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ANGOLA : UN NOUVEL ELDORADO ?

Un nouvel eldorado est né dans le pays qui affichait, avant la crise, la plus forte croissance au monde - 23 % en 2007 et 21 % en 2008. Les pessimistes ne manqueront pas de rappeler que ces taux à deux chiffres signifient surtout que l'Angola, ravagé par vingt-sept ans de guerre civile, part de très bas. Ne leur en déplaise, la récession de 2009 n'empêche pas les hommes et femmes d'affaires angolais de prendre des participations dans des banques portugaises, apportant de l'argent frais à leur ancienne métropole coloniale. Quant à Luanda, la capitale, elle attire un nouveau flux de migrants chinois, portugais et brésiliens en quête de profits et d'un avenir.Encore méconnu, ce grand pays lusophone situé à la charnière de l'Afrique centrale francophone et de l'Afrique australe anglophone se relève à peine. Après la guerre pour l'indépendance livrée de 1961 à 1975, un nouveau conflit a aussitôt commencé, alimenté par la guerre froide. Le gouvernement du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), qui bénéficiait de l'appui de l'URSS et de Cuba, a refusé de partager le pouvoir avec les autres mouvements de libération nationale. Il s'est alors heurté à l'Union nationale africaine pour la libération totale de l'Angola (Unita), entrée en rébellion et soutenue par les États-Unis et l'Afrique du Sud.
En Angola, la guerre n'a pas cessé après la chute du mur de Berlin et la fin de l'apartheid. Il aura fallu dix ans de plus pour que la paix finisse par s'instaurer. La dernière phase du conflit, intense, s'est soldée par la victoire militaire du MPLA dans un pays exsangue. Depuis la mort du chef de l'Unita Jonas Savimbi, le 22 février 2002, et les accords de paix qui ont suivi, le 4 avril 2002, le géant pétrolier - qui regorge aussi de diamants et de terres fertiles - prend enfin son essor. Son décollage rapide, avec l'aide de la Chine, du Brésil et de l'Afrique du Sud, paraît d'autant plus remarquable que, jusqu'à la fin 2009, il s'est passé de la tutelle du Fonds monétaire international (FMI). L'Angola, devenu premier producteur africain de pétrole, suit sa propre voie et joue de manière indépendante et décomplexée la carte de la globalisation.
Un pays en chantier
À l'image du pays, Luanda, la capitale, est devenue un immense chantier. La ville, hérissée de grues, évoque à la fois Johannesburg et Kinshasa. La première pour la puissance des sociétés minières, la vie retranchée des plus riches dans des complexes de luxe, le brassage racial et la présence d'une classe métisse (ici aux commandes). La seconde en raison d'une misère omniprésente qui n'empêche pas le coût faramineux de la vie. Luanda, l'une des métropoles les plus chères du monde, surpasse même Tokyo de ce point de vue ! L'afflux de migrants et la pénurie de logements ont provoqué une envolée des prix des loyers - jusqu'à 15 000 dollars par mois pour un studio sans grand standing.
Des tours flambant neuves surplombent des quartiers dévastés où certains immeubles …