L'économie bleue enfin reconnue

Dossiers spéciaux : n°156 : La croissance bleue

Politique Internationale - Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à proposer une loi sur l'économie bleue ?

Arnaud Leroy - Cette démarche est d'abord issue de mon parcours personnel et professionnel. J'ai suivi des études en droit maritime et en sciences juridiques de la mer. J'ai ensuite travaillé à la Commission européenne, sur les paquets Erika I et Erika II adoptés par le Parlement européen, puis à l'Agence de sécurité maritime européenne à Lisbonne. Lorsque j'ai été élu député en 2012, j'ai tout naturellement été conduit à m'intéresser à ces sujets. Surtout, je m'étais rendu compte que la France, malgré ses atouts naturels, vivait dans une certaine nostalgie de sa capacité maritime. Jean-Marc Ayrault m'a mandaté, et de là est née l'envie de me pencher sur l'ensemble des secteurs au-delà du seul shipping - qu'il s'agisse de la plaisance, du tourisme littoral, des ports, de l'aquaculture, des énergies marines renouvelables, etc. -, et de discuter de compétitivité et d'avenir.

P. I. - Vous avez démontré que l'économie bleue ne concerne pas seulement les gens qui vivent au bord de la mer ou qui sont sur la plage. Il s'agit d'une vraie société. Quel est l'esprit de cette loi ?

A. L. - Je dois avouer que je n'ai peut-être pas pleinement réussi à faire émerger l'esprit que je souhaitais insuffler à ce texte : le portefeuille lié à la mer est malheureusement resté éparpillé. L'esprit de ma démarche était en premier lieu de faire le maximum pour permettre à ces secteurs maritimes de se développer. Nous obtenons déjà des succès importants, mais j'estimais qu'avec un vrai portage politique nous pouvions faire beaucoup plus. Que ce soit en France hexagonale ou dans les territoires d'outre-mer, qui jouent un rôle essentiel dans l'économie bleue.

Le deuxième axe philosophique consistait à réunir les acteurs de la mer, quels qu'ils soient. Par exemple, chercher à faire cohabiter ostréiculteurs et plaisanciers, plutôt que les opposer. La question des énergies marines renouvelables est également emblématique. Nous ne réussirons pas pleinement dans ce domaine sans instaurer un dialogue constructif avec le monde de la pêche. Et à partir de là, nous pourrons également travailler sur les cultures marines. Ces éléments s'enchaînent dans un espace de plus en plus contraint, où surgissent des conflits d'usage de plus en plus fréquents, qui se règlent à coups de procès ou d'invectives. J'ai fait un constat simple : pour dépasser ces conflits, les parties prenantes doivent se connaître et se respecter. Il est donc nécessaire d'organiser les discussions sur cet espace qui va de la bande littorale jusqu'aux eaux territoriales et à la zone économique exclusive afin que tous les acteurs puissent oeuvrer ensemble dans le respect.

P. I. - Au-delà de cette philosophie, cette loi est un plaidoyer pour l'économie bleue...

A. L. - C'était assumé. J'ai entendu dire que c'était une loi productiviste. Nous avons pourtant fait attention à respecter la fragilité de tous les milieux et des écosystèmes. Sans, pour autant, bloquer les évolutions. Je crois …