Politique Internationale - La Revue n°92 - ÉTÉ - 2001

sommaire du n° 92
L'ENIGME KHATAMI
Article de Amir Taheri
Écrivain et éditorialiste
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Un homme bien, dans un mauvais système, en des temps difficiles : tel est le souvenir que l'histoire pourrait garder du Hojjat al-Islam wa-al-Moslemeen Sayyed Muhammad Khatami Yazdi (1), l'homme qui vient d'être réélu président de la République islamique d'Iran pour un deuxième et dernier mandat de quatre ans, en dépit d'un bilan très controversé.

Les métamorphoses d'un mollah

Etiqueté « réformiste » avant même d'avoir conquis la présidence avec une majorité des deux tiers des suffrages, en mai 1997, Khatami est demeuré une énigme pour nombre de commentateurs de la vie politique iranienne. Certains analystes, en particulier à l'Ouest, ont cru voir en lui un démocrate à l'européenne, coiffé d'un turban. Et une bonne partie des médias étrangers leur ont emboîté le pas, contribuant à forger le cliché d'un Khatami polyglotte et doté d'une solide expérience du monde occidental. Or la seule langue que le président maîtrise à peu près, en dehors du persan, est l'arabe. Quant à son expérience occidentale, elle se limite à un séjour de huit mois, en 1980, à Hambourg, où il a dirigé une mosquée chiite. Et, pourtant, cette image flatteuse a, plus que tout autre facteur, influé sur la nouvelle politique de l'Union européenne vis-à-vis de l'Iran.

Au-delà des citations empruntées à des autorités intellectuelles aussi inattendues que Hegel, Feuerbach ou Nietzsche, dont les speech-writers se plaisent à saupoudrer ses discours, rien ne permet d'affirmer, comme l'a fait CNN, que le président Khatami soit un parfait connaisseur de la philosophie occidentale. D'ailleurs, à y regarder de près, il y a bien d'autres détails de cette image d'épinal qui ne résistent pas à un examen critique. Pour commencer, Khatami n'a jamais été formé à la fonction de mollah et l'université d'Ispahan dont il est sorti diplômé ne dispense pas d'enseignement théologique. Dans sa biographie officielle, parue en juin 2001 à la veille du scrutin, il se contente de dire qu'il a étudié la théologie chiite « jusqu'à un certain niveau ». Avant l'arrivée au pouvoir des mollahs, en 1979, il était rare de voir Khatami revêtir l'uniforme religieux et coiffer le turban noir des sayyeds qui symbolise la filiation de l'ecclésiastique avec le prophète Mahomet. A l'époque, le futur président arborait plus volontiers des costumes coupés à l'occidentale et portait souvent un noeud papillon.

Du « Nord-Coréen » de l'islam...

Khatami ne fut pas non plus ce « champion de la libéralisation » vanté par Joschka Fischer. La première fois que le nom de Khatami retint l'attention du public à Téhéran, c'était en août 1979, lorsqu'un groupe de fondamentalistes en armes, dont il faisait partie, tenta de détourner un appareil d'Iran Air vers Tripoli. But de l'opération : assister aux festivités organisées pour le 10e anniversaire de l'arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi en 1969 ! Les pirates de l'air étaient dirigés par un jeune mollah appelé Muhamad Montazeri - alias « Ayatollah Ringo » - qui, plus tard, fut assassiné par des terroristes non identifiés. Khatami se fit remarquer en facilitant la prise de contrôle en douceur de l'aéronef par ses acolytes, ce qui évita une fusillade sur le tarmac.

Après ce fait d'armes inaugural, le sayyed eut de nombreuses autres occasions de se mettre en évidence. L'ayatollah Ruhallah Khomeini nomma Khatami au poste de directeur de la rédaction de Kayhan. Sous sa houlette, le quotidien le plus lu du pays se transforma en un organe de propagande où le poison le disputait au vitriol. Quelque temps plus tard, Khatami fit son apparition au Parlement dans les rangs de la faction la plus conservatrice. C'est à cette même époque qu'il fut appelé à siéger au Haut conseil pour la révolution culturelle islamique dont la mission était de débarrasser les universités, et autres établissements d'enseignement supérieur, de la satanique influence de l'Occident. Cette instance décréta la fermeture de toutes les universités du pays pour une durée de deux ans ; elle démit de leurs fonctions 6 000 professeurs et assistants, et chassa pas moins de 20 000 étudiants soupçonnés de sympathies à l'égard de la monarchie. Par ailleurs, le Haut conseil supervisa la réécriture des manuels scolaires afin de les rendre conformes à la nouvelle orthodoxie khomeiniste dans tous les domaines, y compris celui des sciences modernes.

