Politique Internationale - La Revue n°90 - HIVER - 2001

sommaire du n° 90
L'APRES-INTIFADA
Entretien avec Fayçal HUSSEINI
Membre du comité exécutif de l’OLP
conduit par
Hacène BELMESSOUS
Journaliste à la revue Urbanisme.
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Hacène Belmessous - Malgré les efforts de la diplomatie américaine, la tension entre Israéliens et Palestiniens n'est pas encore retombée. Le plan Clinton était-il viable ?

Fayçal Husseini - Les propositions de Bill Clinton étaient floues et demandaient un certain nombre d'éclaircissements. Prenez, par exemple, la question de la superficie de notre futur État. Le plan Clinton nous attribuait 96 % des territoires. Mais qu'en est-il des 4 % restants et que représentent-ils ? Faut-il admettre que les colonies israéliennes sont pérennes alors qu'elles n'ont aucune légalité ? Je pense aussi au problème des réfugiés dont le droit au retour est, pour nous, un droit vital. Ces questions sont trop importantes aux yeux des dirigeants palestiniens pour qu'on les inclue dans un accord bâclé, imparfait et inconséquent. D'autant que, quand bien même nous accepterions de signer un nouvel accord cadre avec Israël, qui nous garantira son application ? N'oubliez pas que des élections auront lieu le 6 février prochain en Israël et que nous ne connaissons pas encore les intentions de George W. Bush.

H. B. - En attendant ces échéances, je vous propose de revenir sur les événements de ces derniers mois. Depuis le 28 septembre dernier, Israéliens et Palestiniens règlent à nouveau leurs différends par pierres et balles interposées. Comment en est-on arrivé là alors que, quelques semaines plus tôt à Camp David, les deux protagonistes discutaient encore des moyens de faire évoluer le processus de paix (1) ?

F. H. - Il faut regarder la réalité en face : à l'heure où cette nouvelle révolte a éclaté, il n'y avait aucune solution en vue pour sortir de ce conflit. Depuis la signature des accords d'Oslo, les conditions de vie des Palestiniens se sont terriblement dégradées. Les communications entre la Cisjordanie et Gaza sont toujours coupées. Les Israéliens ont fortement réduit notre liberté de mouvement et n'ont jamais cessé de s'approprier des terres palestiniennes pour y implanter leurs colonies. Ils ont confisqué les cartes d'identité des résidents palestiniens et interdit les rassemblements familiaux. Les affrontements actuels sont donc l'expression d'un ras-le-bol vis-à-vis d'un État qui nous a poussés à bout, allant même, ces derniers mois, jusqu'à chercher à défigurer la nature de notre lutte — une lutte avant tout politique — pour en faire une bataille religieuse. La visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées (2) est l'ultime goutte qui a fait déborder le vase. Comment ne pas reprendre les armes après sept années de frustration et de désespoir ?

H. B. - La reprise brutale des violences ne vous a donc pas pris de court…

F. H. - J'ai plutôt été étonné que cette explosion ait lieu si tard ! J'avais fait savoir, dès 1995, peu de temps avant la signature d'un nouvel accord à Washington (3), qu'une nouvelle Intifada se préparait. Déjà à cette époque, et bien que les accords d'Oslo n'eussent que deux années d'existence, il était clair que le développement illégal des colonies juives et l'absence de perspectives ne pouvaient que faire monter la tension. Il ne fallait pas être devin pour diagnostiquer un nouveau basculement dans l'horreur. J'avais réitéré mes craintes, en octobre 1998, lors de la signature des accords de Wye Plantation (4). D'autres que moi étaient persuadés du contraire : ils pariaient sur le fait que le processus de paix évoluerait favorablement après Netanyahou et juraient que Barak serait un meilleur interlocuteur pour les Palestiniens. On sait ce qu'il en a été. L'un et l'autre ont fait preuve d'un même esprit d'intolérance et d'exclusion à notre égard.

H. B. - Les deux Intifadas palestiniennes sont-elles comparables ?

F. H. - On ne peut pas assimiler les événements de ces derniers mois à une Intifada. Même si l'objectif est identique — le refus de l'occupation israélienne —, le contexte est fondamentalement différent. Au moment du déclenchement de l'Intifada, en décembre 1987 (5), il n'y avait pas d'Autorité palestinienne, aucun processus de paix n'avait été engagé et les Israéliens contrôlaient tous les aspects de la vie quotidienne des Palestiniens : l'éducation, la santé, etc. A présent, Israël n'exerce pas de contrôle direct sur les Palestiniens. Nous avions affaire en 1987 à un mouvement de protestation. Il s'agit aujourd'hui d'une lutte pour l'indépendance de la Palestine.

