TIBET, LE CASSE-TETE CHINOIS

n° 120 - Été 2008

Printemps 2008. Dernière ligne droite avant le début des Jeux olympiques d'été. L'attention de la planète entière est tournée vers Pékin. C'est à ce moment-là que, comme dans le pire des scénarios, les locataires de la Cité interdite se trouvent confrontés à ce qu'ils redoutaient le plus : le défi tibétain. Leur violente réaction démontre, aux yeux du monde, la fragilité de leur revendication sur un pays voisin qu'ils ont conquis par la force des armes il y a un demi-siècle. En réalité, ce que les événements de mars-avril ont illustré sans équivoque, c'est l'illégitimité de la présence chinoise au Tibet.Il aura fallu les manifestations, initialement pacifiques, des moines des grands monastères de Lhassa, drapeaux tibétains en tête, le 10 mars ; les heurts violents quatre jours plus tard, marqués par quelques débordements civils anti-chinois dans l'ancienne capitale du Tibet ; une répression brutale, des morts et des arrestations par dizaines sur place ; une révolte identitaire embrasant comme une traînée de poudre l'ensemble du territoire tibétain historique ; le bouclage hermétique de la région à tout étranger, quel qu'il soit ; le parcours chaotique de la torche olympique à travers le globe, perturbé à chaque étape par les protestations bruyantes de milliers de sympathisants de la cause tibétaine ; et les timides appels d'abord « à la retenue », puis « au dialogue » de quelques responsables de la gestion des affaires du monde, que leur opinion publique a poussés à sortir de leur prudente réserve... Il aura fallu tout cela pour rétablir enfin un contact, suspendu depuis un an, entre les émissaires du dalaï-lama, c'est-à-dire de la communauté tibétaine en exil horrifiée par la nouvelle épreuve qu'enduraient les siens sur le sol natal, et des représentants des autorités chinoises.
Sous la pression conjuguée des événements, des appels réitérés venus d'horizons divers et de la nécessité de calmer le jeu à l'approche des JO, la rencontre a eu lieu le 4 mai, à Shenzhen (« zone spéciale » au sud de la Chine), à huis clos. Comme de coutume à l'occasion de ces réunions répétitives qui s'achèvent sur l'expression sibylline de désaccords fondamentaux, les envoyés tibétains se sont montrés extrêmement discrets, se contentant d'assurer que les discussions allaient se poursuivre « à une date ultérieure ». De leur côté, les mandataires chinois n'ont guère été plus diserts, le secret imposé laissant supposer que des dissensions internes ont pu surgir entre eux au plus haut niveau. Seul indice ténu : la presse officielle chinoise a explicitement mentionné - et cela, pour la première fois - cette rencontre d'officiels pékinois avec des « représentants du dalaï-lama », alors que les cinq précédents voyages que ces derniers avaient effectués en Chine (1) et jusque dans les zones tibétaines (désormais intégrées administrativement aux provinces chinoises avoisinantes) avaient été invariablement présentés comme des « visites de compatriotes d'outre-mer à leurs familles ». Faut-il déceler, dans la nuance nouvelle de la formule, une promesse sincère d'amorce de « dialogue sérieux » tel que le dalaï-lama …