Biotechnologies marines, un nouvel eldorado ?

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Marie Haupais - Que recouvre le terme de « biotechnologie marine » ?

François Jacq - Les biotechnologies en général sont un domaine très vaste qui se définit, selon l'OCDE, comme « l'application des sciences et des techniques à des organismes vivants pour transformer des matériaux vivants ou non dans le but de produire des connaissances, des biens et des services ». Cela signifie que l'on va utiliser les capacités produites par le vivant - en l'occurrence, les capacités des êtres vivant dans les océans - pour mettre au point de nouvelles technologies.

À la différence des biotechnologies rouges du domaine médical, vertes de l'agriculture ou blanches de l'industrie, les biotechnologies bleues sont transverses et ne se limitent pas à un seul secteur d'application.

Par ailleurs, elles se définissent en fonction de la biosphère explorée plutôt que par l'objectif que l'on souhaite atteindre. Nous innovons au fur et à mesure que nous découvrons. Cette particularité tient au domaine marin en lui-même. Les océans sont des milieux de vie comprenant des habitats très diversifiés, depuis l'estran jusqu'aux profondeurs. Pour s'adapter et pour communiquer, les organismes marins ont développé des techniques qui impliquent souvent des molécules et des processus chimiques originaux, différents de ceux des organismes terrestres. Près des sources hydrothermales au fond des océans par exemple, on trouve des écosystèmes avec des êtres vivants dotés de métabolismes très particuliers qui leur ont permis de survivre aux conditions extrêmes de pression, de température ou d'acidité. Ces milieux sont encore très difficiles à explorer ; il reste donc beaucoup à découvrir.

M. H. - Ce potentiel est-il quantifiable ?

F. J. - Le nombre d'espèces marines connues est d'environ 250 000. Mais ce chiffre ne représenterait qu'à peine 10 % des espèces vivant dans les océans ! La diversité est donc énorme. En termes économiques, une étude du Marine Board (1) datée de 2010 évalue à 2,8 milliards d'euros le marché mondial des bioressources marines, avec une progression comprise entre 5 et 10 % par an. Les applications des biotechnologies marines concernant de nombreux secteurs, les retombées économiques sont potentiellement considérables mais, faute de recul suffisant, elles restent, de fait, difficiles à quantifier.

M. H. - Comment les biotechnologies marines sont-elles utilisées ?

F. J. - Sur les 20 000 molécules issues du milieu marin découvertes à ce jour, environ un quart sont utilisées dans le secteur de la santé, pour le développement de nouveaux médicaments et la mise au point d'innovations médicales. Les exemples récents ne manquent pas : un anticancéreux a été mis au point grâce à un petit vertébré vivant au large des côtes de Floride ; un ver marin est à la base de l'élaboration de pansements cicatrisants ; une bactérie des grands fonds est étudiée dans la régénération de la peau et des os ; d'autres organismes marins servent de support à la recherche de nouveaux antibiotiques, de substituts sanguins, d'antidouleurs, de remède aux maladies neurodégénératives, etc.

À l'Ifremer, le laboratoire « Écosystèmes microbiens et molécules marines pour …