H. B. - Israël accuse l'Autorité palestinienne d'armer le bras des lanceurs de pierres…

F. H. - Écoutez : Israël nous demande de contrôler politiquement la région alors que nous n'occupons pas toutes nos terres. Comment pourrions-nous créer les conditions de la stabilité dans les territoires si nous n'en maîtrisons pas la totalité ? C'est mission impossible. Vous ne pouvez pas exiger des Palestiniens qu'ils soufflent le vent de la paix quand Israël fait régner un climat de guerre.

H. B. - Les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens ont débuté en septembre 1991 à Madrid. Vous étiez l'un des deux responsables de la délégation palestinienne (6). Avec le recul, quel jugement portez-vous sur cette première phase des négociations ?

F. H. - Madrid fut une rencontre importante car elle nous a ouvert de nouveaux horizons. Certes, les conditions de vie de notre peuple sont, actuellement, loin d'être satisfaisantes ; mais, contrairement à 1991, plus personne ne remet en cause l'idée de la création d'un État palestinien. En cela, Madrid a permis de lever un tabou essentiel.

H. B. - Puis vinrent les accords d'Oslo en septembre 1993 (7). Ont-ils, selon vous, constitué une avancée ?

F. H. - Le problème de ces accords tient à l'impossibilité d'en appliquer les principales dispositions : la proclamation d'un État palestinien, l'intégration des populations réfugiées, l'autodétermination politique et économique, l'accès équitable à l'eau, etc. D'ailleurs, certains d'entre nous estimaient qu'il était trop tôt pour parapher ce texte.

H. B. - Pourquoi avoir donné votre consentement à un compromis imparfait ?

F. H. - Avant de signer cet accord, nous avons consulté un grand nombre d'acteurs politiques. Tous ou presque nous ont dit qu'il était dans notre intérêt d'accepter ce que l'on nous proposait, quitte, après coup, à revendiquer davantage. Mais nos partenaires n'ont pas tenu parole. Prenez la résolution 242 (8). A Oslo, Israël s'était engagé à la respecter. Tout le monde sait qu'il n'en a rien été. Je pourrais également évoquer la question de Jérusalem. Si les Israéliens avaient appliqué les accords, ils auraient dû retirer leur armée de la partie Est de la ville.

H. B. - Le pacte d'Oslo n'a jamais fait l'unanimité parmi les dirigeants palestiniens. Ces dissensions internes ont-elles joué un rôle dans la reprise des hostilités ?

F. H. - L'absence d'unité entre nous et le refus de certains pays arabes d'adhérer aux accords d'Oslo est, en effet, un gros problème. Néanmoins, permettez-moi de souligner que nous n'avons pas signé avec Israël un accord de paix mais une déclaration de principes. La nuance est de taille. Après cette signature, les Israéliens ont cru qu'ils allaient pouvoir nous contrôler. Nous avons commencé à douter de leur bonne foi lorsqu'ils ont pris le parti de retarder l'application des mesures qui avaient été décidées. Si notre situation n'a pas fondamentalement changé depuis Oslo, je ne peux pas en dire autant en ce qui concerne les Israéliens. Leur économie va mieux et leur sécurité a été renforcée. Depuis 1993, ils ont normalisé leurs relations avec treize pays arabes.

H. B. - Voulez-vous dire qu'Oslo n'était pas un acte de paix ?

F. H. - Ce n'était pas le moment d'établir une paix définitive. Nous l'avions fait savoir plus d'une fois aux Israéliens. Nous avions également précisé que cette déclaration de principes devait être suivie par des accords de paix en bonne et due forme. Mais les Israéliens ont honteusement profité des louanges que nous adressaient les médias et la communauté internationale pour se convaincre que nous avions fait la paix avec eux.

H. B. - Qui visez-vous, en particulier ?

F. H. - Personne, mais tous ceux qui étaient présents à Oslo savaient que nous ne signions pas des accords de paix. Nous, Palestiniens, savions que nous entamions un nouveau combat, et qu'au lieu de nous battre militairement contre Israël, nous luttions désormais autour d'une table de négociation.

H. B. - Aujourd'hui, un certain nombre de leaders palestiniens, les adversaires d'Oslo principalement, estiment que ce dispositif est caduc. Qu'en pensez-vous ?

