Les armes de l'influence : une perception française

n° 108 - Été 2005

Isabelle Lasserre - Au moment où la Conférence d'examen du Traité de non-prolifération ferme ses portes à New York, il est permis de s'interroger sur la place de l'arme nucléaire dans la stratégie française. Sert-elle avant tout à asseoir le statut diplomatique de la France ou conserve-t-elle une efficacité " opérationnelle " ?

Henri Bentégeat - Le nucléaire est souvent considéré comme une arme du passé. Si c'était le cas, aucun nouveau pays ne chercherait à l'acquérir. Or c'est le contraire. Les grandes puissances nucléaires traditionnelles réduisent peu à peu leurs arsenaux. Nous l'avons fait. Et les pays qui ne possédaient pas cette arme déploient de plus en plus d'efforts pour tenter de l'obtenir. L'Inde et le Pakistan font désormais partie du club. L'Iran et la Corée du Nord ont des tentations, pour ne pas dire plus. Vouloir se défaire aujourd'hui de nos capacités de dissuasion nucléaire serait aller à contre-courant d'une évolution du monde inquiétante. N'oublions pas que les nouvelles menaces auxquelles nous sommes confrontés, en dehors des crises politiques, ethniques ou religieuses, sont essentiellement le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive (ADM).
I. L. - La dissuasion nucléaire peut-elle fonctionner face au terrorisme ?

H. B. - Non. La dissuasion ne peut s'appliquer qu'à des États, non à des individus, ni à des groupes qui agissent indépendamment des autorités nationales. En revanche, la dissuasion nucléaire est probablement le moyen le plus efficace de faire face à la prolifération des ADM. Si un État du Moyen-Orient décidait de s'en prendre à la France, la meilleure façon de le détourner de ce projet serait certainement de le menacer d'une réplique nucléaire correctement calibrée. Les Américains ont récemment évoqué l'intérêt d'une défense anti-missile globale qui permettrait de traiter ce genre de cas. Mais la défense anti-missile coûte aussi cher que la dissuasion nucléaire. Elle n'est, par ailleurs, jamais totalement étanche : on ne peut pas arrêter cent missiles balistiques à la fois ! Et puis il y a des missiles plus difficiles à intercepter que d'autres. Il n'existe pas, par exemple, de parade efficace contre les missiles de croisière. La dissuasion nucléaire a donc encore de beaux jours devant elle. Ces dernières années, la France s'est donné la capacité de frapper plus loin et plus juste. Mais aussi de frapper de manière adaptée, c'est-à-dire de pouvoir menacer de détruire non pas les populations - car nous savons que, pour un dictateur, les pertes humaines ne comptent pas -, mais les centres de pouvoir auxquels un chef d'État, quel qu'il soit, sera toujours sensible. Notre dispositif nucléaire est aujourd'hui adapté. Il répond à l'ensemble des menaces sauf à la menace terroriste, qui nécessite d'autres moyens.
I. L. - En relançant la recherche sur les mini nukes (1), les Américains n'envisagent-ils pas d'utiliser le nucléaire pour lutter contre le terrorisme ?

H. B. - Les mini nukes sont un outil dont la France a décidé de ne pas se doter. Pourquoi ? Parce que lorsqu'on dispose de moyens d'une puissance …