On retrouva, ensuite, Khatami au sein de la garde rapprochée du premier ministre, radical, Hussein Mussavi-Khamenehi. Son projet donquichottesque visant à amener l'Iran à l'auto-suffisance économique valut à ce groupe le sobriquet de « Nord-Coréens de l'islam ». Le noyau dur de cette mouvance était constitué d'une cinquantaine de mollahs et de personnalités politiques réunis autour de Mussavi. Des deux organisations placées sous leur contrôle, la plus importante était la « Société des clercs combattants », dirigée par une poignée de mollahs extrémistes. Citons, entre autres, Muhammad Khoiniha - le guide spirituel des étudiants qui avaient pris en otage les diplomates américains à Téhéran en 1979 - et Mahdi Karrubi qui présidera le Parlement de 1990 à 1994. Au cours de son mandat, Karrubi mettra en place un réseau de soutien aux groupes fondamentalistes musulmans dont les ramifications couvriront l'ensemble de la planète. Parmi ses protégés, figuraient Cheikh Hassan al-Turabi, le leader islamiste soudanais, et Ali-Akbar Mohtashemi fondateur de la branche libanaise du Hezbollah en 1982 et ministre de l'Intérieur de l'Iran dans les années 90.

La seconde organisation qui évoluait dans l'orbite des « Nord-Coréens » portait l'appellation de «Moudjahidin de la révolution islamique». Dirigée par l'ancien ministre de l'Industrie et vice-premier ministre Behzad Nabavi, elle reposait sur quelques douzaines de militants qui avaient participé au siège de l'ambassade des Etats-Unis.

Khatami, quant à lui, poursuivit son ascension et connut une première consécration lors de sa nomination à la tête du ministère de la Culture et de l'orientation islamiques. Il a conservé ce portefeuille pendant dix ans, soit bien après le départ de son mentor Mussavi - défait par la faction rivale du Hojjat al-Islam Ali-Akbar Hashemi Rafsandjani.

Tout au long de cette décennie, l'une des priorités de Khatami fut d'« exporter la révolution islamique », non seulement en direction des nations musulmanes, mais aussi vers l'ensemble de la planète. Sur le plan intérieur, le bilan du ministre de la Culture et de l'orientation islamiques fut également éloquent. A telle enseigne que le grand poète populaire Nader Naderpour décrit l'ère Khatami comme «l'une des périodes les plus sombres de l'histoire culturelle iranienne» (2). 400 écrivains, poètes et journalistes iraniens, dont beaucoup étaient en exil, furent inscrits sur une liste noire. Le nombre d'ouvrages censurés passa de 2 000 à presque 5 000. Et l'industrie cinématographique nationale - qui était l'une des premières au monde par le volume de sa production annuelle - fut totalement bloquée deux années durant afin de permettre son épuration politique.

Jamais Khatami n'a condamné - ne serait-ce qu'en privé - les dérives du régime khomeiniste entre 1979 et 1997. Tout porte à croire, au contraire, qu'il a soutenu sans réserve les exécutions massives qui, de 1979 à 1983, ont fait au moins 25 000 victimes (3). Et lorsqu'il quitta le gouvernement en 1992, c'est parce qu'il y fut contraint et forcé. Khatami figura, en effet, parmi les premières victimes d'une campagne politique qui permit au président Rafsandjani 1°) de chasser du gouvernement la quasi-totalité des mollahs radicaux et leurs alliés, et 2°) de les empêcher de revenir par la petite porte en se faisant élire au sein du nouveau Parlement. Nommé à la direction de la Bibliothèque nationale, Khatami se retrouva bel et bien « placardisé ».

Cinq ans plus tard, les « Nord-Coréens de l'islam » avaient tiré les leçons de leur échec passé. Ayant assisté à la désintégration de l'Union soviétique et à l'effondrement des idéologies de gauche qui les avaient influencés, ils décidèrent de se transformer en libéraux et de s'attaquer à leurs rivaux, au sein de l'establishment, en les taxant de « conservatisme ».

...au « mollah souriant »

Plusieurs facteurs se combinaient pour favoriser la réintégration, au moins partielle, des « Nord-Coréens » dans le jeu politique. Impliqué dans des affaires de corruption, incapable de redresser l'économie nationale et, surtout, accusé par un tribunal allemand d'avoir joué un rôle dans le meurtre de quatre leaders kurdes iraniens à Berlin en 1992, le président Rafsandjani apparaissait largement discrédité (4).

Pendant un temps, il avait espéré pouvoir faire passer un amendement constitutionnel qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat présidentiel. Mais, au début de l'année 1997, il avait dû abandonner cette option, faute de soutiens suffisants. Et c'est ainsi qu'il élabora un scénario de rechange consistant à « favoriser » l'élection d'un second couteau, dépourvu de base politique propre, et qui lui serait redevable de sa victoire. Muhammad Khatami correspondait, en tout point, au cahier des charges. Acteur politique solitaire et marginalisé, il ne risquait pas de porter ombrage à Rafsandjani. Par surcroît, la faible notoriété de Khatami constituait un avantage supplémentaire : il faisait figure de tête nouvelle au moment où la population iranienne éprouvait un ressentiment croissant à l'égard des élites dirigeantes.