F. H. - Il serait difficile de prétendre qu'Oslo n'a pas été un échec. Pour autant, je ne crois pas que ce processus soit caduc. Construire la paix avec Israël, sur la base de la résolution 242 de l'ONU, est toujours possible. Et puis, n'oubliez pas que c'est grâce à Oslo que les Palestiniens administrent aujourd'hui les zones A et B de la région (9).

H. B. - Si ce que vous dites est vrai, pourquoi être allé à Camp David en juillet dernier ?

F. H. - Nous n'étions pas prêts à entamer une telle négociation et nous ne l'avions pas caché. C'est pourquoi nous avions suggéré à Ehoud Barak de nous rencontrer, seuls à seuls, plutôt que de nous retrouver lors d'un sommet aux États-Unis. Clinton et Barak ont refusé notre offre. Barak est arrivé à Camp David avec des propositions qu'il avait élaborées avec son équipe sans se soucier de nos revendications. Dans ce cas, comment vouliez-vous que nous nous accordions sur un plan commun ? Nous avions pourtant fait de notre mieux pour aplanir la situation mais Barak n'a rien voulu entendre. Je crois qu'il faut cesser de nous demander de faire des efforts quand les Israéliens ferment la porte à toutes nos exigences.

H. B. - Étiez-vous personnellement favorable à la présence palestinienne au sommet de Camp David ?

F. H. - Je suis de ceux qui pensent que toutes les occasions de rencontre avec Israël sont bonnes à prendre. Même si nous avons toutes les raisons de nous montrer furieux contre cet État.

H. B. - Qu'est-ce qui rend la paix impossible entre vous ?

F. H. - La paix n'est pas impossible. Les discussions autour du plan Clinton l'ont prouvé. C'est l'application des propositions israéliennes qui est inacceptable à nos yeux. Les Israéliens nous répètent depuis des décennies que le pouvoir c'est la force. Et que si nous ne sommes pas contents, nous n'avons qu'à nous en aller. C'est inadmissible !

H. B. - Yasser Arafat est-il toujours l'homme de la paix dans les rangs palestiniens ?

F. H. - Bien sûr ! Nul autre que lui ne peut réaliser la paix avec Israël. Son prestige a d'ailleurs grandi depuis Camp David parce qu'il a refusé de faire des concessions aux Israéliens.

H. B. - Son âge et son état de santé restent des sujets de préoccupation permanents. La paix serait-elle encore possible s'il venait à disparaître ?

F. H. - Ce serait très difficile. Il importe donc de trouver une solution définitive avant son départ.

H. B. - Depuis la reprise des combats israélo-palestiniens, le Hamas et le Hezbollah ont gagné une visibilité qui fait de l'ombre au Fatah de Yasser Arafat. Ce phénomène vous inquiète-t-il ?

F. H. - L'Intifada est menée par le Fatah et non par les mouvements islamistes. Un jour viendra où le Hamas sera reconnu à sa juste valeur, ce qui le rendra probablement plus modéré. Quant au Hezbollah, c'est un acteur important de la lutte pour l'indépendance. Il joue aussi un rôle social auprès des villageois. Dans la période de confusion et de perte des repères culturels que nous traversons, il sait tisser des liens entre les gens.

H. B. - A la faveur d'un processus de paix en panne, peut-on imaginer que les mouvements islamistes prennent la tête de l'Autorité palestinienne ?

F. H. - Je ne le pense pas. Les Palestiniens sont attachés à la laïcité. Vous avez cependant raison de lier cette perspective à un échec du processus de paix. Si nous ne parvenons pas à stabiliser politiquement la région, la donne ne sera plus du tout la même.

H. B. - N'est-ce pas une source d'angoisse pour vous ?

F. H. - Je vous ferai remarquer qu'il existe aussi des partis religieux en Israël. Si le processus de paix reste dans l'impasse, les extrémistes des deux camps verront leur pouvoir se renforcer. Et, par ricochet, l'influence des islamistes en Égypte, en Syrie, en Jordanie et au Liban s'accroîtra également. Mais ne vous méprenez pas : ce sombre scénario n'affectera pas seulement le Proche-Orient car la Turquie, l'Algérie, le Maroc et la Tunisie ne sont pas loin d'ici. L'Europe non plus, d'ailleurs, que l'onde de choc finira par atteindre inévitablement. Il faut que les Européens fassent comprendre à Israël qu'il ne peut pas jouer plus longtemps avec leur avenir. Nous ne détenons pas l'arme atomique, nous n'avons ni chars, ni aviation et nous sommes pauvres. Mais la clé de la stabilité au Moyen-Orient est entre nos mains.

