CRISE ECONOMIQUE : LE REMEDE MIRACLE

n° 137 - Automne 2012

Même s'il a atteint l'âge légal de la retraite aux États-Unis, 65 ans, Steve Forbes n'a aucune intention de se retirer des affaires. Son père Malcolm Forbes, un homme aussi flamboyant que prospère, a appris au plus jeune de ses quatre fils l'importance de la politique. En plus de la fortune paternelle, M. Forbes a hérité du magazine d'affaires familial, Forbes, une publication qui se présente fièrement comme « un outil au service du capitalisme ». Inlassable promoteur du remplacement du complexe système fiscal américain par un impôt unique, le patron de presse s'est porté candidat à la primaire républicaine aux élections présidentielles de 1996 et 2000. Sans succès, son profil étant sans doute trop atypique pour emporter la nomination du Grand Old Party. M. Forbes a récemment mis ses idées en forme dans un livre intitulé Freedom Manifesto : Why Free Markets Are Moral and Big Government Isn't. Comme il l'explique dans cet entretien exclusif accordé à Politique Internationale, la récente crise financière l'a encore conforté dans ses convictions. D. R. Dan Raviv - Vous ne vous êtes pas engagé dans la course présidentielle cette année, mais vous avez fait campagne en faveur de ce que vous appelez « Le manifeste de la liberté ». Il s'agit d'un appel à laisser les marchés fonctionner librement et à restreindre au strict minimum les interventions de l'État dans l'économie. Y a-t-il des personnalités publiques actuelles que vous admirez parce qu'elles partagent cette vision de la liberté des marchés ? Steve Forbes - À vrai dire, j'éprouve de l'admiration pour des nations plus que pour des individus. Certaines nations connaissent une réussite absolument remarquable depuis maintenant plusieurs années. Elles démontrent par l'exemple qu'il est possible d'institutionnaliser la liberté économique. Prenons le cas de la Pologne. Sa politique intérieure est très agitée, mais le pays se porte bien. Pourquoi ? Parce que ses leaders ne perdent jamais de vue l'essentiel : créer et entretenir un climat propice à la croissance économique. Au cours de ces dernières années, les Polonais ont procédé à la privatisation de quelque neuf cents entreprises, dont certaines affichaient un chiffre d'affaires supérieur à 1 milliard de dollars par an. Ils ont donc sensiblement réduit la part de l'État dans l'économie. Des pays comme la Grèce devraient s'inspirer de cet exemple - mais, hélas, ils s'y refusent... J'ai également remarqué que, depuis quelques années, la Suède n'a cessé de baisser ses impôts. Et que constate-t-on ? Que, comparativement au reste de l'Europe, les Suédois s'en sortent bien ! Il faut aussi regarder ce qui s'est passé dans les pays baltes : en Lituanie, en Lettonie et, surtout, en Estonie. Quand la crise mondiale a frappé les États dont l'économie était dans une très large mesure fondée sur le commerce, l'Estonie a subi un coup très dur. Et comment s'en est-elle sortie ? En procédant à des coupes drastiques dans les dépenses de l'État. Les salaires des employés de la fonction publique ont été baissés de 10 %. Quant aux ministres, ils ont accepté de réduire leur rémunération de 20 %. En Lituanie, le salaire du premier ministre a carrément été divisé par deux ! Et, aujourd'hui, tous ces pays ont retrouvé la croissance. Maintenant, comparons l'Estonie à d'autres pays. Aux États-Unis, le ratio de la dette par rapport au PIB est de 100 %. En Grèce, il est de 170 %. Le Japon détient le record en la matière avec 200 %. En Estonie, ce ratio s'élève à seulement 6 %! Vous le voyez : certains pays ont prouvé qu'il était possible de mettre en oeuvre des politiques de long terme très efficaces. N'est-ce pas admirable ? D. R. - Ce modèle est-il applicable à de grandes économies comme celle de l'Allemagne ? S. F. - Absolument. L'Allemagne doit en appeler aux mânes de Ludwig Erhard, qui fut le chancelier de la RFA de 1963 à 1966. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il occupait le poste de ministre de l'Économie et des Finances, il a stupéfié les officiels britanniques …