LES DEFIS MOYEN-ORIENTAUX DE LA MAISON-BLANCHE

n° 137 - Automne 2012

Heureux Bill Clinton, qui fut élu président des États-Unis d'Amérique en novembre 1992 ! Le nouveau locataire de la Maison-Blanche faisait son entrée sur une scène mondiale plus ou moins apaisée. Les autres acteurs se montraient infiniment moins difficiles qu'aujourd'hui. La Russie, exsangue, en pleine reconfiguration interne, était pratiquement absente du concert des nations ; la Chine devait se contenter d'une croissance à un seul (modeste) chiffre ; l'Amérique latine, où Hugo Chavez ne faisait pas encore des siennes, apparaissait moins revendicatrice ; la République islamique d'Iran était encore loin de s'approcher de la capacité nucléaire ; Israéliens et Palestiniens allaient bientôt apporter au monde la « divine surprise » des accords d'Oslo... Last but not least, aucune crise économique majeure ne se profilait à l'horizon. Vingt ans plus tard, le paysage géopolitique a profondément changé, globalement en défaveur des États-Unis. Parmi les grandes zones où l'Amérique doit manoeuvrer au plus serré, on retrouve un Moyen-Orient en pleine mutation, où se multiplient les clivages potentiellement explosifs. Entre Atlantique et Indus, du Caucase à la Corne de l'Afrique, cinq grands dossiers réclament toute l'attention de Washington : la progression de l'Iran vers la possession de l'arme nucléaire ; l'évolution des pays où les révolutions arabes ont jeté à bas les anciens dirigeants ; les ambitions du remuant allié turc ; le face à face tendu entre Israéliens et Palestiniens ; et la déstabilisation croissante de plusieurs régions situées aux frontières de cette zone que l'on appelle, depuis que l'administration Bush l'a désignée ainsi, le « grand Moyen-Orient ». Iran, l'heure de vérité Les progrès du programme iranien Depuis 2002 et les révélations des Moudjahidines du peuple sur l'état d'avancée du programme iranien d'enrichissement de l'uranium, à Vienne devant l'AIEA (1), ce dossier nucléaire ne cesse de s'épaissir. Malgré l'adoption de trois trains de sanctions internationales - le fait mérite d'être souligné - par l'intégralité des membres permanents du Conseil de sécurité, un embargo occidental sur les produits pétroliers de la République islamique, plusieurs assassinats d'ingénieurs nucléaires iraniens et autres cyber-attaques à base de puissants virus informatiques, Téhéran semble inexorablement s'approcher de la capacité nucléaire à visée militaire (2). Cette évolution, certes pas nouvelle, n'est désormais plus tolérée par Israël, qui annonce de façon de plus en plus explicite et fréquente son intention d'intervenir militairement en cas d'échec des pourparlers des grandes puissances avec l'Iran. Pour l'Amérique, le dilemme est délicat : soit ne pas intervenir et empêcher Israël de le faire - moyennant compensations tactiques (livraisons d'armes) et financières - afin d'éviter une guerre moyen-orientale économiquement très coûteuse pour les États-Unis et tous les États non exportateurs de pétrole ; soit frapper les sites nucléaires iraniens en assumant les conséquences d'une riposte de Téhéran et de ses alliés chiites dans la région (3). Une chose est sûre : la question que pose le nucléaire iranien ne saurait en aucun cas se réduire à un simple face à face entre Jérusalem et Téhéran. Les termes du dilemme Si l'Iran se dote de …