H. B. - Comment jugez-vous l'attitude de la communauté internationale dans ce conflit ?

F. H. - Nous vivons à l'époque de CNN et des grandes chaînes de télévision. Le drame c'est que les opinions publiques calquent leurs réactions sur ces médias et que ces médias sont contrôlés par Israël. D'où le comportement schizophrénique de la communauté internationale qui nous soutient un jour et nous condamne le lendemain sur la foi d'un événement tout à fait mineur.

H. B. - Vous évoquez les opinions publiques. Mais qu'en est-il des États ? Et en quoi la position des Américains se distingue-t-elle de celle des Européens ?

F. H. - L'attitude de l'Union européenne est très frustrante pour nous. Sur le fond, elle dit des choses intéressantes, mais elle n'agit pas. Certes, les Européens financent un certain nombre de programmes dans nos territoires ; mais ce n'est pas suffisant. Nous souhaitons qu'ils nous aident à mettre fin à l'occupation israélienne. N'oubliez pas que l'Europe porte une part de responsabilité éminente dans le déclenchement de ce conflit. Le problème juif est aussi un problème européen. Avant 1948, nous vivions en paix aux côtés des Juifs. Mais après l'Holocauste, les Juifs d'Europe sont venus s'installer chez nous. Et pour se sortir de ce mauvais pas, l'Europe a créé l'État d'Israël. L'Union européenne a intérêt à la paix. Pour y parvenir, elle doit exiger des Israéliens qu'ils respectent les résolutions des Nations unies. Or, vous traitez ce pays comme s'il était au-dessus des lois. En cela, vous n'êtes pas étrangers à l'échec du processus de paix et au renforcement des partis islamistes. Quant aux Américains, nous constatons qu'en huit années de présidence, Bill Clinton a accumulé les erreurs. Il a davantage œuvré pour promouvoir les idées israéliennes et les intérêts américains dans la région que pour la paix. Et pourtant, Yasser Arafat n'a cessé de lui dire qu'il allait droit dans le mur et que Jérusalem était une poudrière. Je regrette que Clinton ait refusé de l'entendre.

H. B. - Lors de la présidentielle de l'automne dernier, étiez-vous favorable à Bush ou à Gore ?

F. H. - J'ai suivi les campagnes des deux candidats et écouté les discours de l'un et de l'autre. Aucun d'eux ne s'est intéressé à nous.

H. B. - Que pensez-vous de la politique française ?

F. H. - De tous les pays européens, la France est celui avec lequel nous entretenons les meilleures relations. Tout au plus peut-on lui reprocher la déférence dont elle fait preuve vis-à-vis des Américains. Plus qu'un soutien politique, nous attendons d'elle qu'elle nous apporte une aide économique accrue.

H. B. - La question proche-orientale a opposé durant un temps le président français, Jacques Chirac, à son premier ministre, Lionel Jospin. Percevez-vous une différence entre les deux hommes ?

F. H. - Cette différence existe. Jacques Chirac a de fortes qualités humaines. Lionel Jospin est peut-être trop officiel, trop formel.

H. B. - Depuis Camp David, la question du statut de Jérusalem est une pomme de discorde entre Israéliens et Palestiniens. Les uns et les autres ont la volonté d'y établir leur capitale. Cette hypothèse vous semble-t-elle raisonnable ?

F. H. - Bien entendu ! Jérusalem peut devenir la capitale de nos deux États. Mais est-ce qu'Israël le veut ?

H. B. - Ehoud Barak a tout de même consenti à vous céder Jérusalem-Est…

F. H. - Cela ne suffit pas. La question de la souveraineté sur l'esplanade des Mosquées est tout aussi importante à nos yeux.

H. B. - Tout de même, comment envisagez-vous la gestion d'une double capitale sur le plan pratique ?

F. H. - Je ne vois pas où est le problème. Il y aura deux capitales, deux municipalités. Il y a bien 20 municipalités à Paris !

H. B. - Mais Paris n'a qu'un seul maire !

F. H. - Nous nous en sortirons car nous n'avons pas le choix. Une chose est sûre : chacun doit conserver son lieu de culte : Al-Haram al Charif (10) pour nous, le Saint Sépulcre pour les chrétiens, les synagogues et le Mur des Lamentations pour les Juifs. Nous respectons l'attachement des Juifs à leurs lieux saints. Je souhaite que les Juifs tiennent les nôtres dans la même estime. De toutes les façons, il ne saurait y avoir d'État palestinien si Jérusalem n'est pas sa capitale. Cette cité symbolise notre culture, notre histoire et notre héritage.

