ISRAËL : L'HEURE DES CONCESSIONS DOULOUREUSES

n° 100 - Été 2003

Uri Dan - Se pourrait-il que vous ayez gagné la bataille contre le terrorisme mais perdu celle que vous meniez contre la création d'un État palestinien ?
Ariel Sharon - Notre gouvernement soutient les principes exposés par le président Bush dans son discours du 24 juin 2002. Pour autant que, dans son application pratique, la feuille de route correspond à ce discours, nous l'acceptons - assortie des quatorze réserves transmises à la Maison-Blanche. Au terme du processus, il faudra bien que les Palestiniens se gouvernent eux-mêmes.
U. D. - Ces réserves sont-elles essentielles ?
A. S. - La principale question est celle de la sécurité et de la manière dont sera conduite la lutte contre le terrorisme. En la matière, il n'y a pas de désaccord sur le fond mais, plutôt, des différences dans la formulation des choses. Vient ensuite la question des étapes. Il est entendu avec les États-Unis qu'on ne passera à la phase suivante que lorsque la précédente sera achevée. L'avancée du plan se fera en fonction non pas du calendrier mais des progrès sur le terrain. C'est pourquoi la succession des étapes revêt, à nos yeux, une importance capitale. Notre troisième réserve concerne les prétentions des Palestiniens visant à faire revenir en Israël les réfugiés de 1948.
U. D. - C'est pourtant l'une de leurs principales revendications...
A. S. - La création d'un État palestinien est dans notre intérêt et dans celui des Palestiniens. Il faut toutefois que l'État palestinien soit aussi une solution pour les réfugiés. Une situation dans laquelle un seul peuple aurait deux États est inacceptable. C'est le fond de la pensée des Palestiniens, et nous ne sommes pas prêts à l'admettre. Il faut comprendre que le retour des réfugiés sur notre territoire signifie la destruction d'Israël en tant qu'État juif et que nous n'y consentirons donc jamais. D'où ma conviction que l'État palestinien doit être aussi la réponse à cette question-là. Il faut que ce soit parfaitement clair : les réfugiés palestiniens - ceux de 1948, leurs enfants et leurs petits-enfants - ne pourront jamais s'installer en Israël, un point c'est tout.
U. D. - Remettez-vous en cause la réunion des familles ?
A. S. - Les gouvernements précédents ont commis une très grave erreur. Pour camoufler la question du retour de réfugiés palestiniens en Israël, ils ont élargi le cadre de ce qu'on appelle la " réunion des familles ". Depuis 1994, près de 130 000 Palestiniens sont entrés en Israël par ce biais - et je ne parle pas des mariages. J'ai interrompu ce processus dangereux.
U. D. - La renonciation par les Palestiniens à leur exigence de retour en Israël est-elle le seul préalable à la reconnaissance, par Jérusalem, de l'existence d'un État palestinien ?
A. S. - Les Palestiniens doivent reconnaître le droit que chaque Juif acquiert à sa naissance (ce que les Français appellent droit du sang et les Anglais birthright), c'est-à-dire le droit à l'existence d'un État juif indépendant dans le pays d'origine du peuple juif. …