE, mais pas de l'Otan ni de l'euro ; et le Danemark appartient à l'UE et l'Otan, mais pas à l'espace euro.
(36) Depuis 1918, les Croates et les autres peuples non serbes n'ont jamais cessé de dénoncer l'« unitarisme » serbe en Yougoslavie ; depuis 1990 les Serbes leur rendent la pareille en dénonçant l'« unitarisme » musulman en Bosnie.
(37) Dans la terminologie officielle actuelle, le terme de Bosniaques (en serbo-croate Bosnjaci, en anglais Bosniaks) désigne les populations de tradition musulmane (anciennement appelés Musulmans avec une majuscule). Pour désigner l'ensemble des habitants de la Bosnie, nous dirons Bosniens (Bosanci, Bosnians).
(38) Nous laissons de côté leur prédécesseur, le Suédois Carl Bildt qui, de 1995 à 1997, a conduit une politique d'inertie.
(39) Brcko, ville jadis à majorité musulmane, a été occupée, « nettoyée » et repeuplée par les Serbes en 1992. A Dayton, son sort a été laissé en suspens, mais, par un arbitrage international rendu en 1998, elle a été placée en dehors des entités et sous administration mixte. Or cette ville est le seul point de passage entre les parties est (Pale) et ouest (Banja Luka) de la RS.
Pour aller de Sarajevo à Gorazde (deux villes de la fédération), la seule route existante traverse la RS. L'accord de Dayton a attribué à la fédération une bande de terrain sinueuse et escarpée à travers de hautes montagnes pour y construire une route directe reliant les deux villes, mais ce projet n'a pas été réalisé.
Ces deux décisions n'ont de sens que si l'on suppose une Bosnie unie, où les limites entre entités ne font pas obstacle à la libre circulation.
(40) Courrier des Balkans, 6 décembre 2000.
(41) Pour la Bosnie, on ne peut que souscrire aux propos de Nikola Kovac (Le Monde, 16 novembre 2000) : « La communauté internationale (...) a commis l'erreur de ne jamais exprimer l'idée que les accords de Dayton étaient évolutifs. Son objectif n'était pas de figer les entités. La Bosnie-Herzégovine ne pourra pas être souveraine et unie tant que subsisteront des frontières ethniques intérieures. Dayton était un compromis destiné à obtenir un arrêt des combats. » Nikola Kovac, Serbe de Bosnie, a été ambassadeur de Bosnie à Paris de 1995 à 1999, représentant du gouvernement légitime d'Alija Izetbegovic. Voir son livre : Bosnie. Le prix de la paix, Michalon, 1995.