Politique Internationale - Qu'attendez-vous de cette conférence COP21 ?
Jean-Pascal Tricoire - Nous attendons que soit fixée une limite d'émissions de CO2 à ne pas dépasser. Pour le moment, la somme des volumes affectés à chaque pays aboutit à une trajectoire trop élevée, avec un réchauffement de l'ordre de +3,5°C ou +4°C d'ici la fin du siècle. Les industriels ont besoin de marchés mondiaux avec un signal prix clair, pérenne, qui favorise les partenariats public-privé et qui permette de concevoir des solutions plus efficaces. Un tel signal implique l'élimination des subventions énergétiques, ainsi que la fixation d'un prix du carbone. Les institutions internationales qui régulent l'économie mondiale - le FMI, l'OMC, l'OCDE - pourraient étendre leur mandat et intégrer le suivi et la mise en place de politiques visant à résoudre les problèmes climatiques. Si une telle mesure est actée dans la Convention de Paris, nous aurons joué notre rôle.
P. I. - Avez-vous le sentiment que les entreprises en général et les industriels en particulier pourront faire entendre leurs voix ?
J.-P. T. - Il faut souligner que, pour la première fois, cette COP met réellement en interaction les entreprises et les autorités publiques. Jusqu'alors les industriels n'étaient pas audibles lors des conférences sur le changement climatique : il y avait trop de participants, trop de sessions et pas suffisamment de temps pour intégrer un nouvel élément dans un accord déjà largement négocié en amont. C'est la raison pour laquelle nous avons organisé au printemps 2015 le Business & Climate Summit (BCS), afin de faire entendre la voix des entreprises tant qu'il était encore possible de changer les choses. Les messages qu'elles souhaitent faire passer sont souvent discordants, car chaque secteur a ses propres priorités. Le BCS a néanmoins permis aux entreprises de se prononcer en faveur d'une économie faible en carbone. Grâce au débat, nous avons pu dépasser nos divergences et mettre en avant nos objectifs communs, en particulier l'obligation de rester sur le chemin des 2 °C. Des organismes très engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique ont d'ailleurs répondu à l'appel, comme la Chambre de commerce internationale, qui représente l'ensemble des entreprises à l'échelle mondiale, quel que soit leur positionnement en matière de climat. Nous voulions adresser un message fort aux gouvernements sur la nécessité de donner un prix au carbone et de créer un environnement propice à la lutte contre le réchauffement. C'est ce que nous avons fait.
P. I. - Les préoccupations climatiques progressent-elles au sein du monde des affaires ?
J.-P. T. - Les acteurs de la croissance verte ont compris ce que la décarbonisation pouvait leur apporter, et leur secteur prend de l'ampleur. Mais les acteurs économiques traditionnels, qui a priori ne sont pas particulièrement intéressés par les questions énergétiques, se rendent compte, eux aussi, que cette transition sera irréversible. Ils savent qu'il sera impossible de faire l'impasse sur ce sujet ou de s'y soustraire et que les premiers à intégrer ces éléments dans leur stratégie auront plus de chances de …
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