Isabelle Lasserre — La guerre d’Iran est-elle inédite ?
Jean-Paul Paloméros — La réponse est oui. Pour remonter dans l’histoire, je ne suis pas sûr qu’il existe un équivalent, en termes d’intensité et de nombre de cibles visées dans une période relativement courte. La suppression quasiment totale des capacités de défense aérienne de l’Iran a très vite permis à la coalition américano-israélienne de maîtriser l’espace aérien. Cette indispensable supériorité aérienne, si elle a permis de rendre l’espace aéroterrestre iranien transparent, s’est cependant heurtée à la véritable stratégie souterraine du régime islamique. Il était clair que le dispositif nucléaire, en particulier les quelques 400 kg d’uranium hautement enrichi, était profondément enfoui. En revanche, l’ampleur du volume mais aussi la nature de la composante balistique iranienne « enterrée » ont incontestablement constitué une surprise que l’on peut qualifier de stratégique.
Cette composante balistique représente une véritable dissuasion conventionnelle pour le pouvoir iranien qui fait en particulier peser cette menace sur Israël et, surtout, sur les pays du Golfe, lesquels sont beaucoup moins bien préparés. Sur un plan opérationnel, cela souligne le besoin de frapper non seulement à distance, non seulement de manière précise, mais également en grande profondeur. À ce jour, le nombre de bombes capables de frapper en profondeur est limité et, d’ailleurs, leur efficacité aussi. Aucun pays européen ne possède cette capacité.
I. L. — Qu’aurait-il fallu faire, concrètement, pour affaiblir significativement le régime des mollahs ?
J.-C. P. — Si les leaders de la coalition décident de relancer les opérations militaires (ce qui est loin d’être acquis), il faudrait faire mal au pouvoir iranien sur un point très sensible : le détroit d’Ormuz, véritable centre de gravité de ce conflit totalement oublié ou écarté dans la planification de la campagne. Mais une telle option exigerait certainement l’emploi ciblé de forces spéciales. Il faut aussi continuer inlassablement à réduire le potentiel balistique du régime en attaquant les sites de lancement, ainsi que tous les composants qui contribuent à la construction des missiles.
Si le régime ne tombe pas, s’il sort de cette guerre renforcé et considéré comme victorieux d’une puissance occidentale qui paraissait sans limites, et ce au moment où se redessinent les centres de pouvoir dans le monde, les conséquences se feront sentir pendant plusieurs décennies. L’Iran deviendra la principale puissance régionale. Il consolidera son levier stratégique sur le détroit d’Ormuz (qui, faut-il le rappeler, était libre de circulation avant cette guerre) et reconstituera sa dissuasion conventionnelle à base de missiles balistiques plus puissants, de plus longue portée — en deux mots, plus dangereux. Dans ces conditions, on ne voit pas ce qui arrêterait la reprise de son programme nucléaire. Ce programme pourrait même être accéléré si les amis fidèles de l’Iran, notamment la Russie, choisissent de l’aider. Après tout, c’est ainsi que la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire. Et si un tel scénario se réalise, alors certains pays du Golfe seront sans doute tentés de suivre cette voie à leur tour…
I. L. — On dit toujours qu’il est impossible …
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