JERUSALEM : UN BUSINESSMAN A LA TETE DE LA VILLE SAINTE

n° 129 - Automne 2010

Il y a deux ans, les Hiérosolymitains ont placé leurs espoirs de changement dans un homme relativement jeune (51 ans cette année) issu du monde des affaires. Nir Barkat avait fait campagne avec l'idée que ce qu'il avait réalisé pour ses entreprises, il pourrait l'accomplir pour Jérusalem. Diplômé en informatique, il a fait fortune en créant le groupe BRM, spécialisé en logiciels de protection. Son association avec l'une des principales entreprises israéliennes du domaine, Check Point, lui a valu un succès envié dans le très compétitif secteur de la haute technologie. Après être entré au parti Likoud (droite), il a suivi Ariel Sharon dans le nouveau Kadima pour défendre le retrait israélien de la bande de Gaza. Mais les thèses d'Ehoud Olmert, successeur de Sharon, sur un possible partage de Jérusalem, ont éloigné Nir Barkat du parti. « Il n'existe aucun exemple au monde d'une ville divisée qui fonctionne », martèle-t-il. C'est donc en indépendant qu'il s'est présenté une première fois à la mairie en 2003 et a été défait par le candidat ultra-orthodoxe. Il remportera les élections cinq ans plus tard, en 2008. « Jérusalem-Est, c'est le Far West », avait commenté Nir Barkat en désignant la partie arabe de la capitale. Celle-ci est devenue un terrain de conflit entre les habitants qui se voient refuser des permis de construire et la mairie qui juge la majorité des habitations illégales. Pour relancer les dés, Nir Barkat a mis sur la table un projet controversé de parc archéologique dans le quartier arabe de Silwan. Ses concepteurs estiment qu'il donnera un nouveau souffle à un urbanisme anarchique, tandis que ses détracteurs craignent qu'en détruisant des habitations le projet n'accentue encore la marginalisation de la population arabe.
Nir Barkat gère une ville emblématique dont l'avenir se joue bien au-delà des bureaux de la mairie, Jérusalem continuant d'être l'un des points les plus sensibles des négociations entre Israël et les Palestiniens. La décision d'étendre un quartier juif construit au-delà de la ligne verte (1), annoncée lors de la visite du vice-président américain Joe Biden, a refroidi pour un temps les relations entre Washington et Israël. Quoi qu'il en soit, les pieds solidement ancrés dans la modernité israélienne, Nir Barkat entend bien faire profiter les habitants de sa ville des bienfaits de la mondialisation, tout en composant chaque jour avec 5 000 ans d'histoire...
A. M. Aude Marcovitch - En quoi votre expérience dans le secteur des hautes technologies et des « start-up » vous sert-elle dans vos fonctions de maire de Jérusalem ?
Nir Barkat - J'ai passé quinze ans dans le monde des affaires, et j'y ai appris à mettre en place des accords qui satisfont les deux parties, ce qu'on appelle des accords « gagnant-gagnant ». J'ai aussi appris à ne pas négliger les détails. En fait, mon travail consistait à apporter de nouvelles idées sur le marché. Et des idées, c'est exactement ce dont Jérusalem a besoin.
A. M. - Vous rêviez de devenir maire de Jérusalem ?
N. B. - Pas vraiment. Avant de me lancer dans cette aventure, je pensais que j'allais continuer à développer l'entreprise que j'avais montée avec mes partenaires dans la haute technologie. J'ai d'abord mis un pied dans les rouages de la ville, en compagnie de ma femme, à travers diverses activités philanthropiques. Nous avons investi plusieurs millions de dollars sous forme de dons dans l'enseignement, notamment en achetant des ordinateurs pour les écoles. C'est ainsi que j'ai découvert les défis auxquels la ville est confrontée. J'ai alors compris que, pour changer les choses, mes compétences étaient utiles et j'ai décidé de prendre ma retraite du monde des affaires il y a sept ans. Depuis, j'ai travaillé pour un shekel par an, avec comme objectif de rendre Jérusalem plus attrayante et d'offrir une meilleure qualité de vie. Si vous m'aviez dit il y a dix ans que j'allais me retrouver devant vous et être interviewé en tant que maire de Jérusalem, je vous aurais sans doute ri au nez !
A. M. - Quels sont les changements que vous comptez réaliser sur le terrain ?
N. B. - Je voudrais faire de Jérusalem une destination phare pour les touristes du monde entier, toutes confessions confondues. La ville possède un potentiel énorme qui ne demande qu'à être exploité. Si New York, Paris, Londres ou Rome drainent plus de 40 millions de touristes par an, pourquoi Jérusalem se contenterait-elle de deux millions de visiteurs ? Il faut que la ville renoue avec son passé d'il y a 2 000 ou 3 000 ans, qu'elle redevienne un pôle d'attraction.
Pour cela, il faut créer un environnement adéquat. D'abord, les infrastructures - les hôtels, les routes - doivent être améliorées afin d'accueillir un plus grand nombre de touristes ou de pèlerins. Ensuite, il faut mettre l'accent sur le marketing, en proposant par exemple des voyages « tout compris » à des prix compétitifs. Jérusalem doit s'adapter pour être en mesure de recevoir 10 millions de touristes par an. C'est, en tout cas, l'objectif que je me suis fixé pour la prochaine décennie.
A. M. - Justement, projetons-nous dans l'avenir. Comment voyez-vous Jérusalem dans cinquante ans ?
N. B. - En faisant passer le nombre de touristes de 2 à 10 millions par an, nous créerons 140 000 nouveaux emplois. Ils permettront à la ville de sortir de la pauvreté. Les …