Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
UNE GUERRE AU LONG COURS
Entretien avec Donald RUMSFELD
Secrétaire américain à la Défense
conduit par
Barbara VICTOR
Ecrivain et journaliste.
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Barbara Victor - Monsieur le Ministre, peu avant le début des frappes sur l'Afghanistan, le 7 octobre 2001, vous avez entrepris une tournée au Moyen-Orient et en Asie centrale. Quel était l'objet de ces visites ?

Donald Rumsfeld - Si je me suis rendu en Arabie Saoudite, en Égypte, au sultanat d'Oman et en Ouzbékistan c'était bien évidemment pour m'entretenir de sujets sensibles et confidentiels avec les dirigeants de ces pays. L'un des thèmes de discussion a porté sur la capacité du président Moucharraf à contenir les débordements de la frange la plus radicale de la population pakistanaise une fois que les opérations militaires américaines auraient débuté. Le président pakistanais nous a assuré qu'il tenait la situation en main. Mais ce que nous voulions savoir, c'est combien de personnes, au sein de l'armée, avaient le contrôle de l'arme nucléaire et s'il savait de quel bord politique étaient ces personnes. Les islamistes sont, en effet, très opposés au rapprochement entre Islamabad et Washington.

B. V. &- N'avez-vous pas surestimé sa maîtrise des événements ?

D. R. -C'est l'avis de certains experts. Dans un premier temps, les manifestations anti-américaines au Pakistan n'ont pas eu l'ampleur qu'on aurait pu redouter. Nous restons néanmoins très inquiets tout simplement parce que le Pakistan possède des capacités nucléaires et que, de par sa position en Asie du Sud, il représente une force de stabilisation essentielle.

B. V. &- Le risque existe-t-il de voir surgir de nouveaux Ben Laden au Pakistan ?

D. R. -Il faut prendre garde à ne pas mettre le monde musulman à feu et à sang. C'est pourquoi nous nous efforçons d'associer le plus étroitement possible les pays musulmans à cette coalition afin de faire retomber la pression.

B. V. &- Il a même été question, un moment, d'enrôler des troupes arabes aux côtés des troupes américaines. Cette option a-t-elle été abandonnée ?

D. R. -Nous ne voulons pas rendre la vie des pays arabes encore plus difficile qu'elle ne l'est déjà à la suite de notre action militaire. La cohésion de la coalition dépendra, en définitive, de notre capacité à atteindre l'objectif que nous nous sommes fixé, c'est-à-dire la destruction des camps terroristes en Afghanistan. Si la bataille tourne à notre avantage, ils resteront à nos côtés. Dans ce combat, le président Bush s'est réservé le droit d'agir unilatéralement — une position que l'administration américaine a toujours défendue, et cela depuis les attentats du 11 septembre. Notre priorité est de déloger Ben Laden et Al-Qaida et non pas de renverser le régime afghan. Mais il est évident qu'en prenant les dirigeants talibans pour cibles, nous rendons l'hypothèse de leur chute plus probable.

B. V. &- Début octobre, vous avez rencontré le roi Fahd d'Arabie ainsi que plusieurs hauts responsables saoudiens. Qu'est-il ressorti de vos entretiens ?

D. R. -Que les choses soient claires : je n'étais pas là-bas pour négocier un accès aux bases saoudiennes mais pour obtenir l'appui des autorités et resserrer notre collaboration en matière de renseignement. Officiellement, le gouvernement saoudien condamne le terrorisme mais il n'a pas reçu, de la part de Washington, de demande spécifique de coopération militaire dans le cadre de la riposte en Afghanistan. Jusqu'à présent, je dois dire que nous sommes très satisfaits du soutien que nous apporte le royaume saoudien.

