EUROPE/ETATS-UNIS : QUELLE UNITE DE DESTIN ?

n° 129 - Automne 2010

Né en 1952, le général Carter F. Ham a été nommé en 2008 à la tête de l'armée des États-Unis en Europe, l'un des principaux commandements militaires américains. Son rôle consiste à entraîner et à fournir des soldats aux commandements de combat régionaux, le plus souvent dans le cadre d'une coalition. L'armée américaine maintient des troupes en Allemagne et en Italie depuis le début des années 1950. Considérées, selon les pays, comme des « sentinelles du monde libre » ou comme des « forces d'occupation », leurs effectifs ont été réduits à 40 000 hommes à la fin de la guerre froide. Général quatre étoiles - le maximum aux États-Unis -, Carter F. Ham a commencé sa carrière comme simple fantassin dans la 82e division aéroportée. Diplômé de plusieurs écoles militaires, il a commandé la 1ere Division d'infanterie à Fort Riley, dans le Kansas. Il a également servi à l'étranger : en Irak pendant la guerre, où il commandait la brigade multinationale au nord de Mossoul ; mais aussi en Macédoine, en Arabie saoudite et en Allemagne.
Le général Ham vient d'être nommé à la tête de l'Africom, nouveau commandement créé en 2007, chargé de gérer les relations militaires entre les États-Unis et 53 pays africains. Il prendra officiellement ses fonctions dans quelques mois. Mais devant l'hostilité de certains de ces États africains, qui refusent de voir des militaires américains s'installer de manière durable sur leur continent, le siège de ce nouveau commandement, qui reflète une évolution stratégique de Washington, a été installé à Stuttgart.
Dans cet entretien exclusif, le général Ham, à mots feutrés, décoche quelques flèches et autres mises en garde. Le lecteur aura sûrement plaisir à les recenser...
I. L. Isabelle Lasserre - Général, lorsque vous vous trouvez comme aujourd'hui sur les plages du Débarquement, en Normandie, lorsque vous vous recueillez sur les tombes des soldats américains morts pour libérer la France, que vous inspire l'attitude de certains responsables de notre pays qui ont souvent fait de l'anti-américanisme leur fonds de commerce ?
Carter F. Ham - Je répondrai que c'est d'abord la France qui est venue aider les États-Unis (1) et non le contraire ! Sans la France, l'Amérique n'existerait pas aujourd'hui. Je nous vois un peu comme une famille. Dans une famille, il y a des désaccords, mais il y a toujours de l'amour. Il est normal que deux nations démocratiques comme les nôtres aient des divergences. Mais sur les grandes questions, nous nous rejoignons toujours.
I. L. - Quelles « grandes questions » ?
C. H. - La démocratie et la volonté de tout faire pour aider les gens à être libres.
I. L. - Les États-Unis sont tentés de réduire leur présence en Europe pour se tourner vers de nouveaux horizons, l'Asie notamment. Pensez-vous que ce soit une bonne chose ?
C. H. - Cette évolution m'inquiète. Effectivement, certaines voix s'élèvent au sein de notre gouvernement pour réclamer une diminution de la présence militaire américaine en Europe. Personnellement, je pense que ce n'est pas le bon moment. Les liens qui unissent les États-Unis et l'Europe sont extraordinairement forts, économiquement, politiquement, diplomatiquement et militairement... Certes, nous accordons de plus en plus d'importance au Pacifique, mais l'Amérique est suffisamment puissante pour concilier ces deux centres d'intérêt : nous ne sommes pas obligés de réduire notre présence militaire dans un endroit du monde pour la renforcer dans un autre.
I. L. - Quelles seraient les conséquences d'une telle décision ?
C. H. - L'engagement militaire des États-Unis en Europe a toujours une valeur et il doit être préservé. Nous n'avons pas besoin de le renforcer, mais il serait dommage de l'affaiblir. Si les États-Unis sont militairement présents en Europe, c'est parce que cette présence sert leur intérêt national. Nos soldats peuvent s'entraîner dans des contextes différents, se familiariser avec des cultures qui ne sont pas les leurs. Cela nous permet de mieux préparer nos hommes aux missions qu'ils sont conduits à accomplir dans le monde.
I. L. - Et les conséquences pour l'Europe ?
C. H. - Ce serait également dommage pour les militaires européens, qui ne pourraient plus « interagir » avec nous. Les soldats américains basés sur le Vieux Continent sont, d'une certaine façon, les ambassadeurs de notre pays. Dans certains villages reculés d'Europe, ils sont même les seuls Américains que la population locale ait l'occasion de rencontrer ! Il est primordial de maintenir ce lien.
I. L. - La Russie est-elle, selon vous, redevenue une menace militaire ?
C. H. - Le danger n'est pas nul, mais l'Europe d'aujourd'hui n'est plus celle que nous avons connue du temps de la guerre froide. Nous essayons désormais de favoriser les relations entre soldats russes et américains. En mai …