Pour une russie sans poutine

n° 147 - Hiver 2015

Entretien avec Mikhaïl Kassianov*
* Ancien premier ministre de la Fédération de Russie (2000-2004). Co-président du Parti républicain de Russie (RPR-Parnas).
pour une russie sans poutine
Cet entretien a été conduitpar Isabelle Lasserre** et Grégory Rayko***
** Rédactrice en chef adjointe au service étranger du Figaro.
*** Rédacteur en chef adjoint de Politique Internationale.
Sur le site Internet du Parti républicain de Russie (RPR-Parnas), Mikhaïl Kassianov est toujours présenté comme le « co-président » de cette formation, l'une des principales composantes de l'opposition démocratique du pays. Mais, en réalité, il est désormais seul à la tête du RPR. Il n'y a plus de deuxième co-président : ce poste était détenu par Boris Nemtsov dont l'assassinat, le 27 février dernier, à quelques encablures du Kremlin, a frappé la Russie de stupeur.
Deux jours plus tard, le 1er mars, l'opposition avait prévu de manifester contre le régime de Vladimir Poutine. Cette manifestation s'est muée en marche silencieuse en mémoire de Boris Nemtsov et a réuni, en plein coeur de Moscou, quelque cent mille personnes. Mikhaïl Kassianov a pris la tête de cet imposant cortège funèbre venu rendre hommage à son vieil allié.
Le destin des deux hommes a longtemps été lié. Tous deux partisans résolus des réformes libérales dans les années 1990, ils ont détenu des postes élevés dans divers gouvernements sous Boris Eltsine (Nemtsov fut ministre de l'Énergie puis de l'Économie ; Kassianov a détenu le portefeuille des Finances). Tandis que Nemtsov basculait dans l'opposition dès la fin des années 1990, Kassianov, lui, s'est d'abord rangé aux côtés du nouveau président Vladimir Poutine qui en fit son premier ministre lors de son premier mandat (2000-2004). Mais des dissensions se sont rapidement fait jour entre les deux chefs de l'exécutif, notamment lors de l'affaire Ioukos, en 2003. Le démantèlement de ce géant pétrolier privé et l'arrestation de ses dirigeants ne sont pas du goût de Mikhaïl Kassianov, qui conteste publiquement cette décision. Personne n'est surpris quand en février 2004, peu avant d'être réélu pour un deuxième mandat de quatre ans, Vladimir Poutine limoge ce premier ministre récalcitrant.
Au cours des années suivantes, Kassianov rejoint Nemtsov dans l'opposition. Une opposition morcelée, en butte à un système politique qui la réduit à la portion congrue et dont les partis ne cessent de se défaire et de se reformer (le RPR-Parnas est né de la fusion, en 2012, de deux partis préexistants). Aux yeux du grand public, les démocrates libéraux restent les principaux responsables des profondes difficultés que le pays a traversées lors des réformes économiques des années 1990. Les médias, de plus en plus fermement contrôlés par le Kremlin, les présentent systématiquement comme des représentants d'une « cinquième colonne » stipendiée par les États-Unis pour affaiblir la Russie de l'intérieur au moment même où celle-ci, sous la férule de Vladimir Poutine, se redresse enfin. Et le régime n'hésite pas à employer ses fameuses « ressources administratives » pour leur mettre des bâtons dans les roues : M. Kassianov est ainsi empêché au dernier moment …

Sommaire

l'Ukraine face à l'agression russe

Entretien avec Arséni Iatseniouk par Isabelle Lasserre

Russie-Occident : une crise durable

par Arnaud Dubien

MINISTRE SANS FRONTIÈRES

Entretien avec Eka Zguladze par Isabelle Lasserre

Pour une russie sans poutine

Entretien avec Mikhail Kassianov par Grégory Rayko et Isabelle Lasserre

la guerre cachée du Kremlin contre l'Europe

par Francoise Thom

Espagne : le bout du tunnel

Entretien avec Mariano Rajoy par Michel Faure

Catalogne : demain l'indépendance ?

Entretien avec Artur Mas par Michel Faure

Colombie : l'adieu aux armes

Entretien avec Juan Manuel Santos par Marie Delcas

De quoi Daech est-il le nom ?

Entretien avec François Heisbourg par Grégory Rayko

La mÉcanique djihadiste

Entretien avec Olivier Roy par Mikael Guedj

Cuba/Etats-unis : les coulisses d'un rapprochement

par Sara Roumette

Plus jamais

par Serge Sargsyan

2015 : l'année du centenaire du génocide

par François Hollande

Le devoir de mémoire

Entretien avec Nicolas Sarkozy par la Rédaction de Politique Internationale

Prévenir les crimes contre l'humanité

par Edward Nalbadian

« Ils sont tombés »

par Charles Aznavour

Légiférer sur le négationnisme

par Israel Charny

De la spécificité du crime de génocide

Entretien avec Yves Ternon par Natalia Rutkevich

Génocide et destruction partielle du groupe national

par Daniel Feierstein

les génocides de la grande guerre

par Mark Levene

Les « nouveaux crimes » de la Turquie

par William Schabas

Analyse d'un négationnisme d'État

par Geoffrey Robertson

Turquie : les ressorts du déni

par Roger w. Smith

Cent ans de négationnisme

par Ragip Zarakolu

Reconnaître un génocide pour en éviter d'autres

par Yair Auron

Les arméniens et le droit au recours

par Alfred-Maurice de Zayas

Le combat des victimes

par Henry Theriault

Le génocide arménien vu d'Allemagne

par Tessa Hofmann