Les Grands de ce monde s'expriment dans

500 généraux pour la paix

Commanders for Israel’s Security (CIS) rassemble plus de 550 anciens hauts responsables issus de l’ensemble des organismes de sécurité israéliens : l’armée, le Mossad, le Shin Bet, la police, ainsi que des diplomates de haut rang (1). Ils incarnent la grande majorité de l’élite sécuritaire du pays et cumulent plus de 20 000 années d’expérience dans le domaine de la sécurité nationale. Leur expertise et leur crédibilité sont donc inégalées.

Leur message est clair : pour préserver le rêve sioniste, c’est- à-dire l’existence d’un État d’Israël sécurisé, démocratique et à forte majorité juive, il est essentiel de séparer Israéliens et Palestiniens, avec à terme l’établissement d’un État palestinien démilitarisé à côté d’Israël.

Pourquoi la séparation est-elle indispensable ?

Le raisonnement du CIS repose avant tout sur des arguments sécuritaires.

Localement, entre la Méditerranée et le Jourdain vivent un peu plus de 14 millions de personnes, réparties de façon égale entre 7 millions de Juifs et 7 millions d’Arabes. Soit ces deux peuples se séparent dans deux États souverains, soit ils finissent par former un seul État.

Dans ce dernier cas, si les Palestiniens obtenaient l’égalité des droits, y compris le droit de vote, ils deviendraient la majorité, ce qui signifierait la naissance du 23e État arabe de la région et la fin du projet sioniste. À l’inverse, si on leur refuse ces droits, le CIS prévoit qu’ils continueront de lutter pour les obtenir. Israël ne serait alors ni en sécurité ni démocratique, signant également la fin de l’idéal sioniste.

La solution à deux États permettra donc, d’une part, aux Palestiniens de réaliser leur droit à l’autodétermination et, d’autre part, aux Israéliens de sauvegarder Israël comme État sécurisé, démocratique et à majorité juive.

D’un point de vue régional, le petit Israël, fort de ses 10 millions d’habitants, est voisin de 350 millions d’Arabes et de 90 millions d’Iraniens. Comme l’ont montré la guerre de 12 jours avec l’Iran en juin dernier et les deux salves de centaines de roquettes et de drones iraniens lancés sur Israël en 2024, sans la structure de sécurité régionale forgée par les États-Unis, les dégâts auraient pu être colossaux. Israël doit donc poursuivre son intégration régionale qui contribuera bien plus à sa sécurité que l’occupation de la Cisjordanie.

La solution à deux États est-elle réalisable ?

La réponse du CIS est clairement « oui ».

Les généraux savent que le processus sera long et complexe. La brutalité du Hamas le 7 octobre 2023 et la guerre qui s’ensuivit ont fait perdre la foi à beaucoup. Les Israéliens ne croient plus à la solution à deux États, craignant qu’un État palestinien ne devienne une base terroriste, comme ce fut le cas pour Gaza après le retrait israélien de 2005. Ils évoquent aussi le retrait israélien du Sud-Liban en 2000 et la consolidation du Hezbollah qui en fut la conséquence. De leur côté, les Palestiniens ont cessé d’y croire car, marqués par près de 60 ans d’occupation, ils sont convaincus que les Israéliens ne quitteront jamais la Cisjordanie.

Le CIS s’efforce de rappeler aux Israéliens la différence entre les deux retraits unilatéraux de Gaza et du Sud-Liban, qui ont laissé le champ libre aux groupes terroristes, et les deux retraits négociés dans le cadre des traités de paix avec l’Égypte et la Jordanie, qui tiennent bon depuis des décennies. Les Israéliens n’avaient jamais imaginé qu’une collaboration sécuritaire aussi efficace se développerait avec ces deux pays. Le CIS veut également démontrer aux responsables politiques et à l’opinion publique israélienne qu’un processus de séparation des Palestiniens, axé sur la sécurité et permettant d’inverser le glissement actuel vers une réalité d’État unique au bord de l’explosion, renforcera la sécurité d’Israël, notamment grâce à l’intégration régionale.

Il importe de rappeler qu’à chaque négociation la partie palestinienne a reconnu Israël et accepté que l’État de Palestine soit démilitarisé. De plus, l’Autorité palestinienne est consciente de la nécessité de réformes profondes, notamment en matière de responsabilité financière et de programmes scolaires. Dans une récente lettre au président Macron et au prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, le président palestinien s’est engagé à mener ces réformes.

Au-delà de la démographie locale et régionale qui rend la solution à deux États essentielle pour Israël, une troisième donnée est souvent jugée insurmontable : la question du rapatriement des colons israéliens en Israël. Or il est important de dissiper ce mythe : sur les 700 000 colons résidant au-delà des frontières de 1967, environ 80 % vivent dans des zones qui seraient annexées à Israël dans le cadre d’un échange territorial accepté par les deux parties. Il resterait donc à relocaliser 160 000 colons, soit quelque 40 000 familles. Étant donné que la mise en œuvre d’un accord prendrait des années, le rapatriement de quelques milliers de familles par an n’est pas un défi impossible pour un pays aussi riche qu’Israël. Il suffit de rappeler qu’Israël, alors beaucoup moins riche, a accueilli dans les années 1990 près d’un million de Juifs venus de l’ex-URSS qui, eux, ne connaissaient ni le pays, ni la langue, ni la culture. Par ailleurs, les sondages réalisés en Cisjordanie montrent que seule une petite minorité de colons serait prête à résister violemment aux ordres d’évacuation de l’armée.

Aujourd’hui, la situation est très paradoxale : d’un côté, avec ce qui se passe à Gaza et la tension en Cisjordanie, la paix paraît encore lointaine ; de l’autre, les perspectives d’intégration régionale n’ont jamais été aussi réelles. Via la déclaration de New York, signée le 12 septembre par 142 pays, une puissante coalition arabo-musulmane propose à Israël une voie sûre de sortie de Gaza, la garantie d’un avenir sans le Hamas, une aide à la réforme de l’Autorité palestinienne, une normalisation des relations et une intégration régionale dans une coalition capable de faire face à l’Iran et à ses relais tout en favorisant le bien-être de chacun de ses membres. Le plan Trump en 20 points va dans le même sens.

Mais ces pays arabes conditionnent tout cela au lancement d’un processus — aussi graduel et long soit-il — de résolution du conflit israélo-palestinien menant à la création d’un État palestinien. Le président Trump, dans ses dernières déclarations condamnant toute tentative d’annexion de la Cisjordanie, semble vouloir préserver cette possibilité.

C’est la voie de la raison. Empruntons-la.

(1) en.cis.org.il/members/