Politique Internationale - La Revue n°93 - AUTOMNE - 2001

sommaire du n° 93
ZIMBABWE: LA TERRE ET LE SANG
Entretien avec Robert MUGABE
Président du Zimbabwe depuis 1980
conduit par
Colette Braeckman
Journaliste
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Colette Braeckman - Monsieur le Président, le Zimbabwe a signé, le 7 septembre dernier, un accord avec la Grande-Bretagne afin de mettre fin à la grave crise que traverse votre pays depuis 18 mois. A quelles conditions cet accord peut-il réellement déboucher sur un apaisement des tensions entre Noirs et fermiers blancs ?

Robert Mugabe - Il faudra évidemment que tout le monde joue le jeu, accepte que la loi soit appliquée. A cet égard, je vous signale que la Cour suprême vient d'autoriser le gouvernement à poursuivre sa réforme agraire, c'est-à-dire à acquérir des terres appartenant à des fermiers blancs pour les redistribuer à des cultivateurs noirs. Cette décision peut contribuer à apaiser les tensions, car le dernier mot doit revenir à la loi. Il faudra aussi que, conformément aux accords de Lancaster House et aux promesses faites à Abuja, la Grande-Bretagne contribue financièrement au dédommagement des fermiers blancs et qu'elle encourage les autres bailleurs de fonds occidentaux à faire de même. L'assistance du Programme des Nations unies pour le développement sera la bienvenue.

C. B. - Revenons, si vous le permettez, sur les événements de ces derniers mois. Pourquoi avez-vous soudain décidé d'imprimer un coup d'accélérateur à la réforme agraire ? Pourquoi avez-vous envoyé des vétérans de la guerre de libération occuper les fermes des Blancs ?

R. M. - Nous sommes avant tout un peuple rural qui a besoin de terres pour vivre. Nous sommes un peuple d'éleveurs ; nous vendons du bœuf à l'Union européenne. Mais nous sommes aussi des cultivateurs : outre le tabac, nous produisons du maïs, du millet, du sucre, du café et du thé. Durant l'époque coloniale, notre peuple a été privé de sa terre. La question était évidemment au cœur des négociations de Lancaster House (1). L'accord prévoyait que les terres devaient être cédées sur une base volontaire et que les fermiers blancs devaient recevoir une compensation financière. De notre côté, nous estimions qu'il était impossible de faire payer à nos pauvres paysans le prix du rachat. D'autant que ces terres avaient été saisies de force, pour rien. A l'époque, le gouvernement britannique déclara qu'il n'avait pas les moyens de subvenir seul à ces acquisitions foncières. Nous avons alors accepté l'offre des Américains qui proposaient de contribuer au fonds de compensation. Ce qu'ils firent après l'indépendance, de manière substantielle, de même que les Britanniques et les autres bailleurs de fonds. Les premiers fermiers expropriés ont ainsi pu être dédommagés. Mais lorsque Ronald Reagan arriva au pouvoir, au début des années 80, les Américains cessèrent leurs versements, et Margaret Thatcher ne tarda pas à leur emboîter le pas. Nous avons essayé de négocier avec les Britanniques, mais ils sont restés inflexibles. Quand John Major a été élu, nous avons recommencé à négocier. A ce moment-là, nous n'avions encore réinstallé que 65 000 familles à cause du manque de fonds. Nous étions également paralysés par la Constitution dont nous avions hérité lors de l'indépendance, et dont les clauses ne facilitaient guère l'acquisition rapide de la terre. Le principe de la cession volontaire a, en effet, très vite montré ses limites. Or il est impossible de réinstaller les gens dans ces conditions. Les paysans, et c'est bien normal, veulent des terres qui se rejoignent, proches de leurs habitations, des terres où ils retrouvent leurs traditions ancestrales. S'ils se réinstallent, ils viennent avec leurs chefs, leurs bergers, ils veulent rester ensemble…

C. B. - En 1990, vous avez donc modifié la Constitution…

R. M. - Exact, mais nous n'avions toujours pas d'argent pour indemniser les fermiers. C'est alors que nous avons adopté le « Land Acquisition Act » (2). Le principe des compensations n'a pas été abandonné, car nous espérions encore pouvoir négocier avec les Britanniques. Et, de fait, en 1995, M. Major envoya une délégation de six personnes à Harare afin d'examiner la situation. Cette équipe rédigea un rapport en notre faveur. En juin 1996, nous avons dépêché à Londres une délégation composée, entre autres, du ministre de l'Agriculture afin de relancer les pourparlers. Mais, par la suite, John Major perdit les élections au profit de Tony Blair et ce dernier prit le contre-pied de son prédécesseur : il déclara qu'il n'avait aucune responsabilité coloniale et qu'il pouvait seulement nous aider à lutter contre la pauvreté. Devant cette fin de non-recevoir, nous avons décidé d'aller de l'avant et d'appliquer nos propres critères (3)…

