Les Grands de ce monde s'expriment dans

INVESTISSEURS DE LONG TERME ET ECONOMIE MONDIALISEE

Un an après l'effondrement du système financier international, un constat s'impose : la crise qui a éclaté à l'été 2008 - et dont nous n'avons pas fini de subir les contrecoups - n'aura pas seulement ébranlé nos économies ; elle aura également précipité le passage vers un nouveau paradigme économique, bouleversant les équilibres mondiaux et dévoilant l'émergence de nouveaux acteurs. Les dogmes de la séparation entre sphère publique et sphère privée sont revisités, même dans les pays les plus libéraux où l'État est intervenu pour assurer le sauvetage du système bancaire. De son côté, la Commission européenne révise sa politique de concurrence et fait appel aux « solutions innovantes de financement public pour relever le défi des budgets nationaux serrés ». Partout, les plans de relance misent sur de nouveaux modes de production, plus respectueux de l'environnement, plus économes en ressources et plus technologiques. À l'échelon international, la dynamique de recomposition des rapports Nord/Sud - ou, du moins, pays industrialisés/pays émergents - est à l'oeuvre.
Dans ce contexte, les capacités d'investissement des fonds souverains, des institutions financières publiques et des autres grands investisseurs de long terme apparaissent de plus en plus comme l'indispensable relais des finances publiques contraintes et d'un système bancaire fragilisé dans sa capacité à financer une relance durable. Les vertus du long terme imprègnent aujourd'hui l'ensemble des discours de réforme du système économique mondial. Qu'il s'agisse des conclusions du G20, des prises de position franco-allemandes, du plan de relance américain ou des recommandations des experts européens, tous pointent les excès du court-termisme et de la déconnexion entre économie réelle et système financier, interrogent la relation public/privé en appellent à l'investissement durable dans de grands projets.
Les excès du court-termisme
À première vue, la mise sous perfusion monétaire et fiscale de nos économies semble avoir éloigné le spectre d'une grande dépression. Mais, alors que des signaux reviennent au vert, le risque s'accroît d'opérer un simple retour au « business as usual ». Or la crise exige des réformes structurelles.
Il apparaît clairement que le séisme qui a ébranlé nos fondamentaux économiques n'est pas le résultat d'un simple cycle, mais le produit de profonds déséquilibres qui, s'ils ne sont pas résorbés, provoqueront de violentes répliques.
Parmi ces déséquilibres figurent en premier lieu les comportements mimétiques et les excès du court-termisme. L'enchaînement des événements provoqué par l'annonce de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers est, de ce point de vue, révélateur. Les interventions publiques n'ont pas pu empêcher la crise de se propager. Obnubilées par la valorisation à court terme, les institutions financières ont cherché à rétablir rapidement leurs bilans et ont vendu massivement des actifs financiers « risqués » pour lesquels il existait encore un marché - actions, obligations d'entreprises. S'est ensuivie une chute des Bourses partout dans le monde.
De l'avis de l'ensemble des économistes ayant établi des diagnostics de la crise, et notamment des experts européens du Groupe Larosière, cette mécanique a été favorisée et amplifiée par des réglementations profondément procycliques, en particulier le principe …