H. B. - Comment jugez-vous l'évolution de la ville depuis 1967 (11) ?

F. H. - Cette ville est conçue au seul profit des Juifs. Les non-Juifs sont considérés comme des citoyens de seconde zone. En fait, les Israéliens sont en train de judaïser Jérusalem en confisquant les terres des Palestiniens, en construisant des maisons pour les familles juives et en modifiant unilatéralement les règles juridiques. La politique de discrimination vis-à-vis des Arabes n'a jamais cessé.

H. B. - Que vont devenir les réfugiés palestiniens dont beaucoup se considèrent comme des laissés-pour-compte ? Lors des discussions autour du plan Clinton, ils vous ont rappelé de manière véhémente qu'ils ne se sentiraient pas liés par un accord qui les priverait de leur droit au retour.

F. H. - Comment voulez-vous que les leaders palestiniens, qui sont eux-mêmes des réfugiés, se désintéressent de leur sort ? Les Israéliens doivent accepter l'idée que les réfugiés palestiniens font partie intégrante de notre peuple et se plier enfin à la résolution 194 de l'ONU. Selon ce texte, les réfugiés peuvent choisir entre rentrer chez eux ou recevoir une compensation financière.

H. B. - Qui versera cette compensation financière ?

F. H. - Tous ceux qui les ont poussés au départ : Israël, les Nations unies, l'Europe et les États-Unis.

H. B. - Monsieur Husseini, lorsqu'on les interroge sur l'issue du conflit avec Israël, les jeunes Palestiniens semblent habités par une sorte de fatalisme. Partagez-vous ce sentiment ?

F. H. - Il est évident que nous sommes pessimistes quant à l'évolution de la situation dans la région. Sommes-nous condamnés, pour autant, à vivre éternellement en état de guerre avec Israël ? Je ne le crois pas. Je crois, en revanche, que les Israéliens commettent une grave erreur en retardant le processus de paix.

Notes :

(1) Du 11 au 25 juillet 2000, un sommet a réuni, à Camp David, Ehoud Barak, Yasser Arafat et Bill Clinton. Israël y acceptait pour la première fois une souveraineté palestinienne sur des parties de Jérusalem-Est. Mais les négociations ont buté sur les Lieux Saints.
(2) Le 28 septembre 2000, le leader du Likoud visitait l'esplanade des Mosquées pour exprimer son refus de toute remise en cause de la souveraineté d'Israël sur ce lieu sacré.
(3) Le 28 septembre 1995, un accord était signé à Washington sur l'extension de l'autonomie en Cisjordanie.
(4) Le 27 octobre 1998 étaient signés les accords intérimaires de Wye Plantation portant sur le retrait de 13 % de la Cisjordanie et la libération de 750 prisonniers palestiniens.
(5) Le 9 décembre 1987 débutait l'Intifada (la « guerre des pierres ») dans les territoires occupés. Plusieurs centaines de Palestiniens seront tués par l'armée israélienne.
(6) La délégation palestinienne qui s'était rendue à Madrid, en octobre 1991, était composée de 14 membres. Israël avait posé une double condition avant de rencontrer les négociateurs palestiniens : ceux-ci devaient impérativement être issus des territoires occupés — à l'exception de Jérusalem-Est — et ne pas être des proches de l'OLP.
(7) Après six mois de négociations secrètes à Oslo, Israël et l'OLP ont signé à Washington un accord de reconnaissance mutuelle prévoyant une autonomie palestinienne pour cinq ans. On retiendra de ce 13 septembre 1993 la poignée de mains historique entre Rabin et Arafat.
(8) Adoptée à l'unanimité le 21 novembre 1967 par le Conseil de sécurité de l'ONU, la résolution 242 ordonne l'évacuation par Israël des territoires occupés et comporte la reconnaissance de tous les États de la région.
(9) Zone A : territoires placés sous contrôle de l'Autorité palestinienne (60 % de Gaza ; 3 % de la Cisjordanie : Ramallah, Jéricho, Bethleem, Tulkarem, Naplouse, Jénine et partiellement Hébron) ; Zone B : territoires administrés par l'Autorité palestinienne et dont la sécurité est assurée par Israël (27 % de la région rurale de Cisjordanie).
(10) Al-Haram al Charif (le « noble sanctuaire ») comprend le dôme du Rocher et la Mosquée Al-Aqsa.
(11) Le 6 janvier 1967, au lendemain du déclenchement de la guerre des Six Jours, Israël conquiert le secteur arabe de Jérusalem. Depuis lors, l'accès aux Lieux Saints de toutes les confessions est contrôlé par les autorités israéliennes.