La France, puissance maritime

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Je remercie vivement Frédéric Moncany de Saint-Aignan de m'avoir proposé d'introduire avec lui ce numéro de Politique Internationale consacré à la mer et aux océans.

Dans son propos, le président du Cluster maritime français (CMF) insiste, à juste titre, sur la place que l'économie maritime a vocation à occuper en France. Il décrit ainsi de façon très complète les filières traditionnelles et émergentes, mais également les secteurs transverses et les atouts sur lesquels la France doit s'appuyer afin de tirer pleinement parti du potentiel que nous offre la mer.

Je souhaiterais saisir cette occasion pour prolonger la réflexion sur la place que peut prendre notre pays dans le monde maritime de demain, en présentant les éléments de contexte, en rappelant les atouts dont nous disposons, en évoquant enfin certaines des priorités qui sont les nôtres.

Le contexte : la maritimisation du monde et ses défis

Source d'emplois, source de biodiversité, initiatrice d'innovations technologiques, la mer, on le voit, symbolise aujourd'hui tous les enjeux : scientifique, technologique, économique et, par conséquent, stratégique. Peu à peu s'est développée l'idée que la mer peut apporter une vraie réponse aux problèmes non résolus à terre. La France doit pouvoir profiter de ces potentialités tout en étant capable de répondre à l'ensemble de ces défis.

- La fin de la guerre froide et le rééquilibrage stratégique vers le continent asiatique ont redéfini la géopolitique des mers et des océans. Nous assistons, depuis quelques années, à une vaste redistribution au sein des puissances maritimes qui voit l'émergence ou le retour d'acteurs étatiques et l'apparition d'acteurs non étatiques. Outre la Chine, dont les ambitions navales s'amplifient depuis les années 1970, la Russie, le Japon, l'Inde, le Brésil, sans oublier les États-Unis, développent une véritable stratégie maritime. À ces acteurs traditionnels s'ajoutent des organisations internationales ou régionales et nombre de conventions qui couvrent ce domaine et font évoluer les règles internationales.

De ces fluctuations sont nés de nouveaux équilibres qui peuvent se révéler instables, voire sources de tension. Chaque État, aujourd'hui, met en oeuvre une politique de consolidation de ses compétences dans sa zone économique exclusive (ZEE) afin d'accéder aux ressources de son domaine et au contrôle de la navigation dans ses espaces stratégiques. Nous connaissons les tensions actuelles en mer de Chine ou dans l'océan Arctique. Les contentieux qui s'y développent opposent des puissances dont les capacités navales sont susceptibles d'affecter la libre circulation. Dans un tel contexte, il faut se préparer à une contestation de la présence maritime française afin de se donner les moyens de la préserver, car elle va de pair avec notre souveraineté.

- Cette grande redistribution, associée à l'intensification des échanges sur mer, pose de réels défis sécuritaires à l'ensemble de la communauté internationale. L'immensité des océans forme un terreau fertile pour les trafics illicites en mer. La piraterie profite de la faiblesse des États côtiers pour se développer au large de l'Indonésie ou dans le golfe de Guinée. Si elle tend à diminuer dans l'océan Indien, elle n'a pas disparu pour …