B. V. &- On a l'impression que vous prenez garde de ne pas leur demander plus que ce qu'ils peuvent vous accorder…

D. R. -A vrai dire, nous n'avons pas renoncé à l'idée de demander aux Saoudiens l'autorisation de nous servir de leurs bases. Washington pourrait peut-être être conduit, à partir du territoire saoudien, à envoyer des avions bombarder l'Afghanistan ou à organiser le ravitaillement de ses troupes. Mais, encore une fois, je n'ai pas abordé ce point lors de mes discussions. Il ne faut jamais réclamer plus que ce que vous pouvez obtenir. Cela dit, le problème de l'accès aux bases est loin d'être anodin. Au Pakistan, par exemple, le président Bush a décidé d'en limiter l'usage au strict minimum afin d'éviter les risques de déstabilisation.

B. V. &- Pourquoi les États-Unis ont-ils des rapports aussi difficiles avec l'Arabie Saoudite ?

D. R. -L'Arabie Saoudite a depuis longtemps une attitude ambivalente par rapport aux Américains. Les Saoudiens les ont accueillis avec bienveillance lorsqu'il s'agissait de les protéger contre les armées de Saddam Hussein en 1990 mais, ensuite, ils ont cherché à circonscrire leur rôle par crainte des réactions de leurs propres fondamentalistes. Ils marchent sur la corde raide.

B. V. &- Dans quel domaine les réticences de l'Arabie Saoudite se sont-elles exprimées avec le plus de virulence ?

D. R. -En ce qui concerne le gel des avoirs des organisations liées à Oussama Ben Laden, ils ne sont pas allés aussi loin que nous l'aurions voulu. C'est également le cas de plusieurs autres pays du Moyen-Orient. Nous sommes tout à fait conscients du fait que chaque pays vit dans un environnement différent, a des perspectives différentes et exprime des sensibilités différentes. Nous ne nous attendons pas à ce que toutes les nations du monde prennent publiquement fait et cause pour les États-Unis chaque fois qu'ils s'engagent quelque part.

B. V. &- Et l'Égypte ?

D. R. -Cette crise est l'occasion de consolider nos relations avec un État arabe très important où le ressentiment anti-américain est profondément ancré. Encore une fois, le but de mon voyage — le premier au Moyen-Orient depuis ma prise de fonctions — n'était pas, comme lors de la guerre du Golfe, de négocier l'accès aux installations militaires. Je laisserai cette tâche à mes collaborateurs. Mon objectif était de jeter les bases d'une coopération à long terme dans la mesure où nous sommes engagés dans un combat de longue haleine pour débarrasser la planète du terrorisme. L'Amérique a besoin de maintenir une forte pression militaire dans la région. Nous n'avons pas l'intention de plier bagage après la fin des opérations en Afghanistan, car il faudra continuer à collecter des renseignements sur les réseaux existants. Pour cela, nous avons besoin de disposer des capacités nécessaires, à proximité de la zone concernée, afin de réunir des informations et, lorsque ces informations permettent d'identifier à coup sûr des terroristes, de prendre en temps voulu les mesures qui s'imposent pour les détruire.

B. V. &- Votre mission est donc beaucoup plus difficile que celle de Dick Cheney en 1990…

D. R. -En 1990, Dick Cheney cherchait à obtenir la permission des États du Golfe d'installer sur leur sol un énorme corps expéditionnaire allié pour refouler les troupes irakiennes du Koweït. Mon but est de rassembler des pays disparates et potentiellement instables dans le cadre d'une mission elle-même susceptible d'évoluer.

B. V. &- Quel est le principal obstacle auquel vous vous heurtez dans la mise en œuvre de cette stratégie ? D. R. — La principale difficulté tient à la contradiction suivante : plus nous ferons pression sur les États modérés et souvent autocratiques du monde arabo-musulman pour obtenir leur concours et plus nous courons le risque de les déstabiliser. S'ils vont trop loin dans leur soutien à notre campagne anti-terroriste, ils seront, au mieux, perçus comme des laquais de l'Amérique et, au pire, renversés par des groupes radicaux. Prenons l'exemple du Pakistan : sa contribution la plus importante à notre action militaire pourrait se limiter au domaine du renseignement. Il en va de même pour des pays comme la Russie, l'Égypte et, à un degré moindre, la Chine.

