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GUINEE: LA DEMOCRATISATION DANS LA DOULEUR

Après vingt-six ans de parti unique puis autant d'années de dictature militaire, la présidentielle de 2010 a enfin permis aux Guinéens de se doter d'un vrai pouvoir civil. Mais à quel prix ? Une tension sourde, porteuse de menaces pour l'avenir, s'est installée entre les deux principales communautés ethniques du pays : Peuls et Malinkés. Les premiers, qui représentent 40 % d'une population de 10,3 millions d'habitants, ont pensé que leur tour était venu de diriger la Guinée. Après les régimes successifs de Sékou Touré (1958-1984), un Malinké (30 % de la population), de Lansana Conté (1984-2008), un Soussou (20 % de la population), puis de Moussa Dadis Camara (décembre 2008-décembre 2009), un Guerzé de la Guinée forestière (l'une des ethnies minoritaires qui forment les 10 % restants), les Peuls ont vu en Cellou Dalein Diallo « leur » candidat. Ce dernier, 58 ans, ancien cadre de la Banque centrale, à la tête de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), s'est défendu de tout « ethnicisme » mais n'a pas su recentrer le débat sur son programme et promouvoir une vision globale pour la Guinée.
De leur côté, les Malinkés se sont mobilisés lors du second tour derrière l'un des leurs : Alpha Condé, 72 ans, un homme de gauche qui a passé trente années de sa vie en exil à Paris. Chef du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), Alpha Condé, conseillé par le cabinet de communication politique français Euro RSCG, s'est trouvé de nombreux soutiens politiques de tous horizons dans son Alliance arc-en-ciel, après le premier tour. Il a joué la carte d'une certaine continuité sur le plan politico-ethnique, se posant comme le garant de l'accès des Malinkés et des Soussous aux ressources liées à l'État. Alpha Condé, pourtant, n'avait pas fait campagne sur le thème de l'ethnie au premier tour. Son principal atout consistait surtout, pensait-il, à n'avoir jamais accepté le moindre compromis avec les anciens régimes, contrairement à Cellou Dalein Diallo, qui fut premier ministre de 2004 à 2006 sous Lansana Conté. Mais cette stratégie électorale n'a pas porté ses fruits : au premier tour, Alpha Condé s'en était sorti avec un faible score - 18,25 % des voix - malgré son pedigree d'opposant « historique », condamné à mort par contumace sous la dictature de Sékou Touré, en 1970, puis jeté en prison en 1998 par le général-président Lansana Conté. D'où son revirement : avant le second tour, il décide de capitaliser sur le « refoulé ethnique » (1) et la nécessité de contrer l'essor politique des Peuls. Il l'emporte avec 52,5 % des suffrages. Les résultats, contestés, ont finalement été acceptés par Cellou Dalein Diallo, qui a appelé à maintes reprises ses partisans au calme.
Afin d'apaiser les tensions, qui ont fait plusieurs morts entre les deux tours puis entre 7 et 20 morts après la proclamation des résultats (2), Alpha Condé avait promis en septembre de former un gouvernement d'union nationale avec son rival. Mais il a nommé le 25 décembre un …