C. B. - Quels sont vos critères ? Toutes les terres des Blancs sont-elles susceptibles d'être saisies ?

R. M. - Si un fermier possède plusieurs fermes, nous en prenons une. S'il n'en a qu'une seule, nous la lui laissons, sauf si elle jouxte des terres communales. Dans ce cas, on s'arrange pour lui en acheter une autre. Il faut veiller à ce que personne ne soit lésé… Quant aux fermiers blancs qui vivent en Grande-Bretagne ou qui n'utilisent pas la totalité de leurs terres, nous sommes autorisés à procéder à une saisie. De nombreuses exemptions sont prévues, par exemple en faveur de ceux qui produisent du sucre pour l'exportation, des agrumes, des semences, ou qui font de la reforestation. Malgré cela, les fermiers blancs ont continué à protester. Nous ne cessions pourtant de leur répéter qu'ils ne seraient pas chassés, mais qu'ils devaient être prêts à corriger les injustices du passé (4)…

C. B. - Mais pourquoi êtes-vous allés si vite, tout à coup ?

R. M. - A l'approche de la saison des pluies, nous voulions accélérer le mouvement. Nous n'allions pas attendre que les routes, les cliniques, les adductions d'eau et les habitations soient construites pour installer nos fermiers. Certes, nous avons besoin d'eau et d'écoles. Mais la priorité n'est pas là : nous avons décidé de recenser les terres dont nous avons besoin, de démarrer les cultures et de mettre en place les élevages. Les maisons seront pour plus tard. Les gens seront aidés par des brigades de construction ; même l'armée donnera un coup de main… Mais, pour l'heure, nous devons labourer. Il faut que tout soit prêt avant les pluies.

C. B. - Il n'empêche que les fermiers se sont plaints du comportement agressif des vétérans. Le communiqué publié à l'issue de la réunion du Commonwealth met d'ailleurs l'accent sur la nécessité de respecter les droits de l'homme et de rétablir l'État de droit…

R. M. - Si les vétérans ont occupé des fermes, c'est qu'ils estimaient que le gouvernement était trop lent. Ils voulaient lui forcer la main. La police aurait pu maîtriser la situation, mais pour cela elle aurait dû ouvrir le feu… L'armée aussi aurait pu intervenir, mais j'ai refusé. Je pensais qu'il était préférable de traiter l'affaire sur le plan politique. Nous avons donc convoqué les leaders des vétérans de guerre, nous leur avons dit que nous comprenions la raison pour laquelle ils voulaient des terres, mais nous leur avons demandé de ne pas commettre d'actes de violence. En même temps, nous avons recommandé aux fermiers de se montrer compréhensifs et, en cas de litiges, d'attendre l'intervention du gouvernement. Il est probable que, à la suite de l'accord d'Abuja, certaines fermes aujourd'hui occupées seront retirées de la liste. Car occupation ne signifie pas propriété. En dernier ressort, c'est au gouvernement de trancher. La procédure d'évaluation peut prendre deux mois, après quoi nous décidons si la terre peut ou non être expropriée. Au total, il faut compter trois mois. Nous sommes d'accord pour indemniser tous les investissements réalisés, les travaux d'irrigation, les barrages, les routes, les clôtures. Mais le prix de la terre, lui, dépend des Britanniques : c'est eux qui doivent payer (5).

C. B. - On vous a accusé d'entretenir la violence dans le pays…

R. M. - S'il y avait eu autant de violence qu'on le dit, croyez-moi, tous les Blancs seraient partis ! Évidemment, certains fermiers sont furieux et, en attendant l'arbitrage du gouvernement, il y a des conflits avec les nouveaux occupants. Vous faites sans doute allusion dans votre question aux incidents dans la région de Chinoyi où une vingtaine de fermiers blancs ont été arrêtés. C'est regrettable, mais l'un d'entre eux avait fait appel à ses voisins pour s'en prendre violemment aux occupants, des agriculteurs noirs qui se trouvaient sur sa ferme. C'était très imprudent de sa part…

C. B. - Le Zimbabwe a très mauvaise presse non seulement à cause de la réforme agraire, mais aussi en raison de son engagement militaire en République démocratique du Congo. Pourquoi êtes-vous intervenu dans ce pays avec lequel vous n'avez aucune frontière commune ?