Le plan échafaudé par Rafsandjani ne tarda pas à montrer ses limites. Très vite, Khatami laissa clairement entendre qu'il ne serait la créature de personne. Il bâtit sa campagne autour d'un programme en dix points qui emporta immédiatement l'adhésion de la population. Ses promesses électorales allaient de la création d'un Etat de droit à la relance de l'économie nationale, en passant par la suppression des mesures discriminatoires à l'égard des femmes et la création de nouvelles possibilités pour les jeunes en matière d'éducation et de loisirs. Quelques jours de campagne électorale suffirent à Khatami pour mesurer l'ampleur des aspirations au changement qui travaillaient toutes les couches de la société iranienne. Le candidat à la présidence était conforté dans sa démarche par la sympathie que des milliers de citoyens ordinaires témoignaient à ses idées.

Incontestablement, le courant passait entre Khatami et ses compatriotes. Surnommé le « mollah souriant », il offrait, en effet, un contraste frappant avec les mines sombres affichées en toutes circonstances par la majorité du clergé dirigeant. Les gens aimaient le voir aller aux rencontres officielles en compagnie de son épouse et, au fond, ils espéraient trouver, grâce à lui, une issue pacifique à l'impasse dans laquelle les avait enfermés la révolution khomeiniste.

Quant à l'establishment, il tenait depuis longtemps son candidat naturel à la succession de Rafsandjani en la personne d'Ali-Akbar Nateq-Nuri (5), le président du Parlement. Après avoir cru, d'abord, qu'elles pourraient « arranger » les élections - comme à chaque scrutin depuis 1979 - pour assurer la victoire de leur champion, les élites durent se rendre à l'évidence : en altérant les résultats du vote, elles risquaient de provoquer un soulèvement massif susceptible de se retourner contre le régime. Des millions d'Iraniens qui refusaient obstinément de participer aux élections depuis 1979 étaient décidés à reprendre le chemin des urnes pour offrir leur voix au « mollah souriant » et protester ainsi contre le système.

Voilà comment l'élection présidentielle de 1997 permit aux « Nord-Coréens » de faire leur come-back dans le sillage de Khatami. Nombre d'entre eux voyaient là une occasion de régler leurs comptes avec Rafsandjani, qui les avait écartés du pouvoir durant tant d'années. Mais leur véritable revanche, les Nord-Coréens l'obtinrent à l'occasion des élections parlementaires de février 2000, lorsque -humiliation suprême- l'ex-président ne réussit même pas à décrocher un siège de député (6).

Ce scrutin législatif consacrait la défaite de la faction, dite « conservatrice », qui contrôlait le Parlement islamique (Majlis) depuis quatre ans. Le nouveau Majlis était désormais constitué aux deux tiers de partisans de Khatami. Dans les jours qui suivirent sa victoire, la coalition pro-Khatami, sûre de sa force, n'hésita pas à réclamer l'ouverture d'un procès contre Rafsandjani, accusé d'avoir fait assassiner plusieurs dissidents et intellectuels. L'ancien chef d'Etat, qui s'était efforcé, jusque-là, de se cantonner dans un rôle d'arbitre jouant des rivalités entre les différentes factions, était directement menacé. Aussi décida-t-il de conclure une alliance tactique avec la mouvance conservatrice, afin de priver Khatami, ne serait-ce qu'en partie, des fruits de sa victoire.

Le réformateur à l'épreuve du pouvoir

Les quatre années de la présidence Khatami peuvent être divisées en trois phases. La première, qui a évidemment débuté en 1997 par la victoire du smiling mullah, s'est achevée avec la série d'assassinats dont furent victimes, un an plus tard, des leaders politiques dissidents ainsi que des intellectuels. C'est au cours de cette période, également, qu'une cinquantaine de quotidiens et d'hebdomadaires nouvellement créés ont lancé une campagne en faveur du changement et de la réforme.

La révolte étudiante de l'été 1999 marqua l'ouverture de la deuxième phase. Ce soulèvement déstabilisa l'élite dirigeante comme aucun autre événement ne l'avait fait au cours de la décennie écoulée. Durant ces journées explosives, l'Iran semblait sur le point de basculer dans une seconde révolution, destinée cette fois à faire chuter le régime khomeiniste. Après quelques tergiversations, Khatami décida de se rallier à l'establishment et d'avaliser la répression brutale de la révolte (7). Cette deuxième phase prit fin avec la victoire des candidats khatamistes lors des élections parlementaires de l'hiver 2000. Leur succès, qui permit d'atténuer le ressentiment suscité dans l'opinion par les violences de l'été contre les étudiants, donna un second souffle à la présidence.

La troisième et dernière phase du mandat commença, à la fin de l'année 2000, avec l'interdiction de la majeure partie des quotidiens et hebdomadaires de la nouvelle vague. Ces fermetures s'accompagnèrent de l'arrestation de nombreux journalistes et politiciens considérés comme des partisans de Khatami (8).

