POUTINE SUPERSTAR

n° 137 - Automne 2012

Les communicants du Kremlin ont le sens de la mise en scène, diffusant à loisir les photographies du président russe en pilote de bombardier, en pêcheur d'amphores, au chevet du tigre de l'Amour, de l'ours polaire, de la baleine grise. Vladimir Poutine se prête volontiers au jeu. Sa dernière sortie médiatique l'a entraîné, cet automne, dans le ciel de la péninsule du Iamal (1) où, aux commandes d'un deltaplane à moteur, il a servi de guide à un vol de cigognes rendues à la liberté. Les images du président volant ont fait le tour du pays. Elles ont été montrées en ouverture des journaux télévisés, à la Une des quotidiens et sur le Net. La métaphore était limpide : les cigognes représentent le peuple russe, guidé dans son envol par cet « oiseau de premier plan » (2) qu'est Vladimir Poutine, tsar du peuple, icône de la Russie patriarcale. Dans un pays marqué des siècles durant par l'icône, puis par l'affiche de propagande, l'image revêt une importance toute particulière. À son arrivée au pouvoir en 2000, le nom de Poutine servit de refrain à une chanson populaire, devint une marque de vodka puis une variété de tomate. À l'occasion de son deuxième mandat (2004-2008), il inspira des écoliers qui lui exprimèrent leur reconnaissance par des poèmes et des dessins, apparut en grosses lettres sur l'avenue principale de Grozny, la capitale tchétchène fraîchement reconstruite après avoir été rasée sur son ordre à l'hiver 2000. Pour le troisième mandat, il fallait monter en puissance. « Se prendrait-il pour Dieu ? », interrogea l'écrivain Dmitri Bykov. Dieu non, le Tsar peut-être. Sans aller jusqu'à endosser la toque du grand prince Monomaque (3), exposée dans l'un des musées du Kremlin pour rappeler la filiation de la Russie avec Byzance, Vladimir Poutine, 60 ans, a été investi comme un monarque le 7 mai, recevant l'onction du Patriarche orthodoxe Kirill dans la cathédrale de l'Assomption. « Si je le veux » est sa devise. « J'ai la possibilité de travailler maintenant et le mandat suivant, si la situation le permet, si je le veux », a-t-il déclaré le 11 avril aux députés de la Douma, la chambre basse du Parlement. Le président mise donc sur un quatrième mandat, jusqu'en 2024 ! Il aura alors 72 ans. Voilà qui pourrait faire de lui le dirigeant doté de la plus grande longévité au Kremlin, plus que Leonid Brejnev (1906-1982), le secrétaire du PC soviétique qui régna dix-huit ans, mais moins que Staline (1879-1953), au pouvoir pendant trente ans. Un pacte faustien Quelle ascension fulgurante pour la « racaille » de Leningrad (Saint-Pétersbourg), élevée dans une kommounalka (appartement communautaire) délabrée, où il passait son temps à poursuivre les rats et à se battre avec les autres gamins de la cour (4) ! Le jeune Poutine a deux choses en tête : être le plus fort et servir la patrie. À 15 ans, le voilà qui pousse la porte d'une officine du KGB : « Je veux travailler pour vous. …