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Pierre Lellouche est secrétaire d'État chargé des Affaires européennes depuis juin 2009. Il a succédé à ce poste à Bruno Le Maire, devenu ministre de l'Agriculture.À 58 ans, ce député de la frange libérale de l'UMP, diplômé de Sciences Po Paris et de la faculté de droit de Harvard, co-fondateur de l'Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste reconnu des questions diplomatiques et militaires (il a travaillé avec Raymond Aron à Paris, Stanley Hoffmann et Henry Kissinger aux États-Unis), occupe là son premier poste gouvernemental.
Ancien conseiller diplomatique de Jacques Chirac, ex-membre de la Commission des Affaires étrangères et de la Délégation pour l'Union européenne de l'Assemblée nationale, Pierre Lellouche avait été élu en 2004 président de l'Assemblée parlementaire de l'Otan. Nommé par le président Chirac négociateur pour la France du réacteur thermonucléaire ITER à Cadarache en 2003-2004, il devient, sous Nicolas Sarkozy, l'Émissaire du gouvernement français pour la Turquie (2007), puis le Représentant spécial de la France pour l'Afghanistan et le Pakistan, avant son entrée au gouvernement en 2009. Baudouin Bollaert - Comment voyez-vous la fonction de Herman Van Rompuy, désigné le 19 novembre dernier par ses pairs à la tête de l'Union européenne : chief executive, chairman ou président qui inaugure les chrysanthèmes ?
Pierre Lellouche - Sa fonction n'est pas, comme certains auraient pu le souhaiter, d'être le George Washington d'États-Unis d'Europe qui n'existent pas ! Elle n'est pas non plus purement représentative, à l'image de ces présidents de la IIIe ou de la IVe République que vous évoquiez et qui, effectivement, « inauguraient les chrysanthèmes ». J'ajoute que j'ai lu et entendu - surtout au moment de sa désignation - beaucoup d'attaques personnelles contre Herman Van Rompuy, qui n'étaient pas convenables. C'est, il faut le dire, un homme de grande qualité. Et je le vois, en effet, plutôt comme un chairman, au sens de « facilitateur ». Et puis n'oubliez pas que désormais ce n'est plus la présidence tournante qui représentera l'Union à l'extérieur, mais bien le président stable du Conseil européen. En le désignant, à l'unanimité, les chefs d'État et de gouvernement des Vingt-Sept ont appliqué à la lettre le Traité de Lisbonne. Ni plus ni moins.
B. B. - Que va faire le chairman ?
P. L. - Il va assurer la continuité du travail du Conseil européen. C'est là que réside peut-être le malentendu : avant de remplir un rôle de représentation et de donner des conférences de presse, il devra, en liaison avec les chefs d'État et de gouvernement - qui, eux, possèdent la légitimité de l'élection populaire -, fixer l'agenda des dossiers dont le Conseil européen s'emparera, et surtout suivre leur exécution dans la durée. D'ailleurs, Herman Van Rompuy a déjà pris l'initiative, en convoquant pour le mois de février un Conseil européen extraordinaire consacré aux questions économiques. Son rôle sera de faire naître les consensus nécessaires aux décisions du Conseil européen et de veiller à leur exécution effective, en lien avec la Commission et le Parlement européens.
Les structures européennes sont compliquées : nous sommes dans une construction sui generis, mais les textes l'ont voulu ainsi. Avec le Traité de Lisbonne, de nombreuses compétences nationales ont été déléguées à l'Union - une cinquantaine de plus que dans le Traité de Nice. La codécision est désormais la règle entre le Conseil et le Parlement européens ; la fonction de M. Van Rompuy, à défaut d'être « glamour », sera essentielle pour faciliter le travail des Vingt-Sept.
B. B. - L'Union est aujourd'hui dirigée par un quatuor avec, outre Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso à la présidence de la Commission, Jerzy Buzek au perchoir du Parlement européen et Catherine Ashton en charge de la diplomatie. Cette hydre à plusieurs têtes n'est-elle pas une source de confusion pour le citoyen moyen, d'autant que les présidences semestrielles tournantes des États membres n'ont pas disparu ?
P. L. - Votre image de l'hydre est, permettez-moi de vous le dire, un peu injuste ! L'Union européenne ne dévore personne. Elle met en commun des segments …