Tel est le contexte politique dans lequel il convient de replacer l'expérience Khatami. Au moment où le mollah souriant entame un second mandat, nombre d'observateurs, en Iran comme à l'étranger, s'interrogent : a-t-il vraiment renoncé à ses illusions radicales du début pour adopter une approche plus réaliste ? Seul Khatami est en mesure de répondre. Après tout, chacun d'entre nous peut changer d'avis, à défaut de changer d'âme - et les hommes politiques ne font pas exception à cette règle. On a vu tant d'ex-communistes se muer en politiciens néo-pluralistes prêts à jouer le jeu démocratique, même si c'est parfois dans un style bien à eux... Une chose est sûre, en tout cas : Khatami, à l'approche de la soixantaine, est condamné à rompre définitivement avec ce qu'il était un quart de siècle plus tôt.

La même analyse s'applique à la plupart des anciens « Nord-Coréens » et autres preneurs d'otages qui se posent aujourd'hui en thuriféraires de la libéralisation et pressent l'Iran de se rapprocher des Etats-Unis. La République islamique a profondément changé au cours des deux dernières décennies. La révolution khomeiniste a échoué sur presque tous les fronts. Conséquences de cet échec : la base populaire du régime s'est réduite aux couches sociales et aux groupes politiques qui bénéficient directement ou indirectement de la distribution des faveurs et du clientélisme en vigueur dans ce régime corrompu.

Un bilan globalement négatif

Le déclin de l'économie nationale depuis 1977, symbolisé par la contraction brutale du PIB (-30 %), couplé à un doublement de la population, a réduit la capacité du gouvernement à entretenir sa clientèle à coups de subventions et de privilèges. L'investissement étranger tant espéré, qui devait donner un coup de fouet salutaire à l'économie iranienne, ne s'est jamais matérialisé (9).

A quoi ressemble le paysage quotidien des Iraniens après quatre années de présidence Khatami ? Comme nous l'avons déjà signalé, le nombre de prisonniers politiques est aujourd'hui plus élevé qu'il ne l'a jamais été durant la dernière décennie, et celui des exécutions a, lui aussi, fortement augmenté (10). Les médias - en particulier la radio et la télévision d'Etat - restent sous contrôle ; et le printemps de Téhéran, qui avait vu fleurir des douzaines de journaux au ton très direct, s'est mué en un long hiver de désenchantement.

Quant à la jeunesse iranienne - autrement dit les 2/3 de la population du pays -, elle n'a vu se concrétiser aucune des promesses de Khatami : ni les créations d'emplois, ni l'amélioration du système éducatif, ni les possibilités accrues dans le domaine des loisirs ne sont au rendez-vous. Les statistiques officielles brossent un tableau assez terne de la vie du pays, après une décennie de croissance atone voire négative. Et la sécheresse sans précédent de ces quatre dernières années n'a pas arrangé les choses. Selon un rapport publié par la FAO, en novembre 2000, plus de 20 millions d'Iraniens pourraient être chassés de leur village par la famine et contraints de gagner les zones urbaines au cours des cinq ans à venir, à mesure que les ressources en eau s'épuiseront. Dans les agglomérations, qui regroupent près de 65 % de la population, le nombre de pauvres a augmenté de près d'un tiers. Environ un quart de la population iranienne (70 millions d'individus) doit se contenter d'un revenu équivalent à 12 francs par jour. Le produit national brut par habitant de ce pays richement pourvu en pétrole qu'est l'Iran ne représente même plus la moitié de celui de la Turquie voisine, pourtant privée de ressources pétrolières.

Autre facette du bilan de Khatami : le nombre de consommateurs de drogues dures a augmenté de 40 % selon les statistiques officielles. L'Iran s'est retrouvé entraîné dans une sorte de conflit de basse intensité le long de ses frontières avec l'Afghanistan et le Pakistan - principaux pays producteurs et exportateurs d'héroïne -, sans parvenir à démanteler les réseaux bien organisés et lourdement armés de trafiquants, appuyés par les milices taliban et les services secrets pakistanais. Enfin, la fuite des cerveaux qui frappe la République islamique depuis 1979 s'est intensifiée. Pendant ces quatre dernières années, quelque 85 000 Iraniens diplômés de l'enseignement supérieur ont quitté le pays pour les Etats du Golfe, l'Europe ou l'Amérique du Nord.

Au fond, le véritable mérite de Khatami est d'avoir fait évoluer le discours politique iranien en révélant la vacuité de la rhétorique khomeiniste. En revanche, sur le plan des réalisations politiques concrètes, son bilan apparaît comme un échec relatif.

Cela dit, s'il est un domaine où Khatami peut se prévaloir d'un certain nombre de succès, c'est celui des affaires étrangères. Il est le premier président d'une République islamique à avoir été invité dans différentes capitales de l'Union européenne, à commencer par Paris et Berlin ; et le premier, aussi, à avoir pris la parole à deux reprises devant l'Assemblée générale des Nations unies à New York. Durant sa présidence, Téhéran est redevenu, après 25 ans de disette, une destination de choix pour les leaders du monde entier, y compris de nombreux chefs de gouvernement européens.

