ISRAEL : LA MENACE INTERIEURE

n° 137 - Automne 2012

Depuis le début de l'année 2011, les responsables israéliens, et l'opinion publique en général, s'interrogent sur la place d'Israël dans un Moyen-Orient touché par le « printemps arabe ». Beaucoup craignent que la recomposition en cours (transition politique chaotique en Égypte, insurrection en Syrie) n'affecte négativement la stabilité régionale et n'accroisse l'isolement de leur pays. Et cela dans un contexte marqué par la persistance de problèmes lancinants : absence de solution de la question palestinienne et poursuite du programme nucléaire iranien. Mais au-delà de ces difficultés récurrentes, Israël doit également affronter des défis intérieurs majeurs qui pèsent lourdement sur son avenir. Prospérité économique et pauvreté En 2010, Israël a rejoint l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le « club » des pays les plus développés de la planète. Grâce à une croissance soutenue, son produit intérieur brut n'a cessé d'augmenter, année après année, atteignant 28 510 dollars par habitant (2010), à mi-chemin entre le Portugal (25 609 dollars) et des poids lourds comme le Royaume-Uni et la France (33 835 dollars). La comparaison des indicateurs macro-économiques entre Israël et la France tourne à l'avantage du premier : si l'inflation y est plus élevée (2,7 % annuellement contre 1,5 %), le taux de chômage est moindre (6,7 % contre 9,8 %), tout comme l'endettement public (76,1 % du PIB contre 94,1 %). Sur ce chapitre hautement sensible de la dette publique, les deux pays ont suivi des trajectoires strictement inverses : en une décennie, la dette a été réduite de plus de 20 % en Israël alors qu'elle augmentait d'autant en France. Un dernier chiffre révélateur est celui des dépenses en matière de recherche et développement : elles représentent 4,25 % du PIB dans l'État hébreu contre 2,21 % en France (1). Ces investissements massifs ont fait d'Israël un centre mondial d'innovation et de hautes technologies qui le place en première ligne dans l'économie numérique (2). Ce tableau flatteur ne doit toutefois pas masquer les nombreuses zones d'ombre. Une récente étude menée par l'OCDE montre, en effet, que si l'écart entre les revenus a tendance à croître parmi ses 34 États membres, il s'est accentué de façon beaucoup plus importante chez certains d'entre eux, dont Israël. Après le Chili, le Mexique, la Turquie et les États-Unis, Israël est le pays où les inégalités de revenus sont les plus fortes (très loin devant la France et l'Allemagne) (3). Sur le plan de la distribution des revenus, l'État hébreu est donc plus proche des pays émergents que de la moyenne des pays européens. Qui dit forte inégalité dans la répartition des revenus dit, mécaniquement, pauvreté pour une partie de la population. En Israël, près de 20 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, soit 1,7 million de personnes sur un total de 7,5 millions. C'est un chiffre considérable qui reste à peu près stable depuis une décennie, signe que l'on est face à un problème structurel. Toutefois, un examen plus attentif montre que tous les Israéliens ne sont pas …