Russie-Occident : une crise durable

n° 147 - Hiver 2015

Arnaud Dubien*
* Directeur de l'Observatoire franco-russe (www.obsfr.ru). Auteur, entre autres publications, de : Russie 2014, Éditions du Cherche-Midi, 2014.
Russie-Occident : une crise durable
Plus d'un an après son déclenchement, la crise ukrainienne semble être entrée dans une phase nouvelle. Les accords dits de « Minsk-2 », signés le 12 février dernier par Vladimir Poutine, Petro Porochenko, François Hollande et Angela Merkel, ont mis un terme aux opérations militaires dans le Donbass et ouvert une perspective de règlement politique. Pour autant, le dossier est loin d'être clos. Car si les avis divergent sur les responsabilités des protagonistes, les politiques à suivre et les scénarios pour l'avenir, un point fait l'unanimité dans les chancelleries et parmi les analystes : les conséquences des tensions diplomatiques actuelles entre la Russie et les Occidentaux seront durables.
Vingt ans de reproches réciproques
Les origines du grand malentendu entre Russes, Européens de l'Ouest et Américains remontent au début des années 1990 (1). La « nouvelle Russie » de Boris Eltsine, qui s'est à la fois libérée du communisme et a consenti au démantèlement de son empire, s'engage sur la voie de transformations économiques et politiques radicales. À l'époque, la vision dominante au Kremlin est celle d'une convergence à plus ou moins long terme avec l'Occident. Elle est encore présente dans le fameux discours de Vladimir Poutine au Bundestag le 24 septembre 2001 (2). La crise du Kosovo (moment fondateur dont l'importance est aujourd'hui généralement sous-estimée par ceux qui cherchent à comprendre la vision du monde du président russe) ; la dénonciation par Washington du traité ABM et la réactivation du projet de défense anti-missile ; la guerre anglo-américaine contre l'Irak en 2003 ; les premières « révolutions de couleur » en ex-URSS ; le renversement du président libyen Kadhafi en 2011 ; et, plus récemment, les événements en Ukraine convainquent la Russie que les États-Unis et leurs alliés cherchent à la marginaliser. Une évolution qu'illustrent deux autres discours de Vladimir Poutine, à Munich en février 2007 et devant le club de Valdaï en octobre 2014 (3). Le message des dirigeants russes peut se résumer ainsi : la Russie n'est pas un pays vaincu et elle attend de la considération pour ses intérêts stratégiques.
Les griefs ne manquent pas, non plus, en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord. Dès 1993, on comprend que la transition russe sera très différente de celle engagée dans les anciens pays du Pacte de Varsovie. Les deux guerres de Tchétchénie, l'effondrement économique et l'émergence d'une oligarchie prédatrice puis adossée à la rente des matières premières, le durcissement du régime - qui franchit des seuils à l'automne 2004 après la tragédie de Beslan (4) puis au printemps 2012 à la suite du retour de Vladimir Poutine au Kremlin -, les tensions récurrentes avec plusieurs pays (Ukraine, Géorgie, Moldavie) ayant proclamé leur volonté de rapprochement avec l'Union européenne et l'Otan ou encore la position de Moscou sur le dossier syrien nourrissent des visions de plus en plus négatives de la Russie. …

Sommaire

l'Ukraine face à l'agression russe

Entretien avec Arséni Iatseniouk par Isabelle Lasserre

Russie-Occident : une crise durable

par Arnaud Dubien

MINISTRE SANS FRONTIÈRES

Entretien avec Eka Zguladze par Isabelle Lasserre

Pour une russie sans poutine

Entretien avec Mikhail Kassianov par Grégory Rayko et Isabelle Lasserre

la guerre cachée du Kremlin contre l'Europe

par Francoise Thom

Espagne : le bout du tunnel

Entretien avec Mariano Rajoy par Michel Faure

Catalogne : demain l'indépendance ?

Entretien avec Artur Mas par Michel Faure

Colombie : l'adieu aux armes

Entretien avec Juan Manuel Santos par Marie Delcas

De quoi Daech est-il le nom ?

Entretien avec François Heisbourg par Grégory Rayko

La mÉcanique djihadiste

Entretien avec Olivier Roy par Mikael Guedj

Cuba/Etats-unis : les coulisses d'un rapprochement

par Sara Roumette

Plus jamais

par Serge Sargsyan

2015 : l'année du centenaire du génocide

par François Hollande

Le devoir de mémoire

Entretien avec Nicolas Sarkozy par la Rédaction de Politique Internationale

Prévenir les crimes contre l'humanité

par Edward Nalbadian

« Ils sont tombés »

par Charles Aznavour

Légiférer sur le négationnisme

par Israel Charny

De la spécificité du crime de génocide

Entretien avec Yves Ternon par Natalia Rutkevich

Génocide et destruction partielle du groupe national

par Daniel Feierstein

les génocides de la grande guerre

par Mark Levene

Les « nouveaux crimes » de la Turquie

par William Schabas

Analyse d'un négationnisme d'État

par Geoffrey Robertson

Turquie : les ressorts du déni

par Roger w. Smith

Cent ans de négationnisme

par Ragip Zarakolu

Reconnaître un génocide pour en éviter d'autres

par Yair Auron

Les arméniens et le droit au recours

par Alfred-Maurice de Zayas

Le combat des victimes

par Henry Theriault

Le génocide arménien vu d'Allemagne

par Tessa Hofmann