En outre, Khatami a su mettre fin à l'isolement de son pays au sein du monde musulman. En 1997, Téhéran a accueilli un sommet de la Conférence islamique et Khatami a été élu, pour trois ans, président de cette organisation des nations musulmanes - une première pour un chef d'Etat iranien. Des Etats comme Bahreïn, l'Algérie et la Tunisie, qui avaient rompu tout lien avec la République des mollahs, accusée d'exporter le terrorisme, ont ainsi renoué avec elle.

Khatami est également parvenu à rétablir un semblant de dialogue avec les Etats-Unis. Des diplomates iraniens et américains se sont rencontrés pour tenter d'élaborer des solutions communes aux problèmes de la région, que ce soit la Transcaucasie, le Tadjikistan ou l'Afghanistan. Petit à petit, les deux pays ont développé à nouveau des échanges culturels, scientifiques et sportifs, pour la première fois depuis 20 ans. Khatami a même exprimé ses « profonds regrets » à propos de la fameuse affaire des otages et condamné les autodafés de drapeaux américains. De son côté, l'ex-secrétaire d'Etat Madeleine Albright a déploré les interventions passées de Washington dans les affaires iraniennes. Last but not least, Khatami a ouvert, en 1998, un « dialogue préliminaire » avec Israël et la communauté juive au sens large (11).

Nul doute que l'« islam à visage humain » de Khatami a exercé un attrait puissant sur les médias de la planète, surtout en Occident. Et cette fascination lui a permis de lancer ce qu'il a appelé le dialogue entre les civilisations - destiné avant tout à mettre fin à deux décennies d'isolement culturel de l'Iran. Car, en réalité, la politique étrangère iranienne continue d'être marquée par une profonde défiance, pour ne pas dire un sentiment de haine, à l'égard des Etats-Unis. Après une brève interruption, les bannières étoilées et les portraits des dirigeants américains ont recommencé à brûler à Téhéran, malgré l'hostilité de Khatami à ce type de manifestations.

En mars 2001, le président iranien s'est rendu en visite officielle à Moscou, afin d'y signer une série de traités importants, comprenant notamment des achats d'armes pour un montant de 7 milliards de dollars. Au cours de ses discussions avec le président russe, le N° 1 iranien a exprimé son souhait de voir se mettre en place un nouvel axe - incluant Moscou et Pékin -, destiné à contrer l'influence américaine en Asie centrale et dans la région de la Caspienne (12). Enfin, l'organisation à Téhéran, en avril 2001, d'une conférence réunissant des organisations vouées à la destruction d'Israël apparaît comme une grave entorse à la politique d'ouverture prônée jusqu'ici par Khatami.

Les impasses du « khatamisme »

En privé, le président se montre prêt à reconnaître ses erreurs. Mais il se justifie en expliquant qu'il a engagé le pays dans un processus de réforme à « long terme », censé se dérouler en deux étapes. Au cours de la première étape, Khatami entend « apprendre » à l'élite dirigeante à régler ses conflits internes sans sortir du cadre constitutionnel. Dans le même temps, il espère convaincre le peuple iranien que le système actuel ne lui interdit pas de faire entendre sa voix. La seconde étape doit permettre d'ancrer l'institution électorale dans les mentalités iraniennes. Les compatriotes de Khatami devront admettre que les élections sont le principal moyen de désigner un gouvernement et de définir les grandes orientations politiques.

Pour atteindre ces objectifs, il faudra compter, selon Khatami, pas moins de 4 ou 5 mandats législatifs et présidentiels, soit 20 à 25 années. Le chef de l'Etat espère que chaque élection marquera un progrès par rapport à la précédente, dans l'expression de la volonté du peuple. En un mot, le président iranien prêche la patience et la politique des petits pas. Il ne manque pas de citer en exemple les démocraties occidentales qui ont dû attendre des décennies, voire des siècles, pour parvenir à un Etat de droit.

Les détracteurs de Khatami ne voient dans son plaidoyer pro domo qu'une argumentation fumeuse destinée à brouiller les pistes. Selon eux, le véritable modèle du président iranien n'est pas Gorbatchev mais Zhao Zhiang - l'ex-secrétaire général du parti communiste chinois dont la carrière politique a pris fin, en 1989, avec le massacre des étudiants réunis sur la place Tien Anmen. Zhao s'était, lui aussi, lancé dans une interminable partie d'échecs politique, dont l'enjeu était de préserver l'Etat communiste en introduisant des réformes limitées et, dans une large mesure, cosmétiques.

Pour les anti-Khatami, la crise iranienne découle d'un conflit entre l'Etat et la révolution islamique. Dans cette optique, les intérêts et les aspirations de l'Iran, en tant qu'Etat nation du XXIe siècle, entrent trop souvent en conflit avec ceux de la révolution khomeiniste qui, elle, plonge ses racines dans le VIIe siècle. L'élite révolutionnaire répugne à partager le pouvoir, sans même parler de se soumettre au verdict d'élections libres et équitables. Car il ne faut pas s'y méprendre : les scrutins qui ont vu triompher Khatami, pas plus que tous ceux qui se sont déroulés depuis l'arrivée au pouvoir des mollahs en 1979 ne peuvent être considérés comme des consultations démocratiques dignes de ce nom.