B. V. &- Croyez-vous que les réseaux terroristes aient été, ne serait-ce qu'indirectement, financés par le régime saoudien ? D. R. — Les forces américaines positionnées sur le territoire de l'Arabie Saoudite comptent pas moins de 5 000 hommes. Le Royaume abrite, en outre, une importante base aérienne sur laquelle sont stationnés des F15, des F16 ainsi que d'autres appareils de l'US Air Force. L'Arabie Saoudite est un allié fidèle et l'un de nos plus importants fournisseurs de pétrole. Dans le même temps — ce n'est un secret pour personne —, les Saoudiens adhèrent majoritairement à une version dure de l'islam connue sous le nom de « wahhabisme », dont ils financent l'expansion et qui est réputée proche de celle qu'embrassent les militants extrémistes. Il n'est donc pas facile, pour la monarchie, de faire des choix stratégiques clairs dans ce conflit. Sans même parler du fait que Ben Laden est né en Arabie Saoudite.

B. V. &- Que va devenir le gouvernement des Talibans en Afghanistan ? Si jamais les étudiants en religion étaient chassés du pouvoir à la suite de la riposte américaine, comment et par qui allez-vous les remplacer ? D. R. — Je vous renvoie aux propos tenus par Tony Blair. Quinze jours après les attentats, il avait fait une déclaration très dure dans laquelle il enjoignait les Talibans de livrer Ben Laden ou bien de céder le pouvoir. Le président Bush, de son côté, a tenu à préciser que les États-Unis n'avaient pas l'intention d'impliquer leurs forces armées dans des opérations de nation building. C'était, de sa part, une allusion transparente à ce qui s'est passé en Somalie et dans les Balkans. Le problème, c'est que nous nous adressons simultanément à des publics très différents, chaque fois que nous prenons la parole. Un discours de fermeté a toutes les chances d'être bien perçu chez nous, en Amérique, et, à des degrés variables, en Europe. Tandis que, dans le monde islamique, la moindre déclaration donnant à penser que nous avons engagé une croisade contre l'islam plutôt qu'une action concertée pour abattre Ben Laden peut avoir des répercussions catastrophiques. B. V. — Êtes-vous déçu par l'attitude du président Moubarak qui ne s'est pas montré très enclin à coopérer avec vous, malgré le drame qui a frappé l'Amérique ? D. R. — Le président Moubarak a ses propres problèmes à régler, à commencer par ceux que lui posent les groupes islamistes hostiles à son gouvernement. Faut-il vous rappeler que ces gens-là ont assassiné Anouar el-Sadate, il y a tout juste vingt ans. A voir l'anti-américanisme dont fait preuve la presse égyptienne et la façon dont elle rend compte de la crise actuelle, on mesure à quel point la situation d'Hosni Moubarak est inconfortable. D'autant que les États-Unis ont longtemps été le principal bailleur de fonds de l'Égypte.

B. V. &- L'Ouzbékistan est-il le pays le plus indiqué pour servir de base arrière aux forces américaines ? D. R. — Cette ex-république soviétique, ancienne tête de pont de l'Armée rouge en Asie centrale durant la guerre d'Afghanistan, dispose non seulement d'une armée de métier aux effectifs conséquents, mais aussi de bases militaires bien équipées. Des détachements des forces spéciales ainsi que des appareils de l'US Air Force étaient présents dans la zone avant le déclenchement des opérations militaires et c'est pour cette raison que je me suis rendu là-bas dans les jours qui ont précédé notre riposte. Cela dit, il ne faut pas oublier que cet État est, lui aussi, confronté au fondamentalisme islamiste. A cet égard, tout porte à croire que l'Ouzbékistan fait le même calcul que la Russie vis-à-vis de la Tchétchénie : Tachkent espère que sa coopération avec les États-Unis lui vaudra d'être soutenu, à l'avenir, dans sa lutte contre ses ennemis intérieurs. Comme toujours en pareilles circonstances, on constate qu'un certain nombre de pays voient dans la crise actuelle un facteur de déstabilisation, tandis que d'autres y voient une occasion de promouvoir leurs intérêts. Ce qui est sûr c'est que nous devons veiller à ne pas nouer des liens trop étroits avec des pays qui ne partagent pas nos valeurs.

