Commerce maritime mondial : un enjeu stratégique pour la France

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Personne ne peut douter que le commerce mondial constitue un enjeu stratégique. Et si certains n'en étaient pas convaincus, il suffirait de rappeler quelques faits particulièrement tangibles : la mer recouvre les 7/10e de la surface de la planète ; et 90 % des marchandises échangées dans le monde aujourd'hui transitent par la mer. Au-delà de ces chiffres, l'Histoire nous démontre combien le commerce maritime est facteur de puissance. Les exemples ne manquent pas : des Phéniciens à l'Empire britannique, jusqu'à la Chine aujourd'hui, de nombreux États ont construit leur puissance sur la domination du commerce maritime. Ce n'est pas l'objet de ce court article, mais il est aisé de démontrer qu'aucun État ne peut construire de puissance économique sur le long terme en faisant abstraction du commerce maritime. C'est d'ailleurs l'une des principales conclusions auxquelles sont parvenus les travaux de l'association Océanides : les États qui se tournent vers la mer s'inscrivent dans une logique de flux, d'échanges et d'ouverture, moteur du développement économique (1).

C'est le cas de la France. Présente sur tous les océans du globe grâce à la richesse de ses outre-mer, forte d'une histoire maritime dense qui lui a permis de construire des savoir-faire exceptionnels, elle doit considérer le commerce maritime comme un enjeu stratégique. Dans le cadre d'une recomposition du monde dont le centre de gravité se déplace de plus en plus vers l'Asie et l'Afrique, la France et l'Europe peuvent s'appuyer sur le commerce maritime pour tirer pleinement parti de cette évolution.

La France, fer de lance du shipping

Je souhaite tout d'abord lever une ambiguïté : quand on parle de commerce ou de transport maritime, il faut entendre ce terme au sens large. Nos amis anglo-saxons emploient plus volontiers le terme de « shipping » plutôt que de « maritime transport ». Le shipping regroupe naturellement tous les services de transports maritimes tels que le conteneur ou les vracs secs (minerais...) et liquides (pétroles, gaz...). Mais le shipping comprend aussi toutes les activités de services maritimes comme la pose de câbles de communication, les travaux maritimes de tous ordres (exploration et production d'hydrocarbures), l'assistance aux structures fixes ou flottantes, la recherche scientifique, etc. Historiquement, c'est sous le terme de Marine marchande que la France reconnaît l'ensemble de ces activités.

C'est un ensemble dont la cohérence est assurée en premier lieu par une population de spécialistes : les marins. Qu'ils naviguent au conteneur ou bien qu'ils opèrent des robots sous-marins par plus de 5 000 mètres de fond, ils reçoivent la même formation initiale. Ensuite, cette cohérence est garantie par les navires eux-mêmes : qu'ils transportent du pétrole ou bien qu'ils assistent une plate-forme pétrolière en mer, ils sont soumis aux mêmes réglementations, aux mêmes contraintes opérationnelles. Les navires de services sont un enjeu stratégique pour l'Europe et pour notre pays : dans le jeu de la compétition internationale, nous nous concentrons naturellement sur les services à forte valeur ajoutée, qui permettent de justifier des salaires plus élevés que dans le reste du …