Dans le système de la République islamique, en effet, les candidats aux élections doivent être adoubés par le Conseil de surveillance. Durant la campagne électorale, toute discussion touchant à la nature du régime ou à ses options politiques fondamentales est exclue. Ce même Conseil de surveillance est en mesure d'annuler le résultat de n'importe quel scrutin. Quant au Guide Suprême, ses pouvoirs constitutionnels sont exorbitants : il peut opposer son veto à toute décision législative, dissoudre le Parlement, démettre de ses fonctions le président de la République et, même, suspendre l'application des règles de base de l'islam. La moindre critique à l'encontre du Guide peut valoir à son auteur de longues années d'emprisonnement, quand ce n'est pas la peine capitale.

C'est pourquoi certains esprits sceptiques qualifient de « presque surréaliste » la volonté du président iranien de maintenir la dictature religieuse, en y important des pratiques électorales à l'occidentale. Faut-il rappeler que l'Union soviétique organisa plus de 100 élections à l'échelon local ou national pendant ses 70 années d'existence, sans jamais se démocratiser pour autant. Et l'Iran de M.Khatami nous apporte une fois de plus la preuve que des élections ne sont pas forcément synonymes de démocratie.

Mais l'expérience Khatami nous montre également une société iranienne profondément divisée entre les forces du statu quo et le reste de la population. Leurs intérêts matériels et politiques, ainsi que leur attachement à l'héritage révolutionnaire, incitent les premières à rejeter tout programme réformateur ambitieux. Ces forces contrôlent les principaux leviers de répression et les recettes pétrolières qui constituent l'essentiel des revenus de l'Etat. Après un temps d'hésitation, les tenants du statu quo ont surmonté le choc provoqué par le phénomène Khatami et ont fait bloc derrière le Guide Suprême. S'ils ont permis à un président sortant affaibli de se porter à nouveau candidat à la magistrature suprême, c'est parce qu'ils ne voient plus en lui une véritable menace. Par surcroît, sa candidature offre l'avantage d'adoucir l'image de la République islamique à l'étranger.

Face aux partisans de l'ordre établi, la majorité silencieuse de la société iranienne commence à peine à se structurer. Les organisations non gouvernementales se comptent par centaines : clubs et associations de toute nature alimentent le pays en nouveaux leaders à l'échelon local comme au niveau intermédiaire. Pris ensemble, ces regroupements expriment un désir profondément enraciné de réforme et de changement. Mais il manque encore à ce mouvement un dirigeant d'envergure nationale et un programme cohérent.

En cette période de transition entre un Etat révolutionnaire et un Etat de droit, que traverse l'Iran, Khatami conserve la capacité - en tout cas, pour le moment - de maintenir le dialogue avec les deux camps en présence. Et chacun des deux camps continue de considérer Khatami comme la meilleure option existante pour mener à bien cette transition par des moyens politiques plutôt que par la violence et la guerre civile.

Tout soutien extérieur accordé au « mollah souriant » ne fera que prolonger la période transitoire sans aider pour autant l'Iran à résoudre aucune des contradictions qui le taraudent. Il existe à coup sûr, dans ce pays, un terreau politique propice à la démocratisation. Mais, bien que Khatami se soit appuyé sur cette base, il ne doit pas être considéré comme son vrai représentant. Comme tous les leaders de transition, il regarde dans les deux directions, écartelé entre un passé décidé à prolonger son agonie et un futur incapable d'accoucher de lui-même.

En fin de compte, la réélection de Khatami perpétue la crise au coeur du pouvoir politique iranien - ce qui n'est pas forcément pour déplaire à l'aile conservatrice de l'establishment. Lors de son précédent mandat, le président de la République islamique n'avait jamais fait la moindre tentative pour élargir le champ du débat politique et contrebalancer le pouvoir des khomeinistes en accroissant celui du peuple. Si, au cours de son second mandat, l'échec de sa politique économique se confirme, Khatami perdra une partie de son crédit auprès de la population... Ce qui risque de le rendre d'autant plus conciliant à l'égard des factions dures de l'establishment.

Une chose est sûre (au-delà même des spéculations sur la courbe de popularité de Khatami) : tant que la Constitution iranienne restera inchangée, la fonction présidentielle demeurera largement virtuelle. Bien que le chef de l'Etat ait soigneusement évité la moindre allusion à une réforme constitutionnelle, certains de ses proches collaborateurs affirment qu'il abordera le sujet au cours de sa seconde présidence. Une fois qu'il aura définitivement conforté sa position - nous expliquent-ils -, Khatami s'élèvera au-dessus des considérations politiques à court terme pour s'attaquer aux causes fondamentales de la crise iranienne. Quand bien même ce pronostic sur les intentions présidentielles se révélerait exact, il faut rappeler que la Constitution, dans son état actuel, ne permet pas au président de proposer des amendements et, encore moins, de les mettre en oeuvre. Tout amendement constitutionnel doit être ratifié par un référendum populaire ; et il n'y a pas de référendum qui tienne sans l'approbation du Guide Suprême. Est-il besoin de préciser que l'on voit mal ce dernier autoriser une consultation qui abolirait ou réduirait ses prérogatives ?

