Politique Internationale - La Revue n°92 - ÉTÉ - 2001

sommaire du n° 92
ELOGE DU BLAIRISME
Entretien avec Anthony GIDDENS
Sociologue.
conduit par
Brigitte ADES
Chef du bureau britannique de Politique Internationale.
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Dans cet entretien exclusif avec Brigitte Adès, le directeur de la London School of Economics et principal théoricien de la Troisième voie, dont s'inspire le gouvernement britannique, établit un bilan du premier mandat de Tony Blair. Il souligne notamment les succès économiques et la gestion avisée des Travaillistes. Dans le domaine social, les politiques conduites depuis 1997 ne porteront tous leurs fruits que dans quelques années, mais elles semblent en mesure de juguler la pauvreté qui frappe encore de trop nombreuses familles. Anthony Giddens rappelle également que la décentralisation en faveur de l'Ecosse et du Pays de Galles constitue une mutation institutionnelle sans précédent, qui devra être poursuivie et s'appliquer à l'ensemble des régions britanniques. Quant à la réforme du NHS (Service national de santé), elle se poursuivra tout au long du second mandat. Au Royaume-Uni, comme dans les autres pays européens, c'est à une profonde modernisation de la social-démocratie que l'on assiste depuis quelques années. C'est à cette condition que le centre gauche pourra continuer à remplir son rôle : rendre l'économie de marché plus humaine.

Notes :

(1) Le projet de Dôme du millénaire a coûté 758 millions de livres sterling au contribuable britannique. Le gouvernement ne souhaitait l'exploiter qu'un an avant de le céder à des investisseurs privés. Mais malgré six millions d'entrées la première année, le Dôme a dû fermer en décembre 2000, en attente d'un repreneur.
(2) Le secteur ferroviaire britannique a certes connu, depuis sa privatisation, une certaine concentration qui devrait être propice à la reprise des investissements. Une entreprise comme Virgin, par exemple, possède désormais les réseaux nord-ouest du pays tandis que GNER (General North Euston Railway) exploite les lignes du nord-est. Le gouvernement a toutefois décidé qu'il fallait injecter, en partenariat avec le secteur privé, quelque 60 milliards de livres, sur dix ans, dans le secteur ferroviaire. 120 autres milliards sont destinés à la modernisation des réseaux routier et autoroutier, ainsi qu'à celle du métro de Londres.
(3) Sur la question de la modernisation et de la privatisation du métro, le gouvernement a eu maille à partir avec le maire de Londres, Ken Livingstone. Celui-ci, souhaitant protéger le Tube de l'appétit des entreprises privées, a imposé qu'un expert américain en privatisations, Bob Kiley, soit l'intermédiaire incontournable de cette opération. M. Kiley est en train de négocier le maintien d'un contrôle et d'un droit de regard du secteur public, alors que le gouvernement se serait contenté d'un partenariat privé/public. Au total, la contribution publique à la réfection du métro de Londres se montera à neuf milliards de livres, tandis que l'apport privé atteindra treize milliards de livres.
(4) Le « New Deal for the communities » a été lancé par le vice-premier ministre John Prescott en septembre 1998. L'État a débloqué 774 millions de livres, sur dix ans, en faveur de ce programme destiné aux régions les plus défavorisées. En partenariat, là encore, avec le secteur privé, le New Deal cible cinq domaines prioritaires : lutte contre le chômage ; renforcement de l'attractivité du travail ; lutte contre la délinquance ; hausse du niveau scolaire ; et amélioration des conditions de logement.
(5) Le plan de réforme du Service national de santé (NHS) prévoit, entre 2000 et 2010, la construction de 100 nouveaux hôpitaux pour un total de 7 000 lits, ainsi que le recrutement de 2 000 médecins généralistes et de 20 000 infirmières. Le budget de la santé doit augmenter de 6,3 % par an.
(6) Voir l'entretien avec Peter Mandelson, dans ce même numéro de Politique Internationale.