BAGDAD : TROIS LEÇONS POUR UNE CRISE

n° 100 - Été 2003

Quel contraste entre les deux guerres du Golfe ! En 1991, à l'issue du premier conflit, l'humeur internationale était au beau fixe. Les membres permanents du Conseil de sécurité resserraient leurs liens, le processus de paix au Moyen-Orient prenait son essor, l'Organisation des Nations unies se voyait dotée de responsabilités nouvelles. Trois retombées remarquables d'une guerre courte, dont les victimes étaient très majoritairement des militaires irakiens (1). De fait, dès la fin des hostilités, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité cherchaient ensemble à limiter les exportations vers le Moyen-Orient des armes les plus " déstabilisantes " (2), et le Conseil dans son ensemble reconnaissait en janvier 1992 les dangers que la prolifération des armes de destruction massive faisait courir à la sécurité internationale (3). La Conférence de Madrid, ouverte le 3 novembre 1991, définissait le cadre des négociations qui allaient conduire, moins de deux années plus tard, aux accords d'Oslo et au processus de paix. L'ONU se trouvait investie, en Irak, d'une nouvelle mission pour l'inspection et la destruction des programmes offensifs chimiques et biologiques.
En 2003, alors que la guerre fut plus courte encore (vingt-six jours), que les victimes tant civiles que militaires ont été moins nombreuses, alors surtout que la dictature de Saddam Hussein a pris fin après trente-cinq ans de guerres, de violences et près de deux millions de morts, la scène est beaucoup plus morose : l'Europe a étalé ses divisions ; l'Otan a connu une double crise (sur la protection de la Turquie puis sur le refus d'Ankara (4) de laisser la coalition utiliser les bases situées sur son territoire) ; quant à l'ONU, que Tony Blair et Colin Powell avaient réussi à défendre efficacement auprès de George W. Bush à la fin de l'été 2002 (5), personne ne doute qu'elle survivra, mais il est moins sûr que Washington donne au Conseil de sécurité l'occasion de se pencher sur un sujet d'importance majeure aussi longtemps que l'administration actuelle sera en place (6). La crise de l'ONU n'est d'ailleurs pas liée aux seules divisions du Conseil de sécurité. Elle l'est aussi à la façon lamentable dont la Commission des droits de l'homme s'est acquittée de sa tâche en 2003. Sous la présidence de la Libye, cette instance a défendu efficacement les pays les plus répressifs et terni la réputation de l'organisation mondiale dans un domaine dont la double dimension morale et sécuritaire est de mieux en mieux perçue (7).
Dans ce paysage sombre, deux similitudes demeurent avec 1991 : le redémarrage difficile du processus de paix au Moyen-Orient et le retour de la non-prolifération au centre de l'échiquier international.
Quatre mois après l'intervention militaire, quelques leçons de la crise peuvent commencer d'être tirées.
La leçon juridique : une légitimité à repenser
Pour un grand nombre de commentateurs, le principal problème de la deuxième guerre du Golfe serait l'absence de mandat des Nations unies. Cet argument a été si fréquemment répété depuis le déclenchement des hostilités qu'on en a presque fini par oublier que Saddam …