R. M. - Est-ce vraiment une erreur que de soutenir le gouvernement d'un pays qui a été envahi par un État voisin en violation des règles du droit international ? N'en avez-vous pas fait autant lorsque Hitler voulait conquérir toute l'Europe ? A cette époque, la Grande-Bretagne ne s'est-elle pas portée au secours de la France envahie ? Si nous sommes intervenus, c'était pour empêcher le Rwanda et l'Ouganda de s'immiscer dans les affaires d'un gouvernement souverain. Lorsque Laurent-Désiré Kabila s'est rendu en Angola pour demander l'aide du président José Eduardo dos Santos et du président de Namibie Sam Nujoma, ceux-ci m'ont appelé et nous avons aussitôt convoqué une réunion des ministres de la Défense de la SADC, la Conférence des États d'Afrique australe. Il a alors été décidé d'assister la République démocratique du Congo et, via l'Organe de défense de la SADC que je préside, nous avons envoyé un message à tous les pays membres afin qu'ils nous appuient. Certains l'ont fait, d'autres ont refusé — ceux qui collaboraient avec le Rwanda et l'Ouganda pour tenter de renverser Laurent-Désiré Kabila. J'ajouterai qu'il ne s'agit pas de notre première intervention : au Mozambique, nous sommes restés sept ans. Quelle est la différence ?

C. B. - On vous a reproché d'être allé en RDC pour des raisons économiques…

R. M. - C'est plutôt l'inverse, car cette intervention nous a coûté beaucoup d'argent. Lorsque nous avons rencontré Kabila à Windhoek, et que nous lui avons dit que cette opération pesait trop lourd sur notre budget, il nous a déclaré, à Nujoma, dos Santos et moi-même : « Mes frères, je n'ai pas encore la maîtrise de mon économie mais, si vous voulez, nous pouvons tenter d'établir des joint-ventures. » C'est ce que nous avons fait, notamment à Mbuji Mayi, la capitale du Kasaï, dans les secteurs du bois et du diamant. Pour vous dire la vérité, je n'ai jamais vu un seul diamant congolais. Je ne sais pas à quoi ils ressemblent ! Je ne connais que les diamants du Botswana. Jusqu'à présent, nous n'avons encore rien gagné. Mais je reconnais que nous participons à des joint-ventures… Il n'y a rien de mal à cela. En tout cas, je peux vous assurer que nous n'avons pas pillé le pays. Au contraire : comme je vous le disais, nous avons perdu des équipements, mais aussi des hommes. Quoi qu'il en soit, je ne regrette rien. Nous avons empêché Kinshasa et Lubumbashi de tomber aux mains des rebelles. Après l'assassinat de Kabila, c'est nous qui avons assuré la sécurité de Kinshasa. Nous avons protégé Joseph Kabila et les membres de son gouvernement, ainsi que les missions diplomatiques et les citoyens étrangers. Notre présence a évité qu'éclatent des émeutes pendant les funérailles du président. Grâce à nous, il n'y a pas eu de troubles. Si nous sommes intervenus, c'est dans l'intention de stabiliser le Congo et de permettre au processus de paix de se dérouler normalement.

C. B. - Quand allez-vous entamer le retrait de vos troupes et à quelles conditions ?

R. M. - Aussitôt que les forces des Nations unies se seront déployées. A ce propos, nous espérons que les pays francophones, et pourquoi pas la Belgique, enverront des troupes pour renforcer les unités onusiennes. Au Congo, nous avons entretenu jusqu'à 12 ou 13 000 hommes. Cette action a été menée de bonne foi. Vous savez, nous avons tiré la leçon de notre propre histoire : jamais nous n'aurions pu parvenir à l'indépendance si nous n'avions pas eu le soutien du reste de l'Afrique, de la Zambie, de la Tanzanie où nous entraînions nos hommes, de l'Algérie et de l'Égypte. Même la Chine était derrière nous, alors que l'Union soviétique appuyait N'Komo (7). Nous avions besoin d'être aidés à cette époque. C'est ce passé qui nous donne la volonté d'aider d'autres pays à notre tour. Pour ce qui est des conditions, c'est très simple : nous demandons que les accords de paix de Lusaka soient mis en œuvre (8). Et, comme je vous l'ai dit, nous attendons que les forces de maintien de la paix de l'ONU arrivent dans le pays.

