LA DÉFAITE DES DROITS DE L'HOMME

n° 100 - Été 2003

La guerre d'Irak aura marqué la défaite des droits de l'homme et le recul du droit d'ingérence. C'est ainsi que l'on peut apprécier l'opération aujourd'hui, après trois semaines d'un conflit que la presse prévoyait plus long et trois mois d'incertitude brouillonne et de vraie inquiétude dans Bagdad sous administration américaine.
Il faut, cependant, se garder de toute conclusion hâtive. Avec la résolution 1483, l'ONU revient en scène avec une mission aux effectifs trop faibles conduite par Sergio Vieira de Mello. Dans quelques années, la démocratisation - si elle réussit - apparaîtra comme un succès de la communauté internationale entière ; pareillement, un revers n'atteindrait pas seulement les Américains : le fracas serait collectif. Si la démocratisation échoue, si s'installe à Bagdad un régime islamique semblable à celui du voisin iranien, nous aurons perdu de concert et il ne faudra pas accuser le seul George W. Bush. Face à un conflit mondial opposant les démocraties aux factions terroristes des mouvances musulmanes, nous jouons tous gros. Sommes-nous mal partis ? Méfions-nous du temps médiatique : il ne correspond pas à la lenteur relative des missions de paix. On réclame tout, le contraire, et rapidement !
Née de la guerre déclarée par l'administration Bush au terrorisme international après les attentats du 11 septembre, l'opération militaire qui allait être couronnée par l'éviction du dictateur Saddam Hussein commença, avant même son déclenchement, par endommager l'alliance des pays démocratiques.
Elle scinda l'Union européenne en deux camps et provoqua une forte animosité entre Washington et Paris. Une intense polémique occulta longtemps l'essentiel : l'aspiration à vivre en liberté du peuple irakien qui souffrait, depuis plus de trente ans, sous le joug de Saddam Hussein.
La fin programmée d'une dictature sanglante avait de quoi réjouir les militants des justes causes. Mais force est de constater qu'elle marqua le repli des grands principes et anéantit la mémoire historique. Les droits de l'homme ne comptaient plus dans le raisonnement des manifestants, hérauts d'un nouveau pacifisme, qui se souvenaient à peine de la précédente guerre du Golfe. Et pour cause : les mémoires télévisées dépassent rarement quinze jours. Ils furent des millions qui défilèrent dans les rues des villes occidentales et - beaucoup moins nombreux - dans les pays en développement, brandissant des pancartes et hurlant des slogans hostiles aux États-Unis. Les " anti-guerre " ne vilipendaient pas le bourreau de Bagdad. Qui donc menaçait la démocratie : Saddam Hussein ou George W. Bush ? À force de falsifier l'Histoire, on ne s'y retrouvait plus. Seuls les Irakiens auraient pu répondre... mais les activistes ne les consultèrent pas. Certains crièrent : " Plutôt Saddam que Bush ", et leurs compagnons de défilé ne réagirent pas. C'était le retour du Grand Satan, sous la forme de " l'impérialisme américain ". Je n'oublie pas ce sondage qui montra que 32 % des Français - confortés par les positions démagogiques de notre gouvernement - souhaitaient la victoire de Saddam, bourreau de son propre peuple, contre nos alliés traditionnels. On assista, également, à une spectaculaire …