Le scrutin présidentiel de juin dernier aura au moins servi à démontrer une chose : la classe dirigeante n'est pas prête à ouvrir le processus décisionnel à d'autres strates de la société. Pour elle, les élections sont l'occasion d'évaluer l'audience des différentes factions qui existent en son sein, plutôt qu'un moyen de permettre à l'ensemble de l'électorat de fixer des objectifs politiques à la nation et de désigner les personnes qui seront chargées de les atteindre.

Comme un scénario bien rodé, les élections présidentielles ont mis en scène dix candidats certifiés conformes par les instances officielles. Tous de sexe masculin - alors même qu'une douzaine de femmes avaient postulé pour être candidates (13) -, les impétrants approchaient la cinquantaine, dans un pays où 60 % de la population ne dépasse pas les vingt ans. Par ailleurs, tous les candidats retenus étaient des chiites duodécimains, ce qui revenait à ignorer l'importante minorité sunnite (10 % de la population), ainsi que les minorités religieuses non musulmanes (14). Et même le fait d'être un bon chiite ne suffisait pas : les dix candidats étaient tous des émules du défunt ayatollah Khomeini. Autrement dit, les disciples des autres grands ayatollahs du chiisme étaient exclus de la compétition. En outre, sur les dix, cinq étaient originaires de Téhéran et deux d'Ispahan - des agglomérations qui ne représentent pas plus de 20 % de la population totale du pays.

Peut-être plus significatif encore : sept des dix candidats autorisés à concourir se targuaient d'être des sayyeds. Or on estime généralement que la population iranienne compte moins de 1 % de ces descendants du prophète Mahomet. Deux candidats étaient des mollahs, et six des fils de mollahs. Au moins cinq sur dix avaient entre eux des liens de parenté directs ou indirects. Six étaient d'anciens membres du Haut conseil pour la révolution culturelle islamique. L'un des candidats faisait même l'objet d'un mandat d'arrêt international pour meurtre, lancé par un tribunal berlinois. Et, pour compléter le tableau, trois des candidats avaient fait carrière dans l'appareil de répression iranien et participé, à ce titre, à des procès arbitraires et à des exécutions de dissidents. Enfin tous les candidats, sans exception, appartenaient aux sphères gouvernementales de la révolution islamique, ce qui signifiait que la société civile tant vantée par Khatami était tenue totalement à l'écart du processus électoral.

Le profil de ces candidats reflète bien la vision de l'Iran qui prévaut au sein de l'establishment, à savoir une société iranienne coupée en deux, avec, d'un côté, les membres du sérail appelés khodi et, de l'autre, le reste de la société désigné sous l'appellation de biganeh (15). Même les groupes d'opposition traditionnellement tolérés par le régime Khomeini, qui avaient fermé les yeux sur les nombreux crimes de ces deux dernières décennies, n'ont pas été admis à présenter des candidats. Le message était donc on ne peut plus clair : seuls les membres du sérail avaient le droit de prétendre aux plus hautes fonctions de l'Etat.

Le scrutin de juin dernier a été marqué par un taux de participation inférieur à 63 % - soit le taux le plus bas jamais enregistré pour une élection présidentielle en Iran. Khatami a engrangé 21 millions de suffrages, ce qui représente moins de 46 % des électeurs, contre 52 % en 1997.

En guise de conclusion...

L'élection présidentielle de juin 2001 n'a pas résolu les contradictions fondamentales dont souffre la société iranienne, à commencer par celles qui découlent du conflit entre l'Etat et la révolution. On peut d'ores et déjà parier sur une intensification de ce conflit dans les quatre années à venir. Le scénario le plus favorable consisterait en une réhabilitation de l'Etat aux dépens de la révolution - réhabilitation qui permettrait au gouvernement de réaliser enfin les réformes dont le pays a besoin et de retrouver un rôle actif au sein de la communauté internationale. Pour que ce scénario devienne réalité, il faut, d'une part, garantir la liberté d'organisation des partis politiques et, d'autre part, mettre fin au harcèlement des médias. L'ouverture de l'espace politique à de nouvelles forces serait le meilleur moyen de faire retomber la pression et de donner au régime islamiste la possibilité de se transformer sans se renier totalement.

En cas de refus des classes dirigeantes de partager le pouvoir et d'accomplir les réformes qui permettraient d'élargir la base sociale du régime et de redresser l'économie, c'est un scénario beaucoup plus sombre qui pourrait prévaloir. Le risque de voir, alors, les luttes factionnelles dégénérer en affrontements violents ne saurait être négligé, car des centaines de groupes armés, de dimensions variées, sont présents à l'intérieur ou à proximité des centres de pouvoir (à Téhéran, comme dans les provinces).

