DANEMARK: LES SECRETS D'UN MODELE QUI FASCINE

n° 120 - Été 2008

Depuis près de dix ans, le modèle danois intrigue, voire fascine. Le royaume scandinave affiche une excellente santé économique, en dépit d'un secteur public important financé par l'une des fiscalités les plus lourdes d'Europe. L'arrivée, en 2001, d'un gouvernement de centre-droit dirigé par le libéral Anders Fogh Rasmussen n'a pas modifié cette donne. Au contraire : le nombre de fonctionnaires continue d'augmenter ! C'est le prix à payer pour s'assurer les voix de l'électorat danois, globalement satisfait de son sort. Bâti au fil des décennies, le généreux État-providence est quasiment intouchable. Mais alors qu'ailleurs un tel dispositif pourrait être perçu comme un handicap, il contribue grandement à la compétitivité du modèle danois. Il assure notamment des allocations substantielles aux chômeurs, en contrepartie d'une grande flexibilité pour les entreprises. Ainsi brièvement résumée, la fameuse « flexisécurité » danoise est un cas d'espèce disséqué hors des frontières. Sur place, elle doit, à l'instar du modèle dont elle découle, faire face à des défis de taille : pénurie de main-d'oeuvre, vieillissement de la population, adaptation à la mondialisation, etc. Autant de points auxquels le gouvernement tente d'apporter des réponses en concertation avec les partenaires sociaux.Est-ce parce qu'ils doutent de la pérennité de ce modèle qu'une proportion grandissante de Danois voient dans l'étranger non européen une menace ? Depuis une dizaine d'années, ils ont réclamé et obtenu un durcissement de la politique d'immigration du royaume, sous l'influence d'une formation politique xénophobe. Le débat s'est durci encore avec l'affaire des caricatures de Mahomet, en 2005. Les réactions hostiles dans le monde musulman ont pris le pays par surprise et contribué à creuser le fossé entre la population de souche et les « nouveaux Danois ». C'est aussi au nom d'une certaine idée du Danemark que la population continue sa valse-hésitation vis-à-vis de l'UE. Le pays est exempté de plusieurs pans de la coopération européenne. L'euro, notamment, n'a pas droit de cité sur ce territoire peuplé de 5,5 millions de personnes. Toutefois, Anders Fogh Rasmussen a pris le pari de convoquer les électeurs dans les mois à venir pour abolir ces dérogations et tenter, une bonne fois pour toutes, d'ancrer le pays au coeur de l'Europe.
Des réussites indéniables
Depuis le début de 2008, quelques nuages sont venus obscurcir le paysage économique danois. Les experts tentent d'évaluer l'ampleur du contrecoup de la détérioration de la conjoncture internationale sur la croissance du royaume, très dépendante des exportations. Même s'ils résistent mieux hors de la capitale, les prix de l'immobilier baissent nettement à Copenhague, où ils avaient atteint des niveaux records. Le nombre de faillites d'entreprises est en hausse. L'inflation reprend à 3,2 % l'an (en avril). Le Danois moyen consomme un peu moins. Et si la récession apparue outre-Atlantique devait s'étendre à l'Allemagne - où les Danois exportent trois fois plus que vers les États-Unis -, la situation pourrait se gâter. Ces inquiétudes temporaires ne sauraient toutefois occulter, ni a priori remettre en cause fondamentalement, les réussites enregistrées par ce pays dans les domaines économique et social. …