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LETTONIE : UNE CRISE REDEMPTRICE ?

Après avoir fait parler d'elle en Europe pour ses performances économiques exceptionnelles, la Lettonie subit depuis 2008 une crise sans précédent, qui la positionne désormais dans le peloton de queue des États de l'UE. Cette chute brutale engendre son lot de questions. Comment ce petit pays du nord de l'Europe (2,4 millions d'habitants) en est-il arrivé à une situation aussi catastrophique après avoir enregistré de tels succès ? Quels remèdes a-t-il choisi d'appliquer ? Cette crise d'une violence inouïe ne risque-t-elle pas de laisser des traces durables dans la société ? Enfin, l'effondrement letton est-il exceptionnel ou comparable au destin récent d'autres nations ? La Lituanie affiche, elle aussi, des contre-performances notables depuis un an ; mais elle a tenu bon, se fixant pour objectif de ne pas recourir à l'aide internationale. Quant à l'Estonie, elle traverse une crise importante mais dont l'ampleur n'a rien à voir avec celle que connaissent ses deux voisines baltes.Le parallèle a évidemment été fait entre la crise économique lettone et celle subie par l'Argentine au début des années 2000. On y trouve plusieurs ingrédients communs : une récession sévère liée à un choc financier global ; un assèchement soudain des flux de capitaux ; la nécessité de procéder à une réduction du déficit extérieur... le tout survenant après quelques années de croissance exceptionnelle. En effet, on a pu parler du « miracle letton » au cours des années 2005-2008, tout comme on avait évoqué le « miracle argentin » à la fin des années 1990. Pourtant, comparaison n'est pas toujours raison : même si certains n'hésitent pas à invoquer le modèle argentin pour prôner une dévaluation de la monnaie lettone, la recette de sortie de crise employée à Buenos Aires n'est pas nécessairement valable pour la Lettonie. Car cette dernière traverse aujourd'hui une crise double : une crise interne de surchauffe s'ajoute à la crise financière internationale. Par surcroît, des établissements étrangers (en l'occurrence suédois) sont des acteurs incontournables du système bancaire letton. Deux éléments que l'on ne retrouvait pas dans le cas de l'Argentine.
De même, la crise lettone est difficilement comparable à celle de l'Islande, dont l'économie avait fait l'objet de spéculations intenses. En Lettonie, la crise de surchauffe est avant tout le résultat d'une soif inextinguible de consommation, étanchée un temps par des crédits qui ont coulé à flots. Finalement, cette crise apparaît presque comme un cas d'école : il s'agit d'une crise intérieure lourdement aggravée par un contexte international particulièrement défavorable. Un constat que confirme l'actuel premier ministre, Valdis Dombrovskis, membre du parti conservateur « Nouvelle ère » et chef du gouvernement depuis février 2009 (le gouvernement précédent, dirigé par Ivars Godmanis - du parti Voie lettone - a chuté en pleine crise, en partie suite à une manifestation qui a tourné à l'émeute). D'après M. Dombrovskis, les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays ont ignoré - sciemment ou non - les règles fondamentales de l'économie. Dès lors, cette crise qui met en grave difficulté une …