En l'état actuel des choses, le devenir de l'Iran demeure un facteur largement inconnu dans l'équation politique régionale. La République islamique peut s'engager sur la voie de la normalisation, ainsi que l'a promis Khatami. Mais elle peut, aussi, sous l'emprise de la peur et de la frustration, revenir à ses instincts révolutionnaires radicaux. La communauté internationale serait donc bien avisée de suivre avec attention l'évolution de la situation à Téhéran. Elle devra se tenir prête à tendre une main secourable aux Iraniens en cas de besoin... Tout en veillant à ne pas se laisser entraîner dans le labyrinthe politique d'une révolution qui refuse obstinément d'admettre sa défaite historique.

Notes :

(1) Hojjat al-Islam wa-al-Moslemeen est un degré intermédiaire de la hiérarchie cléricale de l'islam chiite — équivalent à celui de colonel dans la hiérarchie militaire.
(2) Entretien diffusé par la radio La Voix de l'Iran (Los Angeles, 14 juin 1997).
(3) Ces chiffres sont une estimation réalisée par Amnesty International. D'autres organisations de défense des droits de l'homme évaluent le nombre des exécutions sous le régime khomeiniste à plus de 100 000, entre 1979 et 1989.
(4) Le tribunal de Berlin avait accusé Rafsandjani d'appartenir à un comité secret soupçonné d'avoir ordonné et organisé l'assassinat d'au moins 110 dissidents iraniens dans 17 pays : les Émirats Arabes Unis, la Turquie, le Koweït, l'Irak, Chypre, la Grèce, la Suisse, la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, la Norvège, la Suède et les États-Unis.
(5) Nateq-Nuri était, à l'époque, président du Parlement islamique ; il était ouvertement soutenu par les leaders de l'establishment.
(6) Le Conseil des Gardiens de la Constitution (ou Conseil de surveillance de la Constitution) a partiellement annulé les résultats des élections à Téhéran, afin d'assurer l'obtention d'un siège à Rafsandjani. Mais cette manœuvre était si manifestement scandaleuse que l'ex-président décida de ne pas accepter le siège.
(7) Khatami resta silencieux pendant les premiers jours de la révolte. Au cinquième jour, il prit la parole sur Radio Téhéran, dénonça les manifestations des étudiants, et appela à la fin du mouvement.
(8) Le plus connu des proches de Khatami encore en prison est le mollah Abdallah Nouri, ex-ministre de l'Intérieur. Il est le seul, parmi les alliés clefs de Khatami, à avoir demandé une révision de la Constitution destinée à fonder la République sur la souveraineté du peuple et non sur la volonté divine.
(9) Depuis 1998, l'Iran a fait des offres d'investissements à hauteur de 20 milliards de dollars, en particulier dans le secteur de l'énergie. Jusqu'ici, cependant, les investissements étrangers n'ont pas dépassé le milliard de dollars, sous la forme d'un contrat entre Total-FINA et l'État iranien, visant au développement des exploitations pétrolières off-shore dans le golfe Persique.
(10) Il n'y a pas de statistiques officielles. Mais, selon les estimations, il y aurait eu plus de 800 exécutions en Iran, entre juin 1997 et mai 1999.
(11) L'ambassadeur iranien auprès de l'UNESCO, Ali Jalali, rencontra le Grand rabbin d'Israël Eliahu Bakhsi-Doran, lui-même d'origine iranienne, à Rabat, en février 1998. Les rabbins français et britannique, René Sirat et Abraham Levi, participèrent également à cette rencontre. Par la suite, Levi se rendit à Téhéran. Des réunions informelles eurent lieu également entre deux conseillers de Shimon Pérès et un officiel du ministère iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, pendant le Forum économique mondial de Davos, en janvier 1999. L'arrestation de 15 juifs accusés d'espionnage fut organisée par la faction khomeiniste dure, en partie en réaction à la multiplication de ces contacts. En septembre 2000, Mahdi Karrubi, le président du Parlement, a rencontré deux dirigeants d'associations juives américaines à New York pour, selon ses propres termes, « un échange de vues utile ».
(12) Selon des sources concordantes, Muhammad Khatami et Vladimir Poutine ont conclu un accord de principe portant sur l'achat d'armements russes par l'Iran, pour une valeur de 7 milliards de dollars répartis sur les cinq prochaines années.
(13) D'après le dernier recensement de la population iranienne (1997), les femmes représentent plus de la moitié de la population totale. La Constitution ne leur interdit pas de briguer la présidence ; mais le Conseil des Gardiens a fixé comme règle que seuls les hommes peuvent se porter candidats.
(14) Les autres minorités religieuses sont les Zoroastriens (96 000 fidèles), les Juifs (environ 55 000), différentes confessions chrétiennes (autour de 1,2 million) et les Baha'is (environ 500 000). Toutes ces minorités, à l'exception des Baha'is qui ne sont pas reconnus en tant que communauté religieuse, sont représentées au Parlement iranien.
(15) « Khodi » signifie « notre peuple » et « biganeh » signifie « étrange ». Ces termes sont devenus très courants dans le discours politique iranien pour désigner les khomeinistes, d'un côté, et leurs opposants, de l'autre.