Reconnaître un génocide pour en éviter d'autres

n° 147 - Hiver 2015

Après le premier conflit mondial, beaucoup voulaient croire qu'il n'y aurait plus jamais de guerre. Le génocide arménien, commis en plein conflit, avait été masqué par les batailles. En temps de guerre, le grand public ne savait pas exactement ce qui se passait réellement, et d'autres événements vinrent recouvrir cette extermination. Du point de vue des exécutants, le génocide des Arméniens pourrait être qualifié de « génocide réussi ». Il fut effectivement « couronné de succès », puisque plus d'un million et demi d'Arméniens furent tués, et que de très nombreux autres furent poussés à l'exil. Puis les Turcs parvinrent à étouffer l'affaire. On n'évoquait tout simplement pas le génocide arménien. Pendant une courte période, entre 1918 et 1920, la question fut soulevée et certains dirigeants turcs furent jugés coupables de massacres (le terme génocide n'existait pas à l'époque). Mais les Turcs mirent alors en oeuvre une politique négationniste qui fut, là aussi, un « succès ».
Dans le champ des études sur les génocides, nous estimons que la dernière étape d'un génocide est sa négation. Si le négationnisme triomphe, alors le génocide est « réussi ». Or le génocide des Arméniens n'est même pas reconnu par la majorité des États dans le monde... Mais nous y reviendrons.
Lors d'un discours prononcé en août 1939 avant l'invasion de la Pologne, Hitler n'aborda pas l'extermination des Juifs, mais plutôt celle des dirigeants polonais. La thèse centrale de son allocution était qu'il ne fallait pas avoir peur de la civilisation occidentale. C'est dans ce discours qu'il eut cette interrogation : « Qui parle aujourd'hui de la destruction des Arméniens ? » Cette phrase est authentique. Nous avons la preuve scientifique qu'elle a été prononcée, même si les Turcs le nient. Ils publient des livres et tentent de démontrer qu'il s'agit d'une invention.
La Seconde Guerre mondiale offrit aux nazis une occasion pratique de tuer, d'exterminer les Juifs. Nous l'avons dit, la confusion engendrée par le conflit fournit une couverture propice à la perpétration d'un génocide. Il s'agit d'un point commun évident entre les cas juif et arménien. Il y a débat sur l'intentionnalité de l'extermination des Juifs, sur le fait qu'elle ait été préméditée, mais quoi qu'il en soit la période de guerre était opportune pour perpétrer un génocide. Dans le débat entre intentionnalistes et fonctionnalistes, ces derniers avancent que les nazis souhaitaient seulement, au départ, se débarrasser des Juifs, et que les plans se sont enchaînés. Mais, au final, ils devaient concrètement se débarrasser des Juifs, et ils durent donc les tuer. Ce processus est évidemment à rapprocher du génocide arménien. Nous savons, de plus, que certains officiers de la chaîne de commandement hitlérienne avaient appartenu à l'armée turque, et que quelques-uns avaient été personnellement impliqués dans l'extermination des Arméniens. Ces faits sont avérés.
Il existe aussi des différences entre les deux phénomènes. Le génocide arménien fut perpétré avec des moyens « primitifs » : des armes à feu ou des outils approchants. Le génocide juif fut plus « efficace », …

Sommaire

l'Ukraine face à l'agression russe

Entretien avec Arséni Iatseniouk par Isabelle Lasserre

Russie-Occident : une crise durable

par Arnaud Dubien

MINISTRE SANS FRONTIÈRES

Entretien avec Eka Zguladze par Isabelle Lasserre

Pour une russie sans poutine

Entretien avec Mikhail Kassianov par Grégory Rayko et Isabelle Lasserre

la guerre cachée du Kremlin contre l'Europe

par Francoise Thom

Espagne : le bout du tunnel

Entretien avec Mariano Rajoy par Michel Faure

Catalogne : demain l'indépendance ?

Entretien avec Artur Mas par Michel Faure

Colombie : l'adieu aux armes

Entretien avec Juan Manuel Santos par Marie Delcas

De quoi Daech est-il le nom ?

Entretien avec François Heisbourg par Grégory Rayko

La mÉcanique djihadiste

Entretien avec Olivier Roy par Mikael Guedj

Cuba/Etats-unis : les coulisses d'un rapprochement

par Sara Roumette

Plus jamais

par Serge Sargsyan

2015 : l'année du centenaire du génocide

par François Hollande

Le devoir de mémoire

Entretien avec Nicolas Sarkozy par la Rédaction de Politique Internationale

Prévenir les crimes contre l'humanité

par Edward Nalbadian

« Ils sont tombés »

par Charles Aznavour

Légiférer sur le négationnisme

par Israel Charny

De la spécificité du crime de génocide

Entretien avec Yves Ternon par Natalia Rutkevich

Génocide et destruction partielle du groupe national

par Daniel Feierstein

les génocides de la grande guerre

par Mark Levene

Les « nouveaux crimes » de la Turquie

par William Schabas

Analyse d'un négationnisme d'État

par Geoffrey Robertson

Turquie : les ressorts du déni

par Roger w. Smith

Cent ans de négationnisme

par Ragip Zarakolu

Reconnaître un génocide pour en éviter d'autres

par Yair Auron

Les arméniens et le droit au recours

par Alfred-Maurice de Zayas

Le combat des victimes

par Henry Theriault

Le génocide arménien vu d'Allemagne

par Tessa Hofmann