C. B. - Vous soutenez donc le gouvernement de Joseph Kabila ?

R. M. - Oui, nous le soutenons, dans la mesure où il met sur pied un processus de paix qui devrait ouvrir la voie à une évolution démocratique débouchant sur des élections. Nous voulons un dialogue, puis des élections. Nous avons donné des conseils à Joseph Kabila : comment reconstruire son administration, réorganiser son agriculture. Mais tout cela prend du temps. Il est encore inexpérimenté, et les structures du pays ont été détruites par Mobutu Sese Seko. Nous allons l'épauler mais nous lui avons dit aussi que nos conseils ne suffisaient pas et qu'il devait prendre d'autres avis, auprès de pays amis, y compris la France et la Belgique. Lors de mon dernier voyage en Europe, j'ai, du reste, plaidé la cause de Joseph Kabila. C'est un jeune homme plein de bonnes intentions qui mérite d'être aidé.

C. B. - Pensez-vous vraiment que des élections démocratiques seraient possibles dans l'ensemble de la RDC ?

R. M. - Il faut qu'elles le soient. A condition, évidemment, que les envahisseurs se retirent. Car je vois mal comment Joseph Kabila pourrait organiser des élections alors qu'une partie de son pays se trouve sous la menace des fusils. Nous ne refusons pas du tout d'encourager le processus de paix, mais nous trouvons que les Nations unies ne sont pas assez rapides. Pour tout dire, nous sommes déçus par l'ONU. Les observateurs chargés de surveiller le cessez-le-feu et le retrait de la ligne de front ne sont que 5 000. C'est très insuffisant.

C. B. - Quelle a été la teneur de vos entretiens avec le président rwandais, Paul Kagame, qui s'est rendu récemment à Harare ?

R. M. - Nous l'avons bien reçu et il nous a exposé ses deux objectifs : il souhaite que le président Joseph Kabila accepte de retirer les Interhahamwe (9) et les autres éléments négatifs qui se trouvent dans son armée, et qu'ils soient ensuite rapatriés au Rwanda ou envoyés dans un pays tiers où ils ne représenteront plus une menace pour son pays. Son deuxième souhait est que le Rwanda devienne à son tour membre de la SADC. Je lui ai répondu que ce processus d'adhésion pouvait prendre du temps et que, de toute façon, personne ne voudrait l'admettre dans l'organisation aussi longtemps que son armée se trouverait au Congo. Je lui ai tout de même promis d'en parler à mes collègues, mais tout le monde est d'accord pour considérer le retrait des forces comme un préalable. Que les choses soient claires : nous ne sommes pas en guerre avec le Rwanda ni avec l'Ouganda, simplement nous désapprouvons le fait qu'ils aient envoyé des soldats au Congo.

C. B. - On vous accuse parfois de soutenir les Interhahamwe, et même de les entraîner au Zimbabwe…

R. M. - C'est absolument faux.

C. B. - L'engagement en RDC n'est-il pas l'une des causes de votre actuelle disgrâce sur le plan international ?

R. M. - Certainement, et nous ne méritons pas un tel traitement. Les Ougandais et les Rwandais seraient-ils des saints et serions-nous des démons ? Quelle est cette morale où ceux qui essaient d'aider leurs voisins sont punis alors que ceux qui les attaquent sont récompensés ? Si c'est cela la voie du Paradis, je la refuse. Je ne lis pas la Bible de cette façon. Nous sommes stupéfaits de l'amoralité de pays comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis, qui sont même allés jusqu'à proposer une loi interdisant d'aider le Zimbabwe (10). Quelle offense avons-nous donc infligée aux États-Unis ? Où sont leurs principes ? Nous ne pouvons accepter de telles pressions.

C. B. - N'avez-vous jamais craint pour votre sécurité ?

R. M. - Vous savez, ce n'est pas nouveau. Depuis la lutte pour l'indépendance, je me sais menacé. Mais je n'ai pas peur, parce que je suis guidé par des principes de moralité et de légalité. Je ne peux céder à personne la souveraineté de mon pays.

C. B. - Compte tenu de votre âge — vous avez 78 ans —, serez-vous candidat à l'élection présidentielle de l'an prochain ?

R. M. - Oui, mon parti va présenter ma candidature et j'ai bien l'intention d'être élu. Je déciderai ensuite du moment de mon départ. Mais pas avant d'avoir mené à bien la réforme agraire. Parce que c'est pour cela que, dans ma jeunesse, j'ai entamé la lutte de libération. Pour que notre peuple acquière la maîtrise totale des ressources de notre pays. Je veux que mon peuple soit souverain, politiquement et économiquement. Alors seulement je pourrai me retirer. Tels sont les principes pour lesquels j'ai sacrifié ma vie et passé onze ans en prison…

C. B. - Le peuple comprend-il encore le sens de votre combat ?

R. M. - C'est vrai, parmi les jeunes citadins, certains ne me soutiennent pas. Ils ne savent plus pourquoi je me bats. Ils ont oublié le passé et me critiquent parce qu'ils ne trouvent pas de travail. Dans toutes les situations, il y a des éléments négatifs, des déserteurs, des traîtres. Mais je n'ai aucun doute sur la maturité de mon peuple, surtout dans les régions rurales. Dans les villes, la population est mélangée, il y a des gens qui viennent de différentes tribus, du Malawi, du Mozambique. Dans les campagnes, au contraire, ils ont gardé leurs racines. C'est grâce aux campagnes que nous avons gagné la guerre de libération et ce sont les paysans qui ont payé le plus lourd tribut : leurs maisons ont été brûlées, ils ont été déplacés. C'est ce que Tony Blair et les autres ne comprennent pas lorsqu'ils exercent sur nous des pressions économiques : ils oublient que nous avons un passé, et que nous allons continuer à nous battre. Nous ne céderons pas. Ici, les gens vivent de ce qu'ils cultivent ; ils peuvent résister…

Notes :

(1) Les accords de Lancaster House, conclus à la veille de l'indépendance du Zimbabwe en 1980, avaient mis fin à la sécession de Ian Smith, à la guerre entre l'armée du pouvoir blanc et les mouvements de libération, la ZANU (Zimbabwean National Union) de Robert Mugabe et la ZAPU (Zimbabwean People's Union) de Josuah N'Komo. Ces accords avaient été patronnés par la Grande-Bretagne et les États-Unis.
(2) Le Land Acquisition Act (loi sur l'acquisition des terres), adopté en 1990, met en place une nouvelle réforme agraire, plus radicale que celle entamée en 1980. Cette dernière prévoyait d'offrir à 160 000 familles dénuées de terre une parcelle de 5 hectares à cultiver, et cela dans un délai de trois ans. En 1990, seules 62 000 familles avaient été réinstallées. En 1990, dès l'expiration du moratoire de dix ans fixé par les accords de Lancaster House, le cabinet décida de réviser à la hausse le nombre d'hectares à acquérir dans le cadre de la réforme (soit 8,3 millions). Une nouvelle répartition entre les différents secteurs agricoles (terres communautaires, grandes exploitations commerciales, petites exploitations commerciales, fermes d'État) a également été définie.
(3) Les Britanniques, pour leur part, assurent qu'ils n'ont jamais refusé de payer les compensations promises, mais à condition que la réforme agraire se déroule sur des bases claires et transparentes et que les terres saisies aux Blancs soient redistribuées à de véritables fermiers noirs et non à des protégés du régime. Ces exigences se retrouvent dans l'accord conclu à Abuja, dont l'application risque d'achopper pour les mêmes raisons…
(4) Aux termes de l'accord d'Abuja, certaines des 2 700 fermes déjà saisies devront être retirées de la liste, au risque, pour les autorités, de se trouver en conflit avec les vétérans.
(5) A Abuja, les Britanniques ont accepté de contribuer à un fonds de compensation qui sera géré par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), dont l'administrateur, Mark Malloch Brown, avait depuis longtemps proposé ses services pour trouver une solution à la crise.
(6) Robert Mugabe fait ici allusion à l'Afrique du Sud.
(7) Josuah N'Komo, à la tête de la ZAPU, était soutenu par Moscou.
(8) Les accords de Lusaka, conclus en juillet 1999, prévoient, outre un cessez-le-feu et le déploiement de 5500 observateurs de l'ONU, l'organisation d'un dialogue intercongolais, réunissant l'opposition armée (les rebelles), le gouvernement, l'opposition politique et la société civile. A l'issue de ce dialogue, la RDC devrait entrer dans une période de transition qui devrait déboucher sur des élections générales. Le ministre des Affaires étrangères She Okitundu a déclaré que ces élections, qui devraient être précédées d'un recensement général, ne pourraient pas avoir lieu avant trois ans.
(9) Les Interhahamwe, littéralement « ceux qui combattent ensemble », sont les jeunes miliciens rwandais qui furent les principaux auteurs du génocide de 1994.
(10) Désireux de faire pression sur le régime Mugabe pour qu'il mette fin aux occupations de terres par les vétérans, à la répression de la presse indépendante et à d'autres violations des droits de l'homme, le Sénat américain a voté le « Zimbabwe Democracy Bill » qui prévoit de couper toute assistance économique au pays aussi longtemps que certaines conditions ne seraient pas respectées.