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PÉKIN ET L'IRAK

Lors de la crise diplomatique qui a précédé la guerre en Irak, les autorités chinoises ont adopté une attitude originale qui fera date dans l'histoire de la République populaire. Tout en désapprouvant - fort discrètement - la position américaine, Pékin s'est employé à donner des gages aux différents protagonistes : à l'Irak et à ses voisins, de bonnes paroles suffisamment vagues pour ne pas froisser Israël ; au front franco-germano-russe, des déclarations de soutien sans aller jusqu'à brandir la menace du veto au Conseil de sécurité de l'ONU ; et aux Américains, un mélange de condamnations de principe et de protestations d'amitié, assorti de pressions assez nettes (mais non encore décisives) pour inciter les Nord-Coréens à retrouver le chemin de la négociation. Au total, la Chine a réussi à tenir un discours crédible tout en maintenant de bonnes relations avec chacun des camps en présence.
Une politique étrangère de plus en plus complexe
C'est probablement la première fois que la diplomatie chinoise s'engage dans une voie aussi complexe. Pendant la guerre froide, en tout cas jusqu'au début des années 1970, elle nous avait habitués à des positions beaucoup plus tranchées. Au strict alignement sur Moscou avait succédé, dans les années 1960, un credo indépendant et révolutionnaire. En pratique, cependant, la Chine ne prenait de risques que sur ses frontières ; sa rhétorique enflammée dissimulait un comportement de puissance régionale et des préoccupations de sécurité extrêmement classiques, comme l'ont montré ses interventions militaires en Corée, en Birmanie et en Indochine.
Les années 1970 ont été une période de transition. Pour contrer la menace soviétique, la Chine s'est mise, sous l'impulsion de Zhou Enlai, à jouer un jeu diplomatique plus global et plus différencié. Tout en portant une attention très soutenue au théâtre régional, elle était désormais présente dans les arènes internationales (en particulier à l'ONU où elle avait récupéré, en 1971, son siège de membre permanent du Conseil de sécurité) et s'efforçait de tirer profit du conflit américano-soviétique. Derrière un discours encore rigide (l'hostilité aux deux hégémonismes du " premier monde "), elle menait en fait une stratégie dirigée contre l'URSS et diversifiait ses rapports avec les pays du deuxième et du troisième monde.
Dans les années 1979-1989, l'évolution s'est accélérée. Selon Deng Xiaoping, la politique étrangère chinoise devait reposer sur trois principes. Premièrement, elle doit viser non seulement à assurer la sécurité du pays, mais surtout à favoriser sa modernisation : la Chine veillera donc d'abord à entretenir de bonnes relations avec les pays les plus riches - États-Unis en tête -, dont elle attend technologie et investissements. Deuxièmement, Pékin utilisera la diplomatie multilatérale, non pas pour se fondre dans des alliances ou des coalitions, mais pour promouvoir ses intérêts. Troisièmement, elle ne négligera aucune ressource de la diplomatie bilatérale pour pousser son avantage auprès de tel pays (l'URSS, désormais reconnue en tant que partenaire commercial et politique, Israël ou les pays arabes) ou (moins souvent) pour punir tel autre (par exemple, la Hollande, coupable d'avoir vendu un sous-marin à …