La mer, un sujet éminemment politique

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Politique Internationale - Existe-t-il, en France, une politique régionale de la mer ?

Pierre Karleskind - Certaines régions cherchent depuis plusieurs années à tirer profit de leur patrimoine maritime. Au premier rang se trouve bien entendu la Bretagne, avec ses milliers de kilomètres de côtes - le chiffre souvent cité est de 2 700 kilomètres de littoral breton. L'Occitanie fait également partie des pionnières, avec son Parlement de la mer, mais aussi l'Aquitaine qui depuis longtemps cherche à valoriser ses côtes par le tourisme, ou encore les Hauts-de-France. Chaque région a ses spécificités : pour certaines, la pêche a joué un rôle important - c'est le cas des Hauts-de-France et de la Bretagne ; pour d'autres, les potentiels à développer sont assez nouveaux, comme l'aquaculture ou les énergies marines renouvelables. Les régions s'intéressent à ce sujet car il est porteur de créations d'emplois. Or le développement économique de leur territoire relève de leur compétence directe.

P. I. - Au-delà du potentiel économique, faut-il voir dans ces démarches une prise de conscience de l'état « merrien », autrement dit des merroirs de ces régions, version maritime des terroirs ?

P. K. - Tout à fait. Chaque région française se pose aujourd'hui la question des avantages compétitifs dont elle dispose par rapport à ses voisines, afin de déterminer les investissements à consentir et les soutiens à apporter aux entreprises locales. Et la proximité de la mer est un élément différenciant : elle n'est pas présente en Auvergne ou dans les Alpes, par exemple ; il s'agit bien d'un élément distinctif. Ces dernières années se sont développées des entreprises qui investissent ces nouveaux secteurs de l'économie maritime. Il s'agit d'une prise de conscience à la fois économique et culturelle. Pendant longtemps, la mer a été considérée en France comme un simple lieu de loisirs. Rappelez-vous ce que disait Éric Tabarly : « La mer, c'est ce que les Français ont dans le dos quand ils regardent la plage. » Sous-entendu, lorsqu'on est au bord de l'eau, on n'y fait que barboter. Cette perception tend à évoluer : désormais, la mer n'est plus une limite, c'est aussi un espace à conquérir.

P. I. - Parmi les pionniers des nouvelles tendances, vous n'évoquez pas PACA et la Corse...

P. K. - Il faut pourtant en parler. La région PACA a mis en place une forme de convention de la mer. Elle n'est peut-être pas aussi avancée que d'autres, mais cette région dispose aussi d'une industrie touristique fortement liée à la mer, et cela depuis longtemps. Sans parler de ses industries, avec les chantiers navals de La Ciotat ou le port de Fos-sur-Mer. Ou encore de l'importante présence de la Marine nationale à Toulon. Au-delà de ces activités historiques, la façade méditerranéenne est aujourd'hui fortement concernée par le développement des énergies marines renouvelables, et notamment de l'éolien flottant.

Quant à la Corse, elle est moins souvent évoquée en matière de développement du patrimoine maritime. Il est vrai qu'historiquement cette région, si elle n'ignore pas la mer, …