B. V. &- Quels seront, à terme, les effets de la riposte militaire américaine sur le conflit israélo-palestinien ? D. R. — D'une part, je crois qu'il est trop tôt pour répondre à cette question. Et, d'autre part, j'estime que l'évolution de la situation au Moyen-Orient dépend, d'abord et avant tout, des principaux protagonistes du conflit. C'est à eux de poser les fondements d'une nouvelle relation et de dessiner le visage de l'avenir.

B. V. &- Les États-Unis vont-ils reprendre leur bâton de pèlerin et s'impliquer à nouveau dans la recherche d'une solution négociée ? D. R. — Notre rôle n'est pas de négocier avec les Israéliens et les Palestiniens. Tout ce que nous pouvons faire, c'est rencontrer les uns et les autres pour les aider à formuler les conditions d'une issue pacifique à la crise.

B. V. &- Comment allez-vous traiter la question du terrorisme au Moyen-Orient ? D. R. — C'est un travail de longue haleine. Nous voulons que l'ensemble des États de la planète reconnaissent la réalité de cette menace. Nous voulons qu'ils comprennent la gravité de la blessure qui a été infligée à notre pays. Nous voulons inciter toutes les nations à collaborer avec nous de différentes façons, y compris par la voie diplomatique. Nous voulons que les pays concernés gèlent les comptes ouverts par les membres des organisations terroristes. Quant aux actions militaires, quelles qu'elles soient, nous souhaitons naturellement qu'elles bénéficient du plus large soutien possible. En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, il est évident que chacune des deux parties doit s'efforcer d'éliminer les organisations terroristes présentes sur son territoire.

B. V. &- Dans combien de pays l'organisation Al Qaida est-elle présente, selon vous ? D. R. — A ma connaissance, la nébuleuse Al Qaida est active dans 50 à 60 États.

B. V. &- J'imagine que vous n'avez pas l'intention de les bombarder tous… Comment comptez-vous vous y prendre pour mettre ce réseau terroriste hors d'état de nuire ? D. R. — Il n'y a pas de recette miracle. Comme je viens de le dire, il faut une action globale qui s'appuie sur les efforts de tous et qui se déploie sur différents fronts : financier, économique, politique, diplomatique et militaire. Et j'ajoute, pour ce qui est du volet militaire, qu'il faudra aussi avoir recours à l'action clandestine ; car l'ennemi auquel nous sommes confrontés se tient tapi dans l'ombre.

B. V. &- Vous évoquiez précédemment les menaces de déstabilisation qui pèsent sur certains pays. Cette crainte est-elle vraiment présente dans votre esprit ? D. R. — Tout le monde se doit d'être extrêmement attentif aux effets secondaires qui peuvent découler de notre riposte. Nombreux sont les pays qui figurent sur la liste noire du terrorisme. Nombreux sont ceux que l'on soupçonne d'encourager le terrorisme international. Le président Bush a indiqué clairement que la seule façon de combattre ce fléau est de le frapper au cœur en s'en prenant aux États qui abritent et aident les réseaux terroristes. Est-il besoin de rappeler que, jamais depuis la guerre de Sécession, les États-Unis n'avaient subi autant de pertes en une seule journée que lors des attentats du 11 septembre dernier ?

B. V. &- Comment se fait-il que nos services de renseignement aient, avant le 11 septembre, failli à ce point à leur tâche ?

D. R. -Pendant des décennies, notre appareil de renseignement a été développé et conçu pour traiter les problèmes de la guerre froide. Nous nous sommes concentrés sur les pays du Pacte de Varsovie, nous sommes efforcés de dénombrer leurs moyens — navires, canons, chars, avions — et avons fini par bien comprendre nos adversaires et la nature de la menace. Mais cette époque est révolue et l'Union soviétique n'existe plus. Nos cibles sont désormais multiples, beaucoup plus complexes et disséminées à la surface du globe. A la fin de la guerre froide, nous avons assisté à un relâchement des tensions et à un accroissement des échanges mondiaux de technologies, y compris d'armes très puissantes et de missiles. Nous devons en prendre conscience et conserver la trace de ces armes qui mettent en péril les peuples libres. Le département de la Défense a mis au point, ces derniers mois, une nouvelle stratégie : il ne s'agit plus seulement de s'occuper de menaces spécifiques — nord-coréenne, irakienne, etc. — mais de nous réorienter vers l'examen des diverses capacités qui, de par le monde, sont susceptibles de mettre en péril nos intérêts. La prolifération aidant, ces technologies sont désormais présentes en de nombreux points du globe. En outre, les technologies à usage dual et les communications par fibre optique nous compliquent singulièrement la tâche. Mais nous avons redéfini notre stratégie nationale afin de pouvoir organiser, entraîner et équiper nos forces en fonction de ces capacités virtuelles, plutôt que — je le répète — d'une menace spécifique et tangible émanant de tel ou tel pays ou entité géographique. Cela dit, nous savions que nous n'étions pas à l'abri de l'effet de surprise et de l'incertitude.

B. V. &- Quelles sont les mesures prises par la Défense et la CIA pour empêcher que pareille attaque ne se reproduise ?

D. R. -Depuis le discours de La Citadelle (1) prononcé par le président avant même la campagne électorale, le mot d'ordre est : capacités. Un bref coup d'œil sur le monde d'aujourd'hui suffit pour observer que les missiles sol-air deviennent le principal moyen de défense d'un État. Pourquoi ? Parce que les opérations aériennes étant une composante essentielle de toute guerre moderne, il est capital pour chaque pays de pouvoir s'en protéger. Les États veulent avoir des mines, des sous-marins conventionnels, des vedettes lance-torpilles pour dresser une barrière d'entrée dans les zones où ils ne souhaitent pas voir intervenir les États-Unis, leurs amis et leurs alliés. Nous devons, quant à nous, priver nos adversaires de sanctuaires, les empêcher de se cacher, et être capables de pénétrer leur territoire en profondeur, là où on ne peut les atteindre avec des bateaux et des avions. Bref, nous devons trouver le moyen de les frapper où qu'ils soient. Ajoutons la question des opérations spatiales, qui a gagné en importance au cours des derniers mois. Bref, ce que nous tentons d'acquérir, c'est une force taillée sur mesure pour défendre les États-Unis, dissuader tout agresseur et être capable, au besoin, de remporter deux conflits plus ou moins concomitants.

B. V. &- Comment faire pour priver un ennemi de sanctuaire ?

D. R. -Par une coopération, en matière de renseignement, avec nos amis, nos alliés, et tous les États qui veulent collaborer avec nous. Nous devons disposer d'informations nous permettant de porter notre regard au-delà de l'horizon, de déplacer nos troupes rapidement, d'ajuster nos déploiements de forces en fonction des circonstances et de frapper à distance. C'est ce que nous faisons actuellement en Afghanistan.

B. V. &- Les vols aériens sont-ils redevenus sûrs depuis le 11 septembre ?

D. R. -Grâce aux mesures mises en place, ils le sont plus que jamais depuis de nombreuses années.

B. V. &- Que reste-t-il de la capacité de nuisance de Ben Laden ?

D. R. -Il conserve des cellules dans le monde entier, et un réseau financier qui achemine les fonds nécessaires à leurs activités. Notre tâche consiste à empêcher les Talibans d'exporter du terrorisme.

B. V. &- Combien de temps l'offensive anti-terroriste, sous ses diverses formes, durera-t-elle ?

D. R. -Des années. Car nombre de personnes appartenant au réseau de Ben Laden sont littéralement bloquées aux États-Unis et dans les pays européens. Dans ces conditions, nous sommes vulnérables. La liquidation des réseaux dormants exigera un long processus comportant, notamment, des mesures financières et la coopération de tous ceux qui disposent d'informations utiles.

Notes :

(1) Dans ce discours prononcé en septembre 1999 en Caroline du Sud, George W. Bush mettait l'accent sur la Révolution dans les affaires militaires (RMA), c'est-à-dire sur l'adaptation, en particulier technologique, de l'outil de défense américain aux nouvelles menaces, notamment terroristes et balistiques.