Economie maritime, l'économie passion

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Politique Internationale - Faut-il, selon vous, faire une distinction entre l'économie terrestre et l'économie maritime ?

Jean-Hervé Lorenzi - Évidemment non, car elles sont imbriquées. L'économie terrestre repose aujourd'hui sur un pilier très important : les richesses des fonds marins. Au-delà du versant traditionnel que sont la pêche, le transport de voyageurs et de marchandises, le sujet clé à l'heure actuelle est celui de notre capacité à trouver des nodules polymétalliques, du pétrole et d'autres ressources.

Aujourd'hui, un tiers du pétrole extrait dans le monde provient de gisements offshore. Ce chiffre est révélateur du poids de l'économie maritime par rapport au reste de l'économie. Il en dit long, également, sur les prouesses technologiques de l'industrie pétrolière qui est capable de creuser les fonds marins dans des conditions compliquées, à des centaines de mètres de profondeur.

P. I. - L'histoire maritime a 5 000 ans. L'économie maritime précède-t-elle l'économie terrestre ?

J.-H. L. - Oui, bien entendu. L'histoire du monde est celle d'une conquête progressive de territoires inconnus. On peut imaginer que le XXIe siècle sera celui de la conquête spatiale, à la recherche de nouvelles planètes. L'économie mondiale a commencé à se développer entre le XIVe et le XVIe siècle, prenant appui sur cette formidable tradition maritime portugaise et espagnole qui a bouleversé les équilibres et permis au continent dominant - l'Europe - d'aller conquérir le monde entier. Il est clair que l'économie maritime est un instrument majeur du développement économique mondial.

P. I. - L'économie maritime forge-t-elle la mondialisation ou est-ce, à l'inverse, la mondialisation qui façonne les enjeux maritimes ?

J.-H. L. - Elle porte la mondialisation. Elle symbolise la capacité des individus à se projeter ailleurs. Aujourd'hui, l'essentiel du trafic emprunte toujours la voie des mers. Le nouveau canal de Panama est évoqué avec admiration, car il permet de développer les relations entre les puissances asiatiques, notamment la Chine, et les grands marchés occidentaux. Le domaine maritime persiste à jouer un rôle déterminant. Il demeure une condition nécessaire de la mondialisation.

P. I. - Thémistocle disait que « qui domine les mers domine le reste du monde ». Est-ce toujours d'actualité ?

J.-H. L. - C'est un peu moins vrai que par le passé. L'affirmation de la puissance britannique, au XVIIe et au XVIIIe siècle, est clairement passée par la domination des mers. La tentative de rattrapage prussienne, avant le premier conflit mondial, s'appuyait entre autres sur la conviction du Kaiser Guillaume qu'il fallait se doter d'une marine puissante afin de rivaliser avec la marine britannique. Aujourd'hui, le rôle des flottes militaires a perdu de son importance, pour une raison très simple : le fait de pouvoir envoyer des projectiles à plusieurs centaines de kilomètres modifie la nécessité de protéger les convois maritimes au moyen de bâtiments militaires, comme c'était le cas autrefois, y compris durant la Seconde Guerre mondiale.

P. I. - La maritimisation économique est synonyme de création d'emplois, et, pourtant, elle est encore trop peu connue du grand public. Comment y remédier ?

J.-H. …