Un nouveau départ pour l’AutorIté bancaIre européenne

Entretien avec Isabelle Vaillant
Directrice du département Prudential Regulation and Supervisory Policy (régulation prudentielle et politique de supervision) à l’Autorité bancaire européenne (ABE),

Dossier spécial : n°168 : Les Hauts-de-Seine, un département-monde

Isabelle Vaillant

Politique InternationaleQuand le déménagement de l ’Autorité bancaire européenne (ABE) a-t-il été décidé ? Est-ce le fruit d’un long cheminement ?

Isabelle Vaillant* — La décision a été prise dans le cadre du processus du Brexit, dont on sait toute l’importance pour l’Europe et pour son fonctionnement. Dès l’instant où le Royaume-Uni a entériné son choix de quitter l’Union européenne, la question d’une nouvelle implantation pour notre Autorité s’est posée. Au passage, nous n’étions pas les seuls concernés car il s’agissait aussi de trouver une autre domiciliation pour l’Agence du médicament. Les deux dossiers ne sont pas liés mais ils suivent la même logique. Bref, le processus de déménagement de l’ABE est enclenché en juin 2017. Quatre grandes étapes, accompagnées d’une série de procédures, vont s’enchaîner.

Dans un premier temps, il faut acter le départ de l’autorité du Royaume-Uni. Tous les grands acteurs sont concernés : le Conseil européen, les ministres des Affaires européennes et bien sûr le Parlement, qui adoptent un texte législatif en conséquence. La deuxième étape consiste dans le recueil des candidatures : pas moins de huit grandes villes — dont Paris, Milan, Francfort, Dublin... — montent officiellement au créneau. Toutes ont des arguments à faire valoir. La troisième étape réside dans l’examen des offres de services par la Commission. Quant à la dernière étape, à savoir la communication du choix définitif des autorités européennes, elle intervient à la fin de l’année 2017. Ce timing sans temps mort s’explique par la bonne coordination des acteurs et leur capacité à planifier le calendrier en amont. C’est aussi le signe que l’Autorité bancaire européenne est un organisme important, qui ne doit être entouré d’aucune indécision.

P. I. Sur quels critères la Commission européenne a-t-elle basé ses évaluations ? Qu’est-ce qui a conduit au choix de Paris et, plus spécifiquement, du quartier de La Défense ? À votre connaissance, la compétition a-t-elle été serrée ?

I. V. — Il ne m’appartient pas de commenter les raisons du choix des ministres. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que les critères d’évaluation sont nombreux et variés. L’accessibilité du site compte pour une part importante, ce qui suppose des modes de transport bien balisés. La présence d’écoles est également prise en compte. L'ABE recense 250 collaborateurs et avec eux des familles dont l’installation doit évidemment se faire dans de bonnes conditions. Les questions de santé sont elles aussi envisagées, avec la nécessité d’établissements médicaux situés à proximité. Ce ne sont là que quelques éléments parmi d’autres qui figurent dans un dossier de candidature. En l’occurrence, le dossier de l’ABE a été examiné de manière très scrupuleuse, et chaque postulant a eu l’occasion de mettre en avant ses atouts. Une fois que Paris a été sélectionné, le déménagement proprement dit a pu commencer. Pas de temps à perdre, c’est un peu le leitmotiv de notre institution. Quand le cap est tracé, il faut le suivre.

P. I.Justement, comment se passe l ’arrivée de l ’ABE à La Défense ?

I. V. — Reprenons le calendrier : entre décembre 2017, communication des résultats pour le choix de paris, et juin 2019, entrée dans nos bureaux à la défense, dix-huit mois se sont écoulés. Dans un premier temps, il a fallu statuer sur l’appel d’offres lancé pour trouver un bâtiment. Deux sites possibles en région parisienne ont été identifiés avant que La Défense ne finisse par s’imposer. Ensuite, des travaux ont dû être effectués. Ce n’est pas une petite opération car l’Autorité bancaire européenne est une institution qui traite un certain nombre de données confidentielles. Il faut que nous puissions travailler dans un cadre totalement opérationnel, bien sécurisé et répondant aux normes de confort. Ces exigences ont été remplies, les délais tenus et notre arrivée officielle en juin 2019 bien préparée. Faut-il préciser que pendant toute cette période, l’ABE n’a jamais cessé de fonctionner normalement ?

Avant le printemps 2019, avant que nous ne soyons installés à La Défense, par un système de rotations, plusieurs de nos cadres se sont succédé à Paris pour amorcer la transition. Faut-il préciser encore que ces étapes ont été validées par les différentes autorités de la Commission ?

P. I. Votre corps d’origine est celui de la Banque de France, mais cela fait plus de huit ans que vous êtes rattachée à l’ABE. Dans quel état d’esprit les personnels de l’Autorité ont-ils abordé ce transfert ?

I. V. — Deux dimensions viennent se superposer. La première est inhérente à nos missions. Nous sommes des personnels européens, qui représentons les 27 pays de l’Union, et nous sommes naturellement ouverts à la mobilité. Nous savons que le projet européen se construit autour de cette mobilité. Partant de là, les salariés de l’ABE sont certainement plus enclins à bouger que ceux d’autres secteurs. La seconde dimension est plus personnelle : dans quelque activité que ce soit, un déménagement entraîne des inconvénients et il faut pouvoir les anticiper pour y parer plus efficacement. Voilà pourquoi l’Autorité, après qu’a été officialisé le choix de Paris-La Défense, a octroyé un certain nombre de facilités à ses salariés. Par exemple, les possibilités de télétravail ont été intensifiées, de manière à faire coïncider les exigences professionnelles de l’Autorité avec les démarches personnelles liées à une future affectation géographique.

P. I.Au bout d’un an, quel premier bilan tirez-vous de ce déménagement ?

I. V. — Le premier bilan est très positif. La preuve en est que le taux de déperdition des effectifs est faible. Plus de 85 % des personnels de l’ABE ont suivi le déplacement de Londres à Paris. Quand on les interroge, ils se montrent vraiment satisfaits de cette nouvelle affectation. la maîtrise du français illustre bien cet état d’esprit : la langue de travail au sein de l’Autorité est l’anglais, cela ne change pas ; mais après quelques mois, de nombreux salariés se sont mis au français, certains pour l’apprendre, d’autres pour consolider leurs acquis. Quant à la perception de